À 55 ans, Martin Ney entre de nouveau dans un box d’assises. Grand, massif, le crâne partiellement dégarni, ce tueur en série est apparu ce mardi derrière la vitre blindée de la cour d’assises de Loire Atlantique, où s’est ouvert son procès pour l’enlèvement et le meurtre de Jonathan Coulom, 10 ans, disparu en avril 2004 lors d’une classe de mer à Saint Brévin les Pins.
Déjà condamné à la réclusion criminelle à perpétuité en Allemagne pour trois meurtres d’enfants et une série d’agressions sexuelles, il nie toujours les faits qui lui sont reprochés en France.
Des mineurs côtoyés en classes vertes et garderies
Né en 1970 à Brême, Ney grandit dans une famille où l’autorité maternelle est décrite comme à la fois douce et sévère. Adolescent, il raconte avoir été agressé sexuellement à 12 ans, un épisode qu’il dit avoir « aimé », selon l’ordonnance de mise en accusation. À 14 ans, son attirance pour les garçons prépubères se manifeste. À 18 ans, il reproduit l’agression subie sur un enfant.
Son parcours professionnel l’expose très tôt à des environnements où il côtoie des mineurs : classes vertes, garderies, centres d’hébergement. Il est licencié en 2008, soupçonné de détenir des images pédopornographiques. Sur des forums fréquentés par des pédocriminels, il évoque spontanément l’affaire Jonathan.
Des victimes ligotées avant d'être tuées
En Allemagne, les médias le surnomment « l’homme en noir » ou « Maskenmann ». Entre 1992 et 2001, il enlève et tue trois garçons de 8, 9 et 13 ans, crimes qu’il finit par avouer. Il s’introduit de nuit dans des centres de vacances, ligote ses victimes, les transporte, les tue. Neuf agressions sexuelles supplémentaires lui sont imputées. En 2012, il est condamné à la perpétuité.
Le 7 avril 2004, Jonathan Coulom disparaît de son lit dans un centre de vacances. Son corps est retrouvé six semaines plus tard dans un étang de Guérande, nu, ligoté, lesté d’un parpaing. L’autopsie conclut à une mort par suffocation. Dès les premières semaines, les autorités allemandes signalent aux enquêteurs français des similitudes avec les crimes attribués à l’« homme en noir ». Mais l’enquête piétine durant plus d’une décennie. En 2017, un ancien co détenu affirme que Ney lui aurait avoué avoir tué un enfant en France. Ce témoignage relance le dossier. Ney est transféré en France en 2021 et mis en examen.
Un des plus lourds dossiers criminels de la décennie
À l’ouverture du procès ce mardi, Ney s'est levé, a décliné son identité, puis s'est rassis. Impassible. « C’est un taiseux », a confié l’avocate de la famille Coulom. Depuis vingt deux ans, la mère de Jonathan attend ce moment, redoutant autant qu’espérant des réponses de la part d'un tueur qui continue de nier toute implication dans la mort du jeune garçon de 10 ans.
Dans la salle, les 163 tomes de l’instruction forment un arc de cercle derrière les magistrats. Trois semaines d’audience sont prévues. Des enquêteurs allemands viendront témoigner. Une quarantaine de médias sont accrédités. Le procès s’annonce comme l’un des plus lourds dossiers criminels de la décennie.