Du luxe aux jouets, en passant par les cosmétiques, les médicaments ou les équipements électroniques, les produits contrefaits représentent un danger économique, sanitaire et sécuritaire croissant, alimenté notamment par l’essor du commerce en ligne.
"Comme ils ne respectent pas la loi, les contrefacteurs se permettent de faire des choses, et ils vont plus vite"
Le commerce mondial de produits contrefaits continue de prospérer malgré le renforcement des contrôles. Selon les dernières estimations de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et de l’Office de l’Union européenne pour la propriété intellectuelle (EUIPO), ce marché illicite représentait près de 467 milliards de dollars en 2021, soit environ 2,3% du commerce mondial.
En France, les douanes multiplient les saisies. Plus de 20 millions d’articles contrefaits ont été retirés du marché en 2023, un niveau record qui illustre l’ampleur du phénomène. Pour Delphine Sarfati-Sobreira, directrice générale de l’Union des fabricants pour la protection internationale de la propriété intellectuelle (Unifab), les contrefacteurs se distinguent avant tout par leur capacité d’adaptation. "Je ne pense pas qu'ils soient plus forts. Néanmoins, comme ils ne respectent pas la loi, ils se permettent de faire des choses, et ils vont plus vite. Les contrefacteurs sont des gens très intelligents, qui changent leur méthode en fonction de la manière dont les pouvoirs publics se comportent", explique-t-elle au micro de Sud Radio.
"Aujourd'hui, il y a de l'assemblage en France"
L’une des évolutions récentes les plus marquantes concerne l’organisation même des filières de fraude. "Aujourd'hui on assiste aussi à une nouveauté : c'est qu'il y a de l'assemblage en France. C'est quelque chose qui n'existait pas il y a encore deux ou trois ans. Aujourd'hui, on va vous livrer en France un produit neutre, et la marque sera apposée dans un atelