single.php

Céline Imart (LR) : "Les écologistes jouent contre les agriculteurs !"

Par Aurélie Giraud

ENTRETIEN SUD RADIO - Crise agricole, la droite et 2027 : Céline Imart, députée européenne et vice-présidente des Républicains, était “L’invitée politique” sur Sud Radio.

Céline Imart LR
Céline Imart, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 26 mai 2026, dans “L’invité politique”.

Canicule, urgence agricole, stockage de l’eau, marges de la grande distribution, écologistes, immigration, Édouard Philippe, Gérald Darmanin, Bruno Retailleau et présidentielle. Au micro de Sud Radio, Céline Imart a répondu aux questions de Jean-François Achilli.

Canicule : "Une fois de plus, le gouvernement va infantiliser les Français"

Jean-François Achilli pour Sud Radio : La réunion interministérielle consacrée à la canicule peut-elle apporter des réponses concrètes ?
Céline Imart : “Ce que j’attends de cette réunion, pas grand-chose. Je pense qu’ils vont une fois de plus infantiliser les Français en leur rappelant qu’il faut bien s’hydrater, bien s’aérer et bien se protéger. En ce qui concerne l’agriculture, je pense que l’agriculture est une solution au problème du changement climatique, on l’oublie trop souvent. Il ne faut pas être dans ce sujet de culpabilisation permanente.”

Faut-il malgré tout que le gouvernement prenne ce sujet à bras-le-corps ?
“À bras-le-corps, c’est très bien, mais si on veut vraiment amener des solutions aux Français, il faut prendre le problème à la racine. Aujourd’hui, les deux tiers des émissions de gaz à effet de serre proviennent de Chine et des États-Unis, et plus de 40% proviennent encore des centrales à charbon. Une des premières choses à faire, c’est d’encourager les énergies propres et le nucléaire, et non pas fermer Fessenheim. Il faut aussi promouvoir l’agriculture comme solution face au changement climatique.”

"Nos agriculteurs se demandent s’ils pourront semer à l’automne"

La loi d’urgence agricole et le retour de mesures sur l’eau vont-ils dans le bon sens ?
“On est vraiment sur la valse des amendements. Je salue le député Julien Dive, qui fait un super travail, mais ça passera ensuite au Sénat, en commission mixte paritaire, et c’est un processus très long. La véritable question, c’est de quelle urgence parle-t-on : celle des agriculteurs qui se demandent s’ils vont pouvoir passer l’année et semer à l’automne, ou celle du gouvernement, où chaque amendement est une bataille ? On va encore devoir attendre sept ou huit mois pour avoir des décrets d’application.”

La question de semer à l’automne se pose-t-elle vraiment ?
“Il y a vraiment une interrogation là-dessus. Quand on a des coûts de production énormes, notamment avec les engrais et les approvisionnements, et que les prix chutent, à chaque fois qu’un agriculteur sème un hectare, il perd potentiellement de l’argent. Il se demande donc tout simplement s’il ne vaut pas mieux rester chez lui. C’est ça l’urgence : aujourd’hui, la loi d’urgence agricole n’est pas à la hauteur.”

Le plan engrais de la Commission européenne répond-il aux difficultés des cultivateurs ?
“Il impacte nos cultivateurs, et c’est l’accès aux facteurs de production qui est la question centrale. Aujourd’hui, on doit donner aux agriculteurs les outils de produire. L’objectif est de ne pas dépendre de l’extérieur. C’est un sujet fondamental pour notre souveraineté agricole.”

"La grande distribution, ce ne sont pas des anges"

Que vous inspirent les conclusions de la commission d’enquête du Sénat sur les marges de la grande distribution ?
“Les anges normalement n’ont pas peur de la lumière, et manifestement la grande distribution, ce ne sont pas des anges. Si l’on regarde la chaîne de valeur alimentaire, la grande distribution capte 40% de la valeur et les agriculteurs seulement 8%. La question est donc de savoir ce qui se passe entre l’agriculteur qui travaille, qui vend sa matière première, et la grande distribution. Ils sont beaucoup moins enthousiastes quand on leur demande de la transparence sur les marges.”

La grande distribution contourne-t-elle la loi française ?
“La grande distribution cherche toujours à se faire le chantre de la protection du consommateur avec le mantra du prix le plus bas. Mais quand on cherche à échapper à la loi française en allant négocier dans des centrales en Belgique ou ailleurs, c’est pour écraser les industriels, les agriculteurs et baisser les prix. Il faut y mettre un terme avec une coopération renforcée. Il faut aussi des sanctions beaucoup plus sévères contre ceux qui cherchent à enfreindre la loi.”

Faut-il supprimer les lois Egalim ?
“Non, il faut simplement les faire appliquer. Il y a beaucoup de lois qui ne sont pas appliquées en France, et c’est un véritable drame. Aujourd’hui, il faut absolument faire appliquer la loi. Les sanctions doivent être beaucoup plus réelles et tangibles.”

