"Ce que Jean-Luc-Mélenchon appelle de la tambouille, ce sont des accords électoraux pour essayer que les villes soient à gauche". Au micro de Sud Radio, Arthur Delaporte a répondu aux questions de Jean-François Achilli sur Sud Radio.
"Le Parti Socialiste a dit qu’il n’y aurait pas d’accord national. Et il n’y a pas d’accord national avec La France Insoumise"
Jean-François Achilli : le Parti Socialiste n’est-il pas en train deperdre son âme ? Comment vous justifiez tous ces accords passés avec La France Insoumise alors que le bureau national du PS avait condamné les caricatures et les propos antisémites de Jean-Luc Mélenchon ?
Arthur Delaporte : "Le Parti Socialiste a dit qu’il n’y aurait pas d’accord national. Et il n’y a pas d’accord national avec La France Insoumise. Un accord national, c’est ce qu’on a fait avec le Parti Communiste, avec les Écologistes… Mais on n’a jamais exclu la possibilité d’accord locaux. Avec des conditions : la clarté sur les valeurs, et la capacité de travailler ensemble."
Jean François Achilli : Vous savez, ça s’appelle du double langage. Olivier Faure le dimanche soir dit ce que vous dites, pas d’accord national, et le lundi soir dit ‘si j’étais à Toulouse, je voterai Piquemal’. Ça s’appelle du double langage, qui trouble vos électeurs.
Arthur Delaporte : "Vous savez très bien que les Municipales, c’est 36.000 élections différentes, et que dans chaque configuration, on peut faire des choix. François Piquemal est un collègue que j’ai appris à apprécier à l’Assemblée nationale. C’est quelqu’un de sérieux qui travaille ses dossiers sur le fond."
"En face de lui, il a Jean-Luc Moulenc, le candidat de la Manif pour tous, qui a eu sur sa liste des gens qui étaient opposés au mariage homosexuel. Je sais faire la différence entre la droite et la gauche."
Jean-François Achilli : Je m’attendais à cette réponse, et j’ai collecté avec Juliette certaines citations de vos collègues socialistes. À Rennes, Nathalie Appéré dit ‘je ne crois pas du tout à ces fusions techniques, ce sont des alliances électorales. Moi, je veux battre la droite à la régulière’. Ça s’entend non ?
Arthur Delaporte : "ça s’entend, mais c’est parce qu’à Rennes… je ne sais pas si vous connaissez les Insoumis de Rennes, Marie Mesmeur, collègue insoumise, je peux vous dire que c’est difficile de travailler avec elle. A côté de ça, vous avez à Toulouse un accord équilibré qui fait que si la ville est gagnée, les socialistes dirigeront la Métropole avec un partage des responsabilités."
"Vous avez des socialistes qui vont travailler localement ensemble avec des Insoumis, et dans d’autres régions ce n’est pas possible."
"Si Carole Delga était électrice toulousaine, j'attends qu'elle me dise si elle voterait Piquemal ou Moudenc ?"
Jean-François Achilli : Carole Delga dit ‘Je suis une femme de gauche sincère et constante, j’ai toujours refusé de m’allier avec Jean-Luc Mélenchon, je ne soutiens donc pas de tête de liste proche de lui’.
Arthur Delaporte : "Je comprends qu’il y ait du trouble, parce que la France Insoumise a une stratégie de brutalisation du débat public. Et Jean-Luc Mélenchon a eu une tendance à flatter des tropes antisémites intolérables. Carole Delga, j’attends qu’elle me dise, si elle était électrice toulousaine, si elle voterait Piquemal ou Moudenc. Si elle préfère une ville de droite, ou de gauche. À un moment, c’est ça la clarté."
Jean-François Achilli : Vous savez qu’on peut perdre, en politique, dans la dignité. C’est à dire respecter ses propres valeurs et accepter la défaite. ‘Les socialistes sont des gros combinards, ils ne vont pas nous coûter cher pour le second tour. Quand ils disent pas d’accord national, ça signifie faite votre tambouille localement’, a déclaré Jean-Luc Mélenchon.
