Mais cette progression s’accompagne de nouveaux défis, entre risques de consanguinité et tensions persistantes avec les éleveurs, confrontés à des attaques sur leurs troupeaux.
La consanguinité, un risque croissant
La présence de l’ours brun dans les Pyrénées continue de progresser. Selon les derniers bilans, la population dépasse désormais la centaine d’individus, un niveau inédit depuis le début des programmes de réintroduction engagés dans les années 1990. Cette augmentation régulière est généralement perçue comme un succès en matière de biodiversité. L’espèce, qui avait quasiment disparu du massif, semble aujourd’hui durablement installée. Les individus sont désormais répartis sur plusieurs zones, notamment dans les Pyrénées centrales, où la population est la plus dense. Cette expansion géographique contribue à renforcer les chances de survie de l’espèce.
Cependant, cette dynamique positive masque une fragilité : les analyses montrent que de nombreux ours partagent des liens de parenté proches, ce qui peut entraîner des problèmes génétiques à long terme. "C'est extrêmement simple : comme on a lâché trop peu d'ours au départ, ils se reproduisent entre eux, leurs descendants se reproduisent entre eux à leur tour. Et donc, on a un nombre d'individus qu'on appelle 'fondateurs' de cette population qui est trop faible. C'est pour ça qu'il faut la renforcer de manière à apporter de la diversité génétique. On a commandé une étude à un bureau d'études spécialisé, qui établit qu'en lâchant une trentaine d'ours d'ici à 2040, ça permettrait d'apporter cette diversité et de limiter le problème de la consanguinité", raconte au micro de Sud Radio Alain Reynes, directeur de l’association "Pays de l’Ours – Adet".
La consanguinité peut impacter la reproduction, la santé des individus et, à terme, la viabilité de la population. Ce phénomène constitue aujourd’hui l’un des principaux défis pour la conservation de l’espèce dans les Pyrénées. Pour y faire face, certains experts évoquent la nécessité de nouveaux apports d’individus extérieurs afin de diversifier le patrimoine génétique.
Des attaques sur les troupeaux toujours présentes
Parallèlement à ces enjeux biologiques, la présence accrue de l’ours continue de susciter des tensions avec le monde agricole. Chaque année, plusieurs centaines d’attaques sur des troupeaux sont recensées, principalement sur des brebis. Ces incidents surviennent surtout durant la période d’estive, lorsque les animaux sont en pâturage en montagne. Les conséquences pour les éleveurs peuvent être importantes : pertes directes d’animaux, stress pour les troupeaux et surcharge de travail liée à la surveillance.
Alors, un lâcher d'ours entraînerait-il une reproduction infinie ? "Le lâcher de ces ours n'augmenterait pas et n'augmentera pas le nombre d'ours total dans les Pyrénées à terme. Puisque, de toute façon, les ours se reproduisent, ils vont continuer de se reproduire. Il y a une capacité d'accueil des Pyrénées maximum qui est évaluée entre 400 et 500 individus. Et, quoi qu'il en soit, qu'on en lâche ou qu'on ne lâche pas, quand on aura atteint cette capacité d'accueil, le nombre d'ours n'augmentera plus. Donc, la question n'est pas une question d'augmenter à l'infini le nombre d'ours. La question est d'apporter la diversité génétique pour limiter ce problème de consanguinité et faire que cette population puisse perdurer tout simplement", explique Alain Reynes à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
"Plus de 80% de l'alimentation de l'ours dans les Pyrénées est végétale"
Les ours ne sont pas forcément des bêtes féroces que rien n'arrête, relativise Alain Reynes. "On observe que, malgré le nombre augmentant d'ours, le nombre de dégâts sur les troupeaux baisse, ce qui signifie que le nombre d'attaques par ours baisse de manière significative. Actuellement, on est entre deux et trois attaques par ours et par an dans les Pyrénées. Donc, on voit bien qu'au fur et à mesure qu'on protège les troupeaux, les ours perdent l'habitude d'attaquer les troupeaux, et on peut encore progresser dans ce sens-là."
Justement, si l'on s'intéresse à l'alimentation des ours, il se trouve qu'ils sont loin d'être des carnivores qu'on imagine. "Il y a une thèse de doctorat qui vient d'être faite justement sur l'alimentation de l'ours dans les Pyrénées, à partir de l'analyse des crottes trouvées sur le terrain. (Il y a des chiens qui ont été dressés spécialement et qui arrivent à sentir une crotte d'ours à une centaine de mètres.) C'est un travail qui est fait par l'OFB, un travail remarquable. Et donc, l'analyse de ce régime alimentaire a permis de déterminer que plus de 80% de l'alimentation de l'ours dans les Pyrénées est végétale et adaptée en fonction de la saison. Au printemps, par exemple, c'est beaucoup d'herbacés, donc l'ours peut brouter quasiment comme une vache. Et puis, quand arrive l'été, on va aller vers des fruits charnus : les myrtilles, les framboises. Et puis, à l'automne, c'est plutôt les fruits secs qui permettent de constituer les réserves de graisse", raconte Alain Reynes au micro de Sud Radio.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.