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Manuel Valls : "J'aurais souhaité que la France s'engage bien davantage en Iran"

Par Adélaïde Motte

INTERVIEW SUD RADIO - Guerre en Iran, complaisance de la gauche, diplomatie française : Manuel Valls, ancien Premier Ministre, était “L’invité politique” sur Sud Radio. 

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Manuel Valls, interviewé par Maxime Lledo sur Sud Radio, le 6 mars 2026, dans “L’invité politique”.

"L'Iran menace notre sécurité" : au micro de Sud Radio, Manuel Valls a répondu aux questions de Maxime Lledo.   

"L'Iran est au cœur de l’expansion de l’islamisme politique"

Maxime Lledo : Avec les frappes israéliennes qui se poursuivent notamment sur Beyrouth Sud au Liban, nous sommes au sixième jour de guerre. Il y a eu l’appel du président libanais à la France, la réponse favorable du président français sur la volonté de stopper Israël dans son incursion terrestre, l’entrée du Hezbollah dans l’engrenage et l’accueil d’avions américains sur notre sol. Manuel Valls, avec l’ampleur des événements, est-ce que le soutien à cette opération est toujours d’actualité pour vous ?

Manuel Valls : "Oui, plus que jamais. Nous sommes au sixième jour de guerre. Ce n’est pas un jeu vidéo. On voudrait déjà que cela soit terminé. La guerre, c’est difficile, c’est terrible. Il y a des victimes civiles, des conséquences économiques, sociales et géopolitiques. La question est simple : peut-on accepter de vivre dans un monde où le régime des mollahs, le régime de Téhéran, menace Israël de destruction, menace la stabilité de la région et nous menace aussi ? Il ne faut jamais oublier que ce régime est au cœur de l’expansion de l’islamisme politique depuis 1979."

Beaucoup regrettent en tout cas la position de la France, dans un sens ou dans l’autre. Est-ce que vous comprenez, est-ce que vous saisissez la position de la France dans ce conflit précisément ?

"J’aurais souhaité que la France, qu’Emmanuel Macron, nous engage davantage aux côtés d’Israël. Déjà dans les mots. D’un côté, il y a des analyses sur le respect du droit international. Nous soutenons évidemment le président Aoun, l’exécutif libanais face au Hezbollah. Mais il y a souvent des expressions, des phrases, où il semble qu’il y ait une forme — ce n’est pas nouveau d’ailleurs — d’équivalence entre le Hezbollah, organisation terroriste qui nous a frappés, qui déstabilise depuis des années le Liban, qui menace encore Israël. Il ne faut pas oublier qu’au cours de ces derniers mois le Hezbollah s’est en partie reconstitué, bien sûr avec le soutien et l’aide financière de l’Iran. Donc il y a souvent dans les propos de la diplomatie française une équidistance, une équivalence entre le Hezbollah et Israël qui me gêne. Et de l’autre côté nous jouons notre rôle en faisant valoir les accords que nous avons avec un certain nombre de pays arabes, je pense notamment à la Jordanie et bien sûr aux Émirats."

Est-ce qu’il n’y a pas un risque qu’à un moment la France entre en guerre ?

"À travers nos accords, nous sommes d’une manière ou d’une autre en guerre, même si elle est défensive. Nous essayons de garder une forme de ligne de crête très française et que, d’une certaine manière, je peux comprendre. Mais nous sommes dans un moment où le monde a énormément changé. Les cartes ont été rebattues. Je reproche souvent à la diplomatie française de ne pas avoir été assez en soutien, par exemple, aux accords d’Abraham entre Israël et un certain nombre de pays sunnites : le Maroc, les Émirats, Oman, etc. Et puis nous n’avons pas suffisamment analysé les conséquences du 7 octobre, de l’attaque terrible, terroriste, effrayante, ce pogrom à vocation génocidaire contre Israël. À partir de ce moment-là, l’État hébreu a décidé que ce n’était plus possible, qu’on ne pouvait pas continuer ainsi, d’où cette guerre sur plusieurs fronts, d’où la volonté d’en finir avec le Hamas et de frapper le Hezbollah qui menaçait la sécurité du nord d’Israël, mais aussi tous les proxies de l’Iran. La tête de l’axe chiite anti-israélien est à Téhéran."

La diplomatie française aurait-elle dû soutenir la volonté d’un changement de régime ?

