Après l'assassinat d'Ali Khamenei en Iran, "personne ne pleurera la mort d’un tyran". Au micro de Sud Radio, Jean-Louis Thieriot a répondu aux questions de Jean-François Achilli.
"Je crains qu’on aille vers un scénario vénézuélien" en Iran
Jean-François Achilli : Le monde doit-il se sentir soulagé de la mort du guide suprême iranien, Ali Khamenei, responsable de milliers de morts lors de la répression sanglante de janvier ? Vous dites quoi ce matin ? Merci Donald Trump ?
Jean-Louis Thieriot : "Personne ne pleurera la mort d’un tyran. Il faut quand même se rappeler que le régime des mollahs, ce sont des milliers de morts lors de la répression. C’est une violation permanente du droit international à travers tous ses proxys, le Hezbollah, les Houthis, et aussi indirectement le Hamas, qui a été à l’origine des massacres en Israël. C’est une illusion d’une partie de la gauche française qui l’avait regardé avec les yeux de Chimène, on pense à Michel Foucault au moment de l’arrivée de l’ayatollah Khamenei dans l’avion d’Air France. Donc personne ne pleurera la mort d’un tyran. Après, est-ce que la mort du tyran signifie la mort de la tyrannie ? Ça reste à voir. Je reste très prudent sur l’idée d’un changement de régime imposé simplement par des frappes aériennes. Ça ne s’est jamais produit et aujourd’hui on ne sait pas ce qui va en sortir."
Trump a dit « quatre semaines ou moins ». Vous êtes spécialiste des questions de défense. Ça vous paraît crédible ? C’est le scénario qui se dessine ?
"Trump a le regard fixé sur son opinion publique. Elle ne souhaite pas la guerre, donc il veut nécessairement une guerre courte. Je vois mal, en quatre semaines, comment on peut arriver à un changement de régime sans troupes au sol. Et il n’y aura pas de troupes au sol. Je crains qu’on aille vers un scénario vénézuélien, c’est-à-dire des autorités locales un peu plus souples qui prendraient le pouvoir. Il faut se rendre compte de la difficulté de la situation en Iran : les Gardiens de la Révolution, les Pasdarans, les Bassidjis, les fondations religieuses qui tiennent l’économie… Le basculement ne me semble pas évident. Un changement de régime ne s’impose pas de l’extérieur. Il y avait peut-être une carte à jouer au moment des grandes manifestations, mais à ce moment-là l’armada américaine n’était pas déployée."
🇮🇷Mort d'Ali #Khamenei
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🗣️@JL_Thieriot (LR) : "Personne ne pleurera la mort d'un tyran, mais je reste très prudent face à un changement de régime" #Iran #GrandMatin
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La France va rehausser sa posture militaire dans le Golfe et son accompagnement défensif pour être aux côtés de ceux avec lesquels nous avons des traités de défense. C’est la déclaration d’Emmanuel Macron hier soir, au sortir du deuxième Conseil de défense en deux jours. La France pourrait-elle être entraînée, malgré elle, dans ces opérations militaires ?
"La France n’a pas été à l’initiative. Elle n’était pas dans les premières opérations. Elle est aujourd’hui totalement absente des opérations offensives. Aujourd’hui, nous avons trois priorités : protéger nos ressortissants — il y en a beaucoup, y compris en Israël — protéger nos emprises militaires et nos hommes. Nous avons du monde aux Émirats arabes unis, en Jordanie, au Liban. Je rappelle que le Hezbollah a frappé Israël et qu’il y a des répliques israéliennes aujourd’hui. Ça, c’est la priorité. On a une troisième priorité, qui est d’assurer la sécurisation de nos approvisionnements maritimes. La France a rehaussé sa posture dans l’opération Aspides. Nous avons eu un communiqué commun France-Grande-Bretagne-Allemagne disant que nous nous réservions des répliques défensives."
C’est un changement de ton quand même, non ? Au départ, le président Emmanuel Macron a semblé très prudent avec son premier communiqué en expliquant qu’il fallait faire attention à une escalade incontrôlée. Là, c’est plus offensif.
"Je crois que le président n’a pas le choix. L’escalade est le fait de l’Iran. L’Iran a frappé des pays du Golfe qui avaient refusé que les avions américains partent de chez eux. La réalité, c’est qu’aujourd’hui on a une dimension escalatoire iranienne qui nous met directement en première ligne. On a eu un hangar frappé à Abu Dhabi."
