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Nicolas Pouvreau-Monti : "Parler d'immigration avant le XIXe siècle, c'était un anachronisme"

INTERVIEW SUD RADIO - Quelles sont les grandes lignes de l'histoire de l'immigration en France ? Périco Légasse en parle sur Sud Radio dans "La France dans tous ses états" avec Nicolas Pouvreau-Monti, directeur de l'Observatoire de l'immigration et auteur de Immigration, mythes et réalités (Éditions Fayard).

Nicolas Pouvreau-Monti
Nicolas Pouvreau-Monti, invité de Périco Légasse dans "La France dans tous ses états".

Comme l'explique Nicolas Pouvreau-Monti, pendant mille ans, la France n'a pas connu d'immigation. À l'échelle de l'histoire du pays, c'est un phénomène très récent.

Nicolas Pouvreau-Monti : "Parce que nous avions une démographie moins bonne que les autres nations européennes, on a ouvert les portes"

Périco Légasse : Premier mensonge : "il n'y a pas plus d'immigration aujourd'hui qu'autrefois"…

Nicolas Pouvreau-Monti : Oui, clairement. Qu'on choisisse de l'appeler mensonge ou mythe, ce qui est certain, c'est que c'est faux. Cette idée est très présente depuis maintenant au moins quatre décennies. Dans une sorte de nouveau récit national de ce qu'aurait été la France, il se trouve que la France a été en Europe, par excellence, le vieux pays sédentaire. Parler d'immigration avant le XIXe siècle, c'était un anachronisme. Mais ce qu'on a appelé les invasions barbares, quand on met bout à bout les burgondes, les visigots etc., ça a fait quelque chose comme 3% de la population préexistante de la Gaule. Ça a suffi à bouleverser leur politique. Dans les siècles qui ont suivi. il y a eu quelques épisodes d'incursion, par exemple les Vikings en Normandie au IXe siècle. Mais sur au moins mille ans, entre le IXe et le XXe siècle, il n'y a eu aucun mouvement migratoire notable en France.

Ce qui caractérise l'ancienne France, ce n'est pas la migration, ce ne sont pas les brassages, c'est une très grande sédentarité. La France a été pendant des siècles un pays de paysans sédentaires qui naissaient, travaillaient et mouraient dans leurs paroisses ou à quelques kilomètres de leur paroisse. Nous avons, en revanche, été le premier pays d'immigration en Europe à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Parce que nous avions une démographie moins bonne que nos voisins, les autres nations européennes, on a ouvert les portes. On envoyait des Européens partout dans le monde, notamment en Amérique. La France, elle, pour sa révolution industrielle, a d'abord mobilisé les paysans français devenus des ouvriers français. Il y a eu effectivement des premiers épisodes d'immigration, essentiellement européenne, jusqu'aux années 50-60, avec le démarrage d'une immigration extra-européenne en nombre significatif. Ça a d'abord été l'immigration algérienne. On a eu un vrai mouvement de bascule dans les années 70. 1974, c'est la fin officielle de l'immigration de travail parce que c'est le premier choc pétrolier, le début du chômage de masse.

"Il y avait cette idée que la plupart des immigrés présents en France repartiraient chez eux"

Périco Légasse : Et le regroupement familial arrive…

Nicolas Pouvreau-Monti : En 1976, c'est instauration du regroupement familial. Et là, on change de nature. Assez vite, les gouvernements en question se sont rendu compte qu'il y avait un problème. D'où le fait que le gouvernement Barre, qui a succédé au gouvernement Chirac, a cherché à le suspendre. Et on a eu une première décision du Conseil d'État : c'est Jacques Chirac qui décide : "on va regrouper les familles". Voilà, très bien.

Il y avait cette idée que la plupart des immigrés présents en France, qui pourraient solliciter ce droit, repartiraient chez eux. Mais que ceux qui resteraient pourraient être rejoints par leurs familles. Le gouvernement a voulu suspendre le regroupement familial deux ans après. Et on a eu le premier épisode de ce qu'on ne cesse de connaître depuis, qui est le gouvernement des juges, en matière d'immigration, avec le Conseil d'État qui a dit en 1978 : "non, non, on ne peut pas suspendre". Et dans les années qui ont suivi, pendant 20 ans, moins d'immigration pendant les Trente Glorieuses en nombre, mais une immigration beaucoup plus largement extra-européenne, beaucoup plus familiale et moins professionnelle. Et depuis les années 90, nous sommes entrés dans une période nouvelle de notre histoire migratoire, qui est une période d'accélération sans précédent. Il est factuellement vrai de dire qu'il n'y a jamais eu autant d'immigration en France qu'aujourd'hui.

https://www.youtube.com/watch?v=cHu-oVs65g4

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