L’escalade militaire au Moyen-Orient relance les craintes d’un choc pétrolier comparable à celui provoqué par la guerre en Ukraine en 2022. Avant les frappes des États-Unis et Israël, le baril évoluait autour de 72 dollars, contre 61 dollars au début 2026. Il vient désormais de dépasser les 80 dollars. Plusieurs analystes estiment même qu’il pourrait rapidement dépasser les 100 dollars et atteindre, dans un scénario extrême, les 120 dollars.
3,1 millions de barils par jour
Ces anticipations s’expliquent par l’importance stratégique de la région. En effet, le Golfe Persique concentre plusieurs des principaux producteurs mondiaux, notamment l’Iran, qui produit environ 3,1 millions de barils par jour et dispose de la troisième réserve la plus importante de la planète.
Son pétrole est également peu coûteux à extraire, avec des coûts pouvant descendre autour de 10 dollars le baril, quand il faut dépenser entre 40 et 60 dollars pour produire un baril en Amérique du Nord. Malgré les sanctions, l'Iran exporte entre 1,3 et 1,5 million de barils par jour, principalement vers la Chine, qui englobe environ 80 % de ses exportations.
Un levier stratégique face à Trump
Toute perturbation de ces flux aurait des conséquences directes sur l’Asie, première région consommatrice d’énergie. Pour les autorités iraniennes, la menace sur le détroit est aussi un levier stratégique face à Donald Trump. Une flambée des prix du pétrole pèserait sur l’économie mondiale et sur les promesses politiques américaines de maintenir des prix de l’énergie bas.
🇮🇷Frappes de l'#Iran visant l'Arabie saoudite, le Koweït, les Émirats et d'autres pays du Golfe
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Un passage où transite 20 % de la consommation mondiale
Également au coeur des inquiétudes : le détroit d’Ormuz. Il constitue l’un des points les plus stratégiques de la planète. Ce corridor maritime relie le Golfe Persique à l’océan Indien et représente la principale voie d’exportation du pétrole du Moyen-Orient. Chaque jour, près de 20 millions de barils y transitent, soit environ 20 % de la consommation mondiale de pétrole liquide, selon l’Agence américaine de l’énergie.
Large d’environ 50 kilomètres et relativement peu profond, le détroit est difficile à sécuriser en cas de conflit. La moindre menace suffit à faire monter les primes d’assurance et à dissuader les armateurs. Dès les premières tensions, plusieurs pétroliers ont d’ailleurs fait demi-tour ou suspendu leur traversée. Seuls l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis disposent d’oléoducs permettant de contourner la zone, mais leur capacité reste limitée à environ 2,6 millions de barils par jour, loin de compenser un blocage total.
Un risque d’embrasement régional
Car les tensions ne se limitent pas à l’Iran. Plusieurs grands producteurs comme l’Irak, le Koweït ou les Émirats arabes unis ont été visés par des frappes ou menaces, faisant craindre un conflit régional. En principe, les grandes économies consommatrices disposent de filets de sécurité. Les pays membres de l’Organisation de coopération et de développement économiques sont tenus de conserver l’équivalent d’au moins 90 jours d’importations sous forme de stocks stratégiques.
Face aux tensions, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et ses alliés, l’OPEP+, emmenée notamment par l’Arabie saoudite et la Russie, ainsi que six autres producteurs, a décidé d’augmenter ses quotas d’environ 206 000 barils par jour pour le mois d’avril afin de tenter de stabiliser le marché.
Sans plomb 95, diesel : au-delà des 2€ le litre ?
Lors du déclenchement de la guerre en Ukraine en février 2022, l’impact sur les carburants avait été particulièrement rapide et visible pour les consommateurs. En France, le prix moyen du litre de sans plomb 95, qui tournait autour de 1,65 euro début 2022, avait franchi le seuil des 2 euros dès le printemps, avec des pics supérieurs à 2,10 euros dans certaines régions. Le diesel, carburant le plus consommé dans l’Hexagone, avait lui aussi dépassé les 2 euros, contre environ 1,55 euro avant l’invasion russe.
Dans le contexte actuel de tensions entre l’Iran, les États-Unis et Israël, un scénario similaire est redouté. Si le baril devait se rapprocher des 100 dollars, voire dépasser les 120 dollars comme le craignent certains analystes, les carburants pourraient augmenter de plusieurs dizaines de centimes par litre. Une hausse de 10 dollars du prix du pétrole se traduit généralement, toutes choses égales par ailleurs, par une augmentation d’environ 5 à 8 centimes à la pompe en Europe, selon les estimations des économistes de l’énergie. En cas de choc prolongé sur l’offre mondiale, les prix pourraient donc rapidement dépasser à nouveau les 2 euros le litre, surtout si les tensions durent. À l’inverse, une désescalade rapide ou une augmentation de la production par l’OPEP+ pourrait limiter l’ampleur de la hausse, comme cela avait été partiellement le cas après le pic de 2022.