"L’Iran a été escalatoire"
L’envoi du Charles-de-Gaulle en Méditerranée orientale, ça vous semble confirmé ce matin ?
"Les deux hypothèses sont évoquées. Je n’ai pas de confirmation officielle et je n’en dirai pas plus. Ce qui est sûr, c’est qu’on a un renforcement de notre posture navale. On a annoncé l’envoi de deux frégates dans le cadre de la mission Aspides. Ça paraîtrait cohérent."
Ce n’est pas seulement symbolique tout ça. Le Charles-de-Gaulle, c’est quand même une trentaine de Rafale, des NH90, des forces militaires à bord.
"Oui, la question c’est : des forces militaires pour faire quoi ? Ce qui est nécessaire sur place, c’est d’avoir des bâtiments qui protègent le commerce maritime avec des missiles mer-air. Apparemment, c’est ce qui est fait. Évidemment, si on envoie le porte-avions, on est dans une autre dimension. Cette autre dimension, c’est peser toute la puissance française. Et je crois que c’est toute l’utilité du porte-avions : être 40 000 tonnes de diplomatie en mer."
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Vous diriez, vous aussi, que le président passe à côté de l’histoire ? Le président de la France, Emmanuel Macron, c’est ce qui se répète : la France totalement absente, l’Europe également. Or c’est à nos portes, c’est une zone d’influence. Pensons au Liban.
"Les enjeux pour notre pays sont considérables. Après, je crois qu’il faut se méfier du French bashing. Nous avons à essayer de porter un modèle qui est la puissance sans la conquête. Nous avons cet enjeu qui est celui, finalement, de la dialectique pascalienne du droit et de la force : le droit sans la force est impuissant, la force sans le droit est tyrannique. Je peux comprendre le balancement du début. Aujourd’hui, ce qui est clair, c’est que l’Iran a été escalatoire. La France doit être présente sur place. Ne nous moquons pas de la France. Le ministre italien de la Défense s’est retrouvé coincé à Bahreïn, ce qui veut dire que lui-même n’était strictement au courant de rien."
Le droit international, est-ce qu’il a encore sa place ? Tout le monde dit que Trump s’assoit dessus, mais au fond l’Iran s’est assis dessus également depuis longtemps.
"Il faut faire une distinction entre la pratique et les principes. Les principes, accepter délibérément un monde totalement dépourvu de règles, ça n’a pas de sens. Ça peut aussi être un moyen d’influence vis-à-vis de ce qu’on appelle, entre guillemets, le Sud global. Une fois qu’on a dit ça, la réalité, c’est qu’aujourd’hui l’épée est redevenue l’axe du monde, qu’on doit en tirer les conséquences et qu’on doit assumer la puissance et la force militaire."
"La France doit être du côté du peuple iranien"
La mort d’Ali Khamenei ne justifie pas les moyens qui l’ont provoquée, écrit Jean-Luc Mélenchon. Un peu la position chez les insoumis et les écologistes : il ne fallait pas faire ça, il fallait essayer de les juger devant un tribunal international.
"C’est une vieille habitude de l’extrême gauche française, voire d’une partie de la gauche française, d’être du mauvais côté de l’histoire. Clairement, aujourd’hui, la France doit être du côté du peuple iranien. On n’enverra pas de troupes au sol pour les aider, mais ça veut dire, en tout cas, diplomatiquement et politiquement, les soutenir."
🗣️@JL_Thieriot (LR) : "La gauche française a la vieille habitude d'être du mauvais côté de l’histoire. Pour LFI, visiblement, 30 000 morts en #Iran ne comptent pas : seuls comptent les morts à Gaza" #GrandMatin
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Vous avez vu ce que dit également la députée européenne Rima Hassan, pour qui l’Iran a le droit de se défendre et Israël a le droit de la fermer. C’est ce qu’elle écrit sur X. Qu’est-ce que cela vous inspire ce matin, Jean-Louis Thieriot ?
"Ça m’inspire le même dégoût que je ressens en permanence à l’égard de LFI. Ils sont contre le droit, ils sont contre l’humanité et ils sont contre un ordre international civilisé. 30 000 morts en Iran, visiblement, pour eux, ça ne compte pas. Seuls comptent les morts de Gaza. Nous, nous considérons que l’humanité est la même partout."