Arthur Delaporte : "Il a été au parti socialiste, Jean-Luc Mélenchon. Et il sait exactement ce que c’est qu’un accord national. Et il sait que ce qu’il appelle de la tambouille, ce sont des accords électoraux pour essayer que les villes soient à gauche. Parce qu’une ville de gauche, et une ville de droite, c’est pas pareil."
"Je sais ce que c’est qu’une ville de droite : c’est une ville qui va vendre la ville aux promoteurs immobiliers, qui n’en a pas grand-chose à faire des logements sociaux, qui va détruire pour reconstruire plutôt que de réhabiliter."
Jean-François Achilli : Vous acceptez ce type de déclarations ?
Arthur Delaporte : "Jean-Luc Mélenchon faisait de l’analyse politique. Je ne suis pas d’accord avec la manière dont il parle de nous, on l’a condamné. Mais il y a une différence entre ne pas être d’accord avec la personne et le mouvement, et, localement, se dire qu’il y a des militants sincères de la gauche avec lesquels on peut travailler. Les Municipales, ce n’est pas la Présidentielle."
Jean-François Achilli : Emmanuel Grégoire à Paris, Benoît Payan à Marseille… ils n’ont pas eu besoin d‘accords avec LFI.
Arthur Delaporte : Benoît Payan, comme Emmanuel Grégoire, sont des candidats de l’Union de la Gauche dès le premier tour, avec un bilan qui est exceptionnel. Ils sont aussi le témoin de la résistance et de la force des socialistes.
"La réalité, c’est que dans les villes de plus de 100.000 habitants, les socialistes font trois fois plus de voix que les insoumis, en moyenne."
Jean-François Achilli : et au niveau national, vous pesez 9 fois plus lourd.
Arthur Delaporte :" C’est même plus. C’est environ 800.000 voix au niveau national pour les insoumis, et 9 millions pour le Parti socialiste. On est la principal force territoriale de gauche."
"La droite dans le Finistère, c’est celle qui sucre le RSA à celles et ceux qui en ont besoin ! À Nantes, c’est la droite Manif pour tous"
Jean-François Achilli : De quoi avez-vous peur, alors ?
Arthue Delaporte :"On n’a peur de rien. Mais on sait que dans certaines villes, je pense à Tulle ou à Brest, l’union est ce qui permettra de conserver les villes à gauche. La droite dans le Finistère, c’est celle qui sucre le RSA à celles et ceux qui en ont besoin. À Nantes, c’est la droite Manif pour tous. C’est la droite Bruno Retailleau, qui ne sait pas faire la différence entre Éric Ciotti et Christian Estrosi, l’un qui est l’allié du Rassemblement national, et pour le coup des néo-nazis au Parlement européen, et l’autre qui est un Républicain même si on n’est pas d’accord avec lui."
Jean-François Achilli : Paul Vannier dit de Johanna Roland, maire socialiste sortante à Nantes : ‘Numéro 2 du PS, elle a depuis signé l’accord proposé par notre tête de liste insoumis. Ne croyez jamais un socialiste’. Est-ce que vous allez longtemps accepter de vous faire humilier pour conserver des postes ?
Arthur Delaporte : "Si vous voulez citer les master-trolls insoumis en permanence, c’est votre responsabilité. Paul Vannier fait trois tweets incendiaires à l’heure, je n’ai pas à commenter ses tweets. Johanna Rolland est une femme de gauche, de conviction qui est attachée à l’union de la gauche. Elle sait aussi que les Insoumis nantais soutiennent ses politiques et qui, demain, peuvent permettre que la ville soit transformée. Il faut continuer le travail et ne pas faire le grand bon en arrière que propose la droite."
