Co-fondatrice de l'association La Voix de l'Enfant, Martine Brousse a réagi, au micro de Mathéo Lamblot pour Sud Radio, à la disparition de la jeune Lyhanna qui se transforme chaque jour davantage en affaire à mesure que l'on en apprend sur le passif du suspect, accusé de viols ou agressions sexuelles à trois reprises par le passé mais jamais entendu par la justice.
Elle appelle à mieux recueillir la parole des enfants, à renforcer les structures spécialisées et à développer la prise en charge des auteurs de violences sexuelles.
Quelle est votre première pensée dans cette affaire ?
D'abord, j'ai une pensée pour les parents et pour cette famille qui est dans une attente et une angoisse absolument terribles. Je ne sais pas si ce monsieur nous entend, mais s'il nous entend, je voudrais lui dire qu'il faut qu'il parle. Il a décidé de s'installer dans le silence. Il a des filles aussi, il faut donc qu'il parle.
"Tout adulte doit accepter que l'enfant dise sa souffrance"
Selon vous, qu'est-ce qui a dysfonctionné ?
Malheureusement, trop souvent, nous nous confrontons à ce type de situation où les enfants parlent et où on n'entend pas leur parole. Il faut qu'aujourd'hui, tout adulte accepte que l'enfant dise sa souffrance, qu'il dit une part de vérité. Ensuite, il faut aller chercher la vérité judiciaire. Mais pour cela, il faut que sa parole soit recueillie dans des lieux protecteurs et sécurisés.
Ces structures existent-elles aujourd'hui ?
Oui, elles existent. Je regrette d'ailleurs que l'on parle si peu des unités d'accueil pédiatrique enfants en danger (UAPED). Il y en a 110 en France. En 2025, elles ont réalisé plus de 10 000 auditions. Ce qu'il faut, c'est qu'il y en ait davantage, avec davantage de moyens et davantage de professionnels formés.
Que manque-t-il concrètement ?
Il faut que là où cela fonctionne, on ne fragilise pas les dispositifs existants. Nous avions, par exemple, une unité de gendarmes au sein d'une structure d'accueil et cela se passait très bien. Puis il y a eu un changement de direction et les choses ont évolué.
Il faut que les responsables politiques aient le courage d'aller jusqu'au bout. Là où cela fonctionne, il faut renforcer, soutenir et démultiplier ces unités d'accueil pédiatrique enfants en danger. Dans ces services de pédiatrie, on travaille en pluridisciplinarité avec des protocoles communs. Pédiatres, médecins, magistrats et enquêteurs travaillent ensemble parce qu'ils se connaissent. L'enfant est protégé et peut être mis à l'abri rapidement.
"Il faut parler des auteurs, c'est une épidémie"
Vous estimez également qu'il faut davantage s'intéresser aux auteurs de violences ?
Oui. Il va falloir parler des auteurs. C'est une épidémie. Cela doit être traité comme une épidémie. La cause, ce sont les auteurs. Depuis la loi Guigou de 1998, qu'est-ce qu'on met réellement en place pour leur prise en charge ?
Il existe les CRIAVS, les Centres Ressources pour les Intervenants auprès des Auteurs de Violences Sexuelles. Mais qui les connaît ? Qui sait qu'il existe un numéro d'appel permettant à des personnes attirées sexuellement par des enfants de demander de l'aide avant de passer à l'acte ? Avant, il existait davantage de lieux de parole. Aujourd'hui, il en reste quelques-uns grâce aux CRIAVS (centres ressources pour les intervenants auprès des auteurs de violences sexuelles )et à certains psychiatres, mais il faut une véritable politique globale.
🚨 Disparition de Lyhanna : vers un nouveau scandale judiciaire ?
— Sud Radio (@SudRadio) June 4, 2026
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"Il faut comprendre les causes pour empêcher de nouvelles contaminations"
Que voulez-vous dire par "politique globale" ?
On ne peut pas séparer les victimes d'un côté et les auteurs de l'autre. Comme lors d'une épidémie, il faut évidemment soigner d'abord les personnes touchées. Mais en même temps, il faut comprendre les causes pour empêcher de nouvelles contaminations.
Aujourd'hui, nous savons qu'il existe des milliers d'enfants victimes de violences sexuelles et d'agressions. La question est donc : que fait-on pour que demain il y ait moins d'auteurs ?
Estimez-vous que la société abandonne les enfants ?
Non, je ne crois pas qu'il faille tomber dans cette vision-là. Mon expérience, c'est quarante ans de protection de l'enfance. On s'occupe des enfants, on protège les enfants. Il faut aussi reconnaître le travail des médias qui mettent aujourd'hui en lumière des situations qui existaient déjà auparavant mais qui étaient moins visibles. Cela permet aux associations, à la société civile et aux professionnels de faire avancer les choses.
Je voudrais également rendre hommage aux nombreux professionnels qui travaillent quotidiennement pour protéger les enfants : enquêteurs, magistrats, pédiatres, psychologues, pédopsychiatres ou encore travailleurs sociaux.
"Ce n’est pas en disant sans cesse que rien ne se fait qu’on fera avancer les choses"
Pourtant, il existe bien des dysfonctionnements...
Oui, bien sûr, il y a des dysfonctionnements et ils devront être analysés. Mais ce n'est pas en répétant que rien ne se fait et que personne ne protège les enfants que l'on fera avancer les choses. Valorisons ce qui fonctionne, renforçons-le et apportons des moyens supplémentaires là où ils sont nécessaires.
Je tiens à rappeler qu'il existe aujourd'hui des unités d'accueil pédiatrique enfants en danger au sein des services de pédiatrie. Il n'y en a pas assez, mais elles permettent déjà à de nombreux enfants d'être mieux protégés.