"L’enjeu pour nous, c’est d’européaniser l’OTAN"
Aujourd’hui est aussi une journée particulière puisque Emmanuel Macron doit s’exprimer depuis la base des sous-marins nucléaires français de l’Île Longue, dans la rade de Brest, sur la doctrine nucléaire française. Qu’en attendez-vous ?
"J’en attends de réaffirmer quelques principes et d’apporter, le cas échéant, les évolutions nécessaires. Je crois que, dans ce domaine-là, il ne faut pas crier avant d’avoir mal et s’interdire toutes les exploitations démagogiques. C’est-à-dire que vous entendez un certain nombre de souverainistes dire : « C’est la dissuasion qu’on va brader, on va européaniser. »"
Ce que dit Bruno Retailleau, le président de votre parti. Il dit dans le JDD : « La dissuasion nucléaire française ne se partage pas. Une communication de plus ou une transgression de trop. »
"Il faut distinguer la titraille de l’article et le fond de l’article. L’article est très différent. On rappelle quelques lignes rouges. Ces lignes rouges, c’est que la décision doit être nationale. L’opération en elle-même, toute la ligne de conduite, doit être nationale. En revanche, personne ne peut contester qu’il y ait, dans la définition de nos intérêts vitaux, une dimension européenne. Le général de Gaulle l’avait dit dès 1964 en évoquant l’Allemagne et le Benelux. Ça a été réaffirmé par la totalité des successeurs du président de la République. Vous savez, aujourd’hui, je ne suis plus au gouvernement. De ce point de vue-là, je suis un homme totalement libre. Si on renforce l’épaulement de la dissuasion française par une meilleure coopération entre nos alliés, si on prévoit des frappes dans la profondeur coordonnées hors nucléaire, tout cela a du sens. La seule chose qui doit être impérativement préservée, c’est l’ambiguïté stratégique, qui est qu’on ne précise pas trop quelle est la dimension européenne de nos intérêts vitaux."
🗣️@JL_Thieriot (LR) : "L'OTAN est la seule alliance militaire qui peut fonctionner en Europe" #GrandMatin
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Le parapluie nucléaire français ne doit pas être, au fond, étendu sur les 27, sur l’Europe. C’est ça l’ambiguïté ?
"L’ambiguïté, c’est ne pas dire jusqu’où on l’étend. C’est ça, l’ambiguïté. Si vous dites : « Demain, on étend les armes nucléaires françaises à l’ensemble de l’Europe », personne ne croira vraiment qu’on risquera Paris pour protéger Narva. Et dans ces conditions, c’est toute l’architecture qui est affaiblie. C’est mettre l’adversaire devant un dilemme. Parce que si je parle de Narva, c’est à dessein : personne ne croira qu’on sera engagé sur Narva. Si demain c’est Varsovie, la question peut se poser. Et il faut surtout que l’adversaire ne le sache pas."
Vous attendez quoi du président Emmanuel Macron aujourd’hui ? Qu’il s’affranchisse de l’OTAN ?
"Ma position est claire : l’OTAN est la seule alliance militaire en Europe qui peut fonctionner. L’enjeu pour nous, c’est d’européaniser l’OTAN en remplaçant les hommes et les technologies où nous dépendons des Américains. Là, je raisonne sur le conventionnel. Le nucléaire, il restera français. Tant que les Américains sont là, il faut essayer de les garder dans le jeu. Ce n’est pas à nous de nous débarrasser des Américains. La question, c’est le glissement vers l’Asie. L’Asie, qui est considérée comme l’axe du monde, va-t-elle aboutir à un désengagement américain ? Ce que nous, Européens, devons faire, c’est être capables de dire : si les Américains s’en vont, nous serons capables de faire face. C’est ce que disait le chancelier Merz quand il disait : « Nous savons que nous pouvons être seuls. » Eh bien nous devons savoir que nous pouvons être seuls et donc être capables d’utiliser les structures de l’OTAN pour faire face seuls à des menaces, notamment la menace russe, mais pas seulement."
Nous allons voir ce que va nous dire le chef de l’État depuis Brest. Vous diriez qu’il se rêve un petit peu en chef des armées européennes nouvellement constituées ?
"Il n’y a pas d’armée européenne. Il y a des nations européennes qui se défendent ensemble. La défense, elle est du ressort des États. Que la France joue un rôle important, voire de leader, du fait que nous sommes la seule puissance continentale dotée et souveraine, ce serait assez naturel. Mais je crois que ce discours sera calibré à la virgule près et qu’il faut le lire avant de le commenter et avant de le critiquer."
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