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"Maisons France Autonomie ": le gouvernement rebaptise les EHPAD, le malaise du secteur demeure

DÉCRYPTAGE SUD RADIO - Le gouvernement veut tourner la page des EHPAD. D’ici 2027, les établissements pour personnes âgées dépendantes devraient progressivement adopter l’appellation "Maisons France Autonomie", censée renvoyer une image plus positive du vieillissement.

"Maisons France Autonomie ": le gouvernement rebaptise les EHPAD, le malaise du secteur demeure
LOIC VENANCE - AFP

Mais derrière ce changement de nom, de nombreuses voix dénoncent une réforme essentiellement symbolique, alors que le secteur continue de souffrir d’un manque chronique de personnel, de difficultés financières et de salaires jugés insuffisants.

Des EHPAD rebaptisés pour changer d’image

Le terme EHPAD est devenu, au fil des années, lourd de connotations négatives. Les scandales liés à certaines pratiques dans des groupes privés, les révélations sur les conditions de prise en charge ou encore le sentiment d’abandon ressenti par certaines familles ont profondément terni l’image du secteur. Pour tenter de rompre avec cette perception, le gouvernement a annoncé le remplacement progressif du terme "EHPAD" par celui de "Maison France Autonomie". L’objectif affiché est de mettre davantage l’accent sur l’accompagnement et la qualité de vie des résidents, plutôt que sur la dépendance.

Le futur label devrait s’accompagner d’un cahier des charges national et d’une volonté d’ouvrir davantage ces établissements sur leur environnement local. Le gouvernement défend ainsi une approche plus positive du vieillissement et souhaite moderniser l’image des structures d’accueil pour personnes âgées.

Mais cette annonce a immédiatement suscité des critiques. Plusieurs acteurs du secteur estiment qu’un changement de nom ne suffira pas à résoudre les problèmes de fond auxquels les établissements sont confrontés depuis des années. "Au-delà des mots, le secteur attend vraiment des actes. Un changement de nom peut contribuer à faire évoluer les représentations, mais il ne saurait suffire", estime au micro de Sud Radio Danny Forster, directeur d’un EHPAD public.

Des évolutions réelles, mais des difficultés persistantes

Il serait toutefois inexact de dire que rien n’a changé dans les EHPAD ces dernières années. Après les scandales ayant touché certains groupes privés, les contrôles ont été renforcés, et la question de la bientraitance est devenue centrale dans le débat public. De nouveaux outils d’évaluation ont émergé, et certaines structures cherchent à développer des modèles plus ouverts, avec davantage d’activités, une meilleure implication des familles et une personnalisation accrue de l’accompagnement. Le secteur tente également d’améliorer la transparence et de restaurer la confiance des proches. Plusieurs établissements mettent désormais en avant des démarches de qualité ou des labels visant à valoriser les bonnes pratiques.

Cependant, ces évolutions restent souvent freinées par un manque de moyens. Les professionnels dénoncent depuis longtemps des effectifs insuffisants, qui compliquent la prise en charge quotidienne des résidents. "Donc, je pense vraiment qu'il faut s'attaquer au problème. Il faut vraiment mettre les moyens nécessaires. Force est de constater que le plan grand âge annoncé depuis des mois, a finalement été abandonné. C'est là toute la difficulté du secteur, qui demeure en permanence dans l'attente d'une loi. Le grand âge ne peut être la variable d'ajustement de l'instabilité politique. Nous avons des professionnels qui méritent mieux, qui méritent plus de considération, et donc évidemment une revalorisation salariale. Pour vous dire franchement, nous avons des infirmiers qui veulent travailler en EHPAD mais qui ne veulent pas travailler pour un salaire minime. Je pense que les ARS et le gouvernement doivent nous accompagner dans cette démarche", poursuit Danny Forster à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

Des salaires jugés insuffisants

La question des rémunérations reste l’un des principaux points de tension. Les métiers du grand âge souffrent d’un manque d’attractivité, lié à la pénibilité du travail, aux horaires décalés et à des salaires considérés comme trop faibles au regard des responsabilités assumées. Les aides-soignants, infirmiers ou agents de service doivent souvent gérer des charges de travail élevées, avec un nombre important de résidents à accompagner chaque jour. Cette pression favorise l’épuisement professionnel et les départs du secteur.

Malgré certaines revalorisations salariales engagées ces dernières années, notamment après la crise sanitaire, de nombreux professionnels estiment que les hausses restent insuffisantes pour répondre à la crise du recrutement. "Un infirmier dans un EHAD public, c'est aux alentours de 1.900-2.000 euros nets, ce qui n'est pas suffisant pour ces professionnels, et c'est entendable. Nous avons par exemple proposé 2.400 euros nets par mois pour ces professionnels de santé. Mais vous voyez, c'est sur des budgets de l'EHPAD. Et vous savez très bien que dans les EHPAD publics, nous rencontrons une situation budgétaire catastrophique. Nous avons à peu près 50% des EHPAD publics en déficit en 2024, ce qui est énorme. Ce déficit reste préoccupant", déplore Danny Forster au micro de Sud Radio.

Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.

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