"Je ne suis pas un violeur": l'ostéopathe jugé à Strasbourg pour viols et agressions sexuelles sur 29 patientes s'est une dernière fois défendu mercredi avant le verdict de son procès alors qu'il risque 20 ans de réclusion criminelle.
Pierre Garitte, 37 ans, est poursuivi pour des viols sur six patientes, aujourd'hui âgées de 30 à 83 ans, et des agressions sexuelles sur 21. Deux autres patientes dénoncent en outre à la fois viols et agressions sexuelles.
L'accusé, qui comparaît libre sous contrôle judiciaire depuis le début de son procès le 1er juin, a demandé pardon aux victimes présumées, disant avoir toujours été animé par une "volonté de soigner" mais regrettant d'avoir causé "de la souffrance" en expliquant mal ses gestes et en ayant omis de "questionner leur bien-fondé".
"Je ne suis pas dangereux, je ne suis pas un violeur", a-t-il dit, en larmes. "Je suis prêt à passer ma vie à réparer les dégâts que j’ai faits en travaillant dur".
Décrivant un "comportement de prédateur" - mot également employé par des victimes présumées - qui a agi dans des "circonstances particulièrement détestables", l'avocate générale, Agnès Robine, a requis mardi la peine maximale, soit 20 ans de réclusion criminelle, contre Pierre Garitte.
Il est accusé d'avoir touché ou pénétré les parties intimes des patientes sans leur consentement, dans son cabinet d'Eschau, en banlieue sud de Strasbourg, sous couvert de soins.
La première plainte à son encontre remonte à 2018. Mais l'enquête n'avait réellement débuté qu'avec la plainte pour viol d'une patiente en octobre 2020.
En épluchant son répertoire de patientes, les enquêteurs avaient remonté le fil et identifié d'autres femmes témoignant d'actes répréhensibles.
- "Nul en anatomie" -
Tout au long du procès, Pierre Garitte a nié la plupart des pénétrations et affirmé avoir toujours agi dans un but thérapeutique, sans arrière-pensée sexuelle et en expliquant ses actes aux patientes.
"J'ai dû être nul en anatomie", s'est-il défendu vendredi, invoquant des "maladresses".
"Je me rends compte que j'ai blessé des gens profondément", a dit ce grand brun barbu, père de deux enfants, qui n'exerce plus aujourd'hui.
Son avocat, Yves Sauvayre, a jugé la peine requise "démesurée".
"Il a toujours dit: +J'ai prévenu+. Il a toujours dit: +Quand j'ai fait quelque chose, les patientes savaient ce qui se passait+. C'est sa parole", a-t-il dit.
Deux experts ont évoqué une personnalité "narcissique" tendant à outrepasser les règles ou à renverser la culpabilité.
Alors qu'il était déjà sous le coup de plaintes, il faisait signer à ses patients une "lettre de consentement", dans laquelle ils s'engageaient à lui signaler toute "gêne ou incompréhension" de leur part.
- "Dignité" des patientes -
Pendant le procès se sont succédé à la barre les anciennes patientes, tremblantes ou en pleurs, racontant leur sentiment d'avoir été trahies par ce soignant en qui elles avaient "confiance".
Elles ont décrit à la cour un mode opératoire similaire: l'ostéopathe mettait sa main contre la leur et la dirigeait vers leurs parties intimes.
Dans certains cas, il leur glissait, par surprise et sans gants, un ou plusieurs doigts dans le vagin, tout en respirant fort, ce qui a laissé penser à certaines qu'il était excité.
"Je pense que j'ai été utilisée comme un objet sexuel par destination, et il a profité de moi, profité de la confiance qu'on met dans un sachant", avait déclaré Caroline, 50 ans, citée sous un prénom d'emprunt, comme toutes les femmes ayant parlé devant la cour, pour préserver leur anonymat.
Une autre patiente, Chantal, avait dit s'être sentie "salie, dégoûtée".
La justice ne devra pas seulement condamner un criminel, mais aussi "redonner à toutes ces femmes la légitimité de leur corps et leur dignité", a plaidé Lavleen Singh-Bassi, avocate d'une femme qui dénonce un viol commis devant son enfant de cinq ans.
AFP / Strasbourg (AFP) / © 2026 AFP