"J’aurais souhaité un soutien politique et diplomatique à l’action menée par Israël et par les États-Unis. Nous venons enfin, au niveau européen, beaucoup le demandaient — j’en faisais partie — de mettre sur la liste des organisations terroristes les Gardiens de la révolution. Est-ce que le régime iranien menace notre sécurité ? Oui. Est-ce qu’ils sont en train d’essayer d’obtenir l’arme nucléaire ? Oui. Donc considérer que le droit international ou la diplomatie vont régler la situation en Iran et la relation de l’Iran avec ses voisins me paraît totalement illusoire."

Que répondez-vous à ceux qui expliquent que ce n’était pas notre affaire et que le soulèvement devait venir de l’intérieur ?

"CCette action me paraît légitime vu les menaces que représente le régime iranien. Elle me paraît légitime d’autant plus que ce régime massacre son peuple. Les comparaisons avec le passé, avec l’Irak et avec Dominique de Villepin qui ressasse son discours, ne me paraissent pas être à la hauteur de l’enjeu. Elles sont souvent mues par l’anti-américanisme, par un rejet aussi d’Israël et par une incompréhension de ce qui s’est passé le 7 octobre 2023. Qui menace depuis des années l’intégrité du Liban sinon le Hezbollah, qui exporte le terrorisme et l’islam politique partout dans le monde ? L’Iran et le Hezbollah nous ont frappés depuis quarante ans à la fois au Liban et en France. Il y a un moment où il faut savoir où sont les menaces et où sont nos intérêts stratégiques. Nous avons deux lignes de front. Une ligne de front qui est en Ukraine, où les Ukrainiens défendent l’Europe, notre conception de la démocratie, et meurent pour nous. Et nous avons une autre ligne de front qui est celle de l’islamisme, en Europe à travers l’action de l’islam politique et les actions terroristes que malheureusement nous connaissons, mais aussi au Proche et au Moyen-Orient. Notre intérêt stratégique c’est le soutien à Israël, qui est par ailleurs la seule démocratie de cette région."

"L’anti-américanisme fait qu’une partie de la gauche en vient à considérer que l’islam politique a quelque chose de bon."

Pourquoi avez-vous le sentiment d’être minoritaire sur cette ligne ? Est-ce qu’il y a une forme de complaisance française vis-à-vis de l’Iran ?

"Ce n’est pas seulement une complaisance française. C’est vrai qu’il y a une complaisance d’un certain nombre d’intellectuels de gauche. Souvent l’anti-américanisme fait qu’une partie de la gauche, mais aussi une partie de la droite avec une tradition gaulliste incarnée par Dominique de Villepin, en vient à considérer que l’islam politique, à partir du moment où il professe une forme d’anti-impérialisme et d’anti-américanisme, a quelque chose de bon. C’est une fascination qu’on appelait autrefois le tiers-mondisme et qu’on appelle aujourd’hui le Sud global. Cette confusion politique et intellectuelle fait que nous avons du mal à déterminer les intérêts stratégiques qui sont les nôtres. Et avec des opinions publiques qui sont majoritairement défavorables à toute intervention de notre part aux côtés d’Israël et des États-Unis, il y a aussi une part d’hypocrisie. Les Ukrainiens font le boulot face aux Russes et les Israéliens et les Américains font le boulot face à l’Iran. Nous perdons ainsi une forme d’influence et de capacité à comprendre les enjeux du monde. Ce qui est en train de se passer est historique. Cette guerre peut s’achever non seulement par une transformation de l’Iran mais aussi par un accord historique approfondi entre Israël et les pays arabes sunnites. La reconnaissance d’Israël par ces pays arabes est de mon point de vue la condition pour ensuite avancer vers une solution de la question palestinienne. Aujourd’hui on prend les choses à l’envers : on reconnaît sans condition l’État palestinien, on ne soutient pas politiquement et diplomatiquement Israël et les États-Unis, et on ne comprend pas le monde dans lequel nous sommes."

Autre terrain où certains dénoncent une forme de complaisance : la scène politique française. Après les propos de Jean-Luc Mélenchon sur certains patronymes juifs, la direction du Parti socialiste affirme qu’il n’y aura pas d’accord national avec La France insoumise pour les municipales. Est-ce pour vous la bonne voie

"Certains semblent découvrir qui est Jean-Luc Mélenchon maintenant à partir de ces saillies antisémites qui rappellent celles de Jean-Marie Le Pen, comme l’a dit Raphaël Glucksmann. La comparaison est tout à fait légitime. Mélenchon incarne depuis plusieurs années une passion populiste, antidémocratique, une passion antisémite, comme Raphaël Glucksmann ou Richard Malka l’ont très bien dit, et une complaisance pour la violence. Il ne peut pas y avoir d’accord, ni au premier tour — malheureusement il y en a eu — ni au second tour. La formulation du Parti socialiste est ambiguë parce que localement il va y avoir des accords entre le Parti socialiste et La France insoumise. Le problème est là. On parle même de désistements. On ne combat pas le Rassemblement national avec un parti et des candidats qui acceptent d’être dirigés par des expressions et par un homme qui a cette passion antisémite. Il se voulait Mitterrand ou Lénine et il termine comme Soral ou Dieudonné."

