Aujourd’hui, environ 7.500 EHPAD existent sur le territoire, offrant près de 615.000 places pour les personnes âgées dépendantes. Chaque établissement accueille des résidents souvent très âgés : 48% ont entre 75 et 89 ans, et 40% ont 90 ans ou plus. L’âge d’entrée commence fréquemment autour de 60 ans.
Prise en charge de la dépendance : les besoins ne feront que s'accentuer
Ce besoin s’inscrit dans le contexte démographique qu'on connaît : selon les récentes projections démographiques, la part des plus de 65 ans en France devrait encore augmenter dans les années à venir, et le nombre de personnes âgées dépendantes continuera de croître. À l’horizon 2030, on attend presque 2,7 millions de personnes de plus de 85 ans, une tranche d’âge où une part importante vit avec une perte d’autonomie nécessitant un accompagnement spécialisé.
Pourtant, malgré cette forte demande et la place centrale que les EHPAD occupent dans le système de prise en charge des personnes âgées, peu de Français rêvent d’y aller. Plusieurs sondages montrent qu'une majorité de Français préfèrent rester chez eux plutôt que d’entrer en EHPAD. Il y a quelques années, une enquête CSA révélait déjà que 83% des personnes âgées exprimeraient cette préférence, un chiffre corroboré par d’autres baromètres où 85% des personnes disaient vouloir éviter l’institution si possible. Un sondage plus récent réalisé par l’IFOP pour Synerpa montre que 60% des Français ont une mauvaise image des EHPAD, publics comme privés. Seuls 3% envisagent de confier un proche à un EHPAD public et 2% à un privé dans un futur proche, sauf en cas de maladie sévère comme Alzheimer.
Inéluctable pour beaucoup d'entre nous certes, l'EHPAD ne fait pas rêver
Plusieurs raisons expliquent cette réticence. D’une part, les scandales sanitaires ou de maltraitance – médiatisés notamment par le livre Les Fossoyeurs – ont durablement entaché l’image de certains établissements, en particulier privés. D’autre part, le coût élevé d’un séjour en EHPAD reste un frein majeur : peu de personnes se déclarent sûres de pouvoir financer leur séjour dans ces structures.
Enfin, le défi humain et social reste immense : comment faire accepter un lieu que beaucoup associent à la perte d’autonomie, à l’isolement ou à une fin de vie institutionnalisée ? Face au vieillissement, il apparaît essentiel d’imaginer non seulement plus de places, mais aussi des alternatives – de nouvelles solutions d’habitat ou d’accompagnement à domicile – afin de répondre à ces besoins croissants sans imposer à tous une entrée en EHPAD.
"Ne jamais être seul, c'est un peu notre savoir-faire"
Et pourtant, la progression de la dépendance n'est pas toujours synonyme de tristesse. Serge Trigano est fondateur de Casa Barbara, des résidences pour seniors actifs. "Je crois que quand on vieillit, l'enjeu, c'est la solitude. Même si on a un très bel appartement, être dans son appartement seul à attendre la visite des enfants, des petits-enfants, qui viennent ou qui ne viennent pas…", explique-t-il au micro de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème" avec Félix Mathieu.
"Nous, on a essayé de faire des lieux dans lesquels les gens se sentent bien. Je crois qu'il y a trois piliers du bien-vieillir : il faut bien manger, il faut bien s'entourer et il faut bien bouger. Ne jamais être seul, c'est un peu notre savoir-faire, c'est ce qu'on a fait avec Le Club, c'est tout un ensemble d'hommes et de femmes qui font vivre la résidence. Il y a une salle de cinéma, une salle de sport. Et puis, on sort en ville pour bouger. Comme ça, on retarde le moment où il faudra aller en EHPAD", poursuit-il au micro de Sud Radio.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.