"Sarah Knafo, qui est aujourd’hui le soutien de Rachida Dati, au Parlement européen, elle siège dans le même groupe que l’AFD qui est ostentatoirement néo-nazi"
Jean-François Achilli : pourquoi sanctionner Catherine Trautmann à Strasbourg après son alliance avec Horizons ?
Arthur Delaporte : "On est pour une clarté. Cette clarté, c’est que la gauche et la droite, c’est pas pareil. Et, par ailleurs, que l’extrême-droite c’est le pire de tous les fonds. Catherine Trautmann, à Strasbourg, a fait un choix que je regrette. Elle n’avait pas besoin, si elle souhaitait gagner, de faire cet accord. Par principe de clarté, on ne fait pas d’accord avec la droite."
Jean-François Achilli : Et maintenant LFI fait une alliance avec les Écologistes, contre Catherine Trautmann. Vous acceptez ça ?
Arthur Delaporte : "À Strasbourg, on fait une alliance avec la droite contre la maire sortante écologiste. Ça n’a pas de sens. Les écologistes viennent de nous soutenir à Lille, j’espère qu’on va gagner. Demain, on aura besoin des écologistes pour gagner."
"Je dis aux électeurs : regardez ce que les socialistes ont fait dans les villes. J’espère que vous ferez barrage à la droite."
Jean-François Achilli : Emmanuel Macron, en Conseil des ministres, a dénoncé les arrangements de partis et a rappelé que ‘les extrêmes restent dangereux, on ne peut pas oublier les principes républicains’. Que lui répondez-vous ?
Arthur Delaporte : "Il a raison de dénoncer les dangers de l’extrême. Mais pour le coup, j’aurais aimé plus de clarté sur l’extrême qu’est le danger, qui pour le coup est l’extrême-droite. Parce que lorsqu’il dit ‘les extrêmes’, il met tout le monde dans le même sac. Et, pour le coup, je ne mettrai jamais tout le monde dans le même sac."
"Sarah Knafo, qui est aujourd’hui le soutien de Rachida Dati, au Parlement européen, elle siège dans le même groupe que l’AFD qui est ostentatoirement néo-nazi."
Jean-François Achilli : C’est quand même fou que vous réclamiez la clarté alors que vous faites plein d’accords.
Arthur Delaporte : "Ce n’est pas spectaculaire : on a des dizaines de milliers de seconds tours en France. Les accords, c’est une quarantaine de cas au maximum."
Présidentielle 2027 : "J’invite Raphaël Glucksmann à rejoindre une primaire"
Jean-François Achilli : Au niveau national, comment allez-vous procéder après les Municipales pour désigner le candidat pour la Présidentielle de 2027 ?
Arthur Delaporte : "C’est un travail qui est en cours. Avec Olivier Faure, on porte l’idée qu'il ne peut pas y avoir de candidat de la gauche démocratique et écologique sans un rassemblement. Ça peut passer par une Primaire. On n’a pas le choix, sinon tout le monde sera spectateur d’un second tour qui pourrait conduire à la victoire du Rassemblement National. La primaire fait partie de ce qu’on essaye de construire, et les semaines suivantes seront fondamentales."
Jean-François Achilli : Raphaël Glucksmann veut faire barrage à LFI. Il ne risque pas de parler à nombre de vos électeurs ?
Arthur Delaporte : Pour parler aux électeurs, il faut être en capacité d’éviter d’avoir une autre concurrence entre Raphaël Glucksmann, s’il le souhaite, et le reste de la gauche. Donc j’invite Raphaël Glucksmann à rejoindre une primaire. Et s’il est meilleur et qu’il parle au plus grand nombre d’électeurs, il l’emportera.
Retrouvez "L’invité politique" chaque jour à 8h15 dans le Grand Matin Sud Radio
Cliquez ici pour écouter "L’invité politique"
Toutes les fréquences de Sud Radio sont ici !