Autre terrain où certains estiment qu’il y a de la complaisance : la scène politique française, avec notamment à gauche les propos de Jean-Luc Mélenchon sur certains patronymes juifs. La direction du Parti socialiste affirme qu’il n’y aura pas d’accord national au second tour avec la France insoumise. Est-ce une bonne voie ou cela manque-t-il encore de clarté ?

"Certains semblent découvrir qui est Jean-Luc Mélenchon maintenant à partir de ces saillies antisémites qui rappellent celles de Jean-Marie Le Pen, comme l’a dit Raphaël Glucksmann. La comparaison est tout à fait légitime. Mélenchon incarne depuis plusieurs années une passion populiste, antidémocratique, une passion antisémite, comme Raphaël Glucksmann ou Richard Malka l’ont très bien dit, et une complaisance pour la violence. Il ne peut pas y avoir d’accord, ni au premier tour — malheureusement il y en a eu — ni au second tour. La formulation du Parti socialiste est ambiguë parce que localement il va y avoir des accords entre le Parti socialiste et La France insoumise. Le problème est là. On parle même de désistements. On ne combat pas le Rassemblement national avec un parti et des candidats qui acceptent d’être dirigés par des expressions et par un homme qui a cette passion antisémite. Il se voulait Mitterrand ou Lénine et il termine comme Soral ou Dieudonné."

"Il ne suffit pas de dire ni RN ni LFI. Il faut un projet et un espoir"

Pour les prochaines années, et notamment pour 2027, avec un Rassemblement national à plus de 36 % dans les sondages, comment fait-on pour lutter ? Que fait votre camp ?

"II faudra un candidat de la clarté. L’élection présidentielle est encore dans un an. Il ne m’échappe pas que la gauche est à moins de 30 % et que le Rassemblement national caracole largement en tête dans les enquêtes d’opinion avec des scores qu’on n’avait jamais vus. Mais attendons, parce que dans le monde qui est le nôtre la question sera aussi de savoir quel type de président il faut pour ce monde. Et puis il ne suffit pas de combattre le Rassemblement national, il ne suffit pas de dire non, ni RN ni LFI. Il faut proposer un projet et un espoir. Il faut de la clarté et du courage dans les alliances et dans le discours. Nous sommes en guerre, il faut augmenter massivement le budget de la défense. Donc il faut faire des choix et en même temps réduire le déficit."

Où se trouve aujourd’hui ce discours du courage ?

"Je suis convaincu qu’il faudra une alliance entre le centre gauche et le centre droit, entre des hommes et des femmes qui ont une certaine idée de ce qu’il faut faire pour notre pays. Mais cela suppose un discours de courage. On ne peut pas augmenter les impôts, augmenter les déficits et la dette, ne pas réformer notre système de retraites, ne pas dire aux Français qu’il faut travailler davantage et plus longtemps, ne pas réformer en profondeur notre système scolaire. C’est cela qui m’intéresse et je crois que c’est cela qui intéresse les Français, en plus évidemment de répondre à leurs angoisses en matière de sécurité et d’immigration."

Est-ce que Raphaël Glucksmann est suffisamment courageux et clair ?

"Je crois qu’il est courageux. Mais que ce soit Raphaël Glucksmann, Xavier Bertrand, Édouard Philippe et bien d’autres, il y a aujourd’hui trop de candidats à gauche et trop de candidats au centre droit. Il faudra que tout cela converge autour d’un projet pour le pays. Je pense que nous aurons des surprises, qu’il y aura des évolutions. Mais ce qu’il faut c’est parler vrai, dire la vérité aux Français sur la situation économique et sociale et sur les enjeux politiques. Nous sommes entrés dans un autre monde. L’histoire est là, elle s’invite. Il faut être à la hauteur de ce moment, loin de tout pacifisme et loin de la tentation de ne pas dire la vérité aux Français."

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

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