Au lendemain des vœux d’Emmanuel Macron, Arlette Chabot, invitée politique du Grand Matin au micro de Maxime Lledo décrypte une allocution jugée hors du temps, au ton crépusculaire.
Effacement assumé, Europe fragilisée, fin de mandat douloureuse, risque d’ingérences : l'éditorialiste Sud Radio dresse le portrait d’un président déjà rattrapé par l’après-2027.
Quel sentiment a dominé à l’écoute des vœux d’Emmanuel Macron ?
Un sentiment très étrange. On a fini par se demander si l’on était le 31 décembre 2025… ou déjà en 2026, voire en 2027. Le fait que le président évoque aussi directement la prochaine élection présidentielle donne l’impression d’un discours en décalage avec le calendrier. La campagne est déjà ouverte, mais l’entendre ainsi formulée si tôt est troublant.
Vous attendiez-vous à une allocution de cette nature ?
Pas vraiment. Dans les rédactions, on imaginait un discours davantage tourné vers l’international, voire une allocution de combat contre le French bashing. Emmanuel Macron, à qui l’on demande de s’effacer sur la scène nationale, aurait pu se concentrer sur l’extérieur. Finalement, il ne va pas aussi loin qu’attendu, à part évoquer le retour des empires, un phénomène ancien.
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Son discours sur l’Europe reste-t-il central ?
Oui, clairement. L’Europe restera la marque de ce président, notamment l’Europe de la défense. Mais c’est une Europe en grande difficulté. Les rivalités industrielles, en particulier entre la France et l’Allemagne, minent les projets communs. On le voit avec l’extrême complexité de certains programmes industriels. L’Europe peine à se mettre d’accord, et c’est sa grande faiblesse.
Parlez-vous d’une occasion manquée pour le chef de l’État ?
Oui. Il aurait pu redessiner l’enjeu international et rappeler la gravité des menaces. Le 14 juillet, il avait tenu des propos très forts. Là, le ton est beaucoup plus doux. Même la recréation d’un service militaire volontaire, pourtant très symbolique, aurait pu être un moment fort pour s’adresser aux Français. Cette occasion n’a pas été saisie.
A-t-il compris qu’il devait se mettre en retrait ?
Oui, il l’a parfaitement compris. Mais le paradoxe, c’est qu’il en fait trop. Même dans le retrait, il surjoue. La tonalité, le ton de la voix, tout donnait hier une impression crépusculaire, presque une voix blanche. Beaucoup l’ont ressenti ainsi.
Pourquoi ce sentiment de crépuscule est-il si marqué ?
Parce que c’est un président en fin de mandat qui n’a pas envie de décrocher. Il parle déjà de 2027, tout en affirmant qu’il sera à la tâche jusqu’à la dernière seconde. Chaque jour qui passe lui rappelle qu’il a de moins en moins de pouvoir et que la vie politique s’organise autour d’autres figures. C’est très douloureux pour un chef de l’État.
Quand il dit qu’il ne participera pas à la présidentielle “pour la première fois depuis dix ans”, est-ce anodin ?
Non, c’est une phrase très lourde de sens. Tous les présidents vivent cette période comme un lent supplice. C’est un goutte-à-goutte permanent : le pouvoir s’efface, la campagne commence sans vous. Ceux qui se lancent ne cherchent pas la fidélité, mais la rupture.
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Le pouvoir est-il une forme d’addiction ?
Oui. Nicolas Sarkozy l’avait très bien dit. Même ceux qui savent qu’il faut se séparer du pouvoir ont du mal à le faire. Et après avoir quitté l’Élysée, cela leur manque à tous. C’est bien la preuve que l’addiction demeure.
Le président a insisté sur le risque d’ingérences étrangères. Est-ce un tournant ?
C’est un point majeur. Emmanuel Macron connaît bien le sujet : il a lui-même été victime d’ingérences en 2017, notamment russes. Aujourd’hui, ces pratiques touchent toute l’Europe. Et elles ne viennent pas seulement de la Russie : il y a aussi des soutiens assumés venus des États-Unis à certains partis très conservateurs, voire d’extrême droite.
La France est-elle particulièrement exposée ?
Oui. Les municipales seront un premier test. Ce ne sont pas des élections de même niveau que la présidentielle, mais elles donnent souvent le ton. Elles permettront de tester des alliances, à gauche comme à droite, et de mesurer l’état de l’opinion avant 2027.
Quand Emmanuel Macron affirme que “le pays tient”, est-ce de la méthode Coué ?
Non, ce n’est pas faux. Il y a un paradoxe français : une situation politique très compliquée, mais des fondamentaux économiques et institutionnels qui résistent. Ce qui est intéressant, c’est qu’il confirme aussi son retrait en laissant au gouvernement et au Parlement la responsabilité de bâtir les accords, notamment budgétaires.
Peut-il encore construire un héritier pour 2027 ?
Je ne crois pas. Personne n’a envie d’être l’héritier d’Emmanuel Macron. Ceux qui sont en lice veulent rompre, montrer qu’une nouvelle étape s’ouvre. Après dix ans de pouvoir, la rupture est inévitable.
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Pourquoi ce président cristallise-t-il autant de rejet ?
Il y a l’usure du pouvoir, les promesses non tenues, les espérances déçues. Mais il y a surtout une décision qui pèsera durablement sur son bilan : la dissolution de l’Assemblée. En ajoutant de la confusion et du désordre, le président a pris une responsabilité immense. Beaucoup ne le lui pardonneront jamais.
Que retiendrez-vous des deux quinquennats d’Emmanuel Macron ?
Ce n’est pas encore l’heure du bilan. On se donne rendez-vous dans un an, pour les vrais derniers vœux. Car la fin de ce mandat sera longue, très longue, avec une compétition déjà engagée. Et je crains que beaucoup de Français ressentent déjà cette longueur.