"Les écologistes jouent contre les agriculteurs"

Comment réagissez-vous aux propos de Sandrine Rousseau voulant appeler les steaks des cadavres d’animaux ?
“Ça m’a fait réagir d’abord parce que c’est de la provocation. Les écologistes, aujourd’hui, pour trouver une solution à la crise du pays, veulent renommer l’entrecôte. On va bientôt renommer une omelette un projet de poussin contrarié. C’est absolument ridicule.”

Voyez-vous derrière cette formule une bataille plus large sur l’alimentation et l’élevage ?
“Derrière, il y a une véritable bataille pour les dénominations viande, et je l’ai portée au Parlement européen. Pour le terme steak, dans le projet dont j’ai été rapporteur, nous interdisons qu’un produit végétal ou végétarien puisse s’appeler steak. C’est une question d’intérêt financier, parce qu’il y a des offensives marketing très poussées sur le marché européen des alternatives végétales. C’est aussi une question de respect du travail des éleveurs.”

Pourquoi estimez-vous que les écologistes jouent contre les agriculteurs ?
“Il y a cette petite musique qui consiste à dire que, sous couvert de protection du climat, il faut faire baisser la consommation de viande et l’élevage. C’est faux, et c’est ce qui est inquiétant. Les écologistes jouent contre les agriculteurs : tant qu’il y a encore une exploitation vivante ou un élevage qui respire, ils se demandent quelle nouvelle norme ils vont pouvoir lui imposer. Le monde agricole a aussi besoin de considération.”

"Je suis ravie qu’Édouard Philippe se range derrière les propositions de Bruno Retailleau"

Gérald Darmanin a-t-il raison de proposer un moratoire de trois ans sur l’immigration ?
“C’est un peu faible, le moratoire. Ce qu’il propose, techniquement, c’est une réforme du regroupement familial. Cela fait neuf ans qu’il est au gouvernement dans les gouvernements successifs d’Emmanuel Macron, il aurait pu en toucher un mot au président. Sur l’immigration, les macronistes ont utilisé pendant neuf ans la stratégie de l’appel d’air, puis utilisent maintenant la stratégie du frein d’urgence.”

Que faudrait-il faire sur l’immigration ?
“Ce n’est pas sérieux, parce que sur l’immigration, on est déjà en sortie de route. On a un problème réel, et on ne peut pas le traiter avec des petites phrases qui proposent des moratoires techniques. Ce qu’il faut, c’est renverser la table sur ce sujet. Il faut sortir des annonces de circonstance et assumer une ligne claire.”

Édouard Philippe s’inspire-t-il de la lutte contre le terrorisme pour lutter contre le narcotrafic ?
“Il s’inspire surtout des propositions de Bruno Retailleau. Je suis ravie qu’Édouard Philippe se range derrière les propositions de Bruno Retailleau, qui a annoncé la nécessité d’avoir un plan d’état d’urgence narcotrafic. Ce qui aurait été bien, c’est qu’Édouard Philippe ait pu être Premier ministre de la France pendant trois ans. Les solutions existent, encore faut-il les porter au bon moment.”

La dénonciation de l’entrisme des Frères musulmans est-elle un nouvel axe de campagne ?
“Non, ce n’est pas un nouvel axe de campagne. Quand Bruno Retailleau était au gouvernement, il a insisté pour déclassifier ce rapport qui montre les dangers de l’entrisme pour notre jeunesse, dans les clubs de sport et dans le blanchiment. Il y a aujourd’hui une tentative d’infiltrer les sociétés à travers l’entrisme musulman. Pour agir, il faut aussi être transparent et dire la vérité aux Français.”

"Entre Jean-Luc Mélenchon et le RN ? Je ne voterai sûrement pas pour Mélenchon"

Le resserrement dans les sondages entre Édouard Philippe et Jean-Luc Mélenchon doit-il inquiéter la droite ?
“Ce sont des sondages, il faut les prendre comme ils sont. Mais la montée de La France insoumise, de l’extrême gauche dans les sondages, est un point qui doit être surveillé. Aujourd’hui, La France insoumise est un danger pour la République. Le pays a besoin de solutions et d’une incarnation à droite.”

Bruno Retailleau est-il déjà le candidat de la droite ?
“Notre candidat, on l’a déjà choisi. Ça s’appelle la démocratie, ça s’appelle un vote des adhérents et des militants. Les adhérents et les militants de droite ont été extrêmement clairs. Ils ont choisi leur candidat, et c’est Bruno Retailleau à 75%.”

Que feriez-vous en cas de second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise ?
“Entre Jean-Luc Mélenchon et le RN, certainement pas Jean-Luc Mélenchon. Cela ne veut pas dire peut-être le RN. Cela veut dire qu’aujourd’hui je pense que le principal danger pour notre pays vient de l’extrême gauche et de LFI. Elle cherche à cristalliser et à diviser.”

La droite peut-elle se retrouver sur la même ligne de départ qu’Édouard Philippe ?
“Nous ne sommes pas sur la même ligne de départ. Édouard Philippe a été Premier ministre d’Emmanuel Macron pendant trois ans. Aujourd’hui, nous défendons une position de droite, nous ne sommes pas macronistes. Nous porterons donc notre candidat jusqu’au bout.”

Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio

Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"

L'info en continu
08H
07H
06H
03H
01H
00H
20H
19H
18H
17H
Revenir
au direct

À Suivre
/