Depuis le 11 mai, les animateurs du périscolaire parisien sont engagés dans un mouvement de grève qui s’amplifie avec une manifestation au cœur de la capitale ce mardi. Un mouvement qui devrait entrainer la fermeture des services de plusieurs centaines d’écoles, notamment les accueils du matin, du soir et les cantines. Selon les syndicats, entre 200 et 300 établissements sont touchés à Paris, sur 620 écoles et 14 000 agents.
À l’origine du mouvement, la mise en place d’un plan municipal visant à lutter contre les violences sexuelles dans le périscolaire. Porté par le maire Emmanuel Grégoire, ce dispositif prévoit notamment une simplification des procédures de signalement et des suspensions rapides en cas de suspicion. Depuis le début de l’année, 78 agents ont notamment été suspendus, dont 31 pour des suspicions de violences sexuelles.
« Les agents ont le sentiment d’être en danger »
Une politique jugée nécessaire par la municipalité, mais considérée comme trop brutale par les agents. « Depuis l’été dernier, les suspensions d’agents se sont multipliées, installant un climat très anxiogène dans le périscolaire parisien », explique, sur Sud Radio, Éric Leclerc, directeur d’accueil périscolaire au sein du syndicat Supap-FSU.
« Lorsqu’il y a des suspicions de violences sexuelles, il est évidemment normal d’écarter une personne le temps des vérifications » admet-il, tout en expliquant que « les agents ont aussi le sentiment d’être en danger, car certaines suspensions ont parfois manqué de discernement », d’après lui. Pour les syndicats, cette logique a donc conduit à des décisions jugées excessives. « Un animateur qui élève ponctuellement la voix sur un enfant ne peut pas être suspendu immédiatement sans nuance », insiste-t-il.
Une meilleure professionnalisation des métiers
Au-delà de la question des suspensions, « cette mobilisation porte surtout des revendications anciennes », d’après Éric Leclerc. Il plaide notamment pour « une véritable professionnalisation des métiers, davantage de formation et des remplacements systématiques des absences. Lorsqu’une équipe de dix personnes doit fonctionner avec deux ou trois absents non remplacés, la situation devient extrêmement compliquée. Mis bout à bout, tous ces problèmes ont créé une situation devenue catastrophique ».
🏫Les agents du périscolaire en grève
— Sud Radio (@SudRadio) May 19, 2026
🗣️Éric Leclerc (syndicat Supap-FSU) : "Les personnels sont insuffisamment formés et valorisés. La principale difficulté, c'est la précarité des métiers" #GrandMatin
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Priorité à la formation
« La priorité absolue, c’est la formation. Il faut davantage de temps de préparation avec les équipes et rendre le métier plus attractif, notamment via une revalorisation des statuts. Un directeur périscolaire ne peut plus rester sur un statut de catégorie B. Quand j’accueille 200 enfants le matin et que les familles me confient ce qu’elles ont de plus précieux, la responsabilité est immense : nous devons être des professionnels irréprochables. »
La formation est un autre enjeu de cette mobilisation. « Aujourd’hui, environ la moitié des animateurs ont le BAFA, soit seulement deux semaines de formation », rappelle-t-il, expliquant qu’il « faudrait davantage de professionnels diplômés et mieux formés. L’image de « l’animateur tranquille » en pat d’eph appartient au passé. Nous sommes des professionnels, et cela implique une meilleure formation, des salaires adaptés, du temps de préparation et les moyens de faire correctement notre travail ».
La précarité des statuts pointée du doigt
Le malaise s’explique aussi par la précarité des statuts où une grande partie des agents sont vacataires, parfois depuis de nombreuses années. « Certains occupent le même poste depuis dix ou quinze ans, dans une grande précarité », décrit Éric Leclerc. « Certains agents ne savent même pas où ils vont dormir le soir ».
De son côté, la municipalité explique vouloir garantir la sécurité des enfants, quitte à adopter une position ferme. Emmanuel Grégoire assume ainsi le principe de suspension, qu’il juge « nécessaire tant qu’on n’a pas rebâti les conditions de la confiance ». Mais pour les agents, l’équilibre est rompu. « À partir des chiffres de la procureure, on est à environ 0,14 % d’agents concernés par des suspensions », rappelle Éric Leclerc. « Cela signifie que plus de 99 % des agents font correctement leur travail ».
Dans ce contexte, il rappelle que « la priorité, c’est d’abord de rassurer les agents, avec une communication qui aille aussi dans leur sens ». Enfin, si la mobilisation est particulièrement visible à Paris, elle dépasse largement le cadre de la capitale alors qu’Éric Leclerc explique qu’il s’agit « d’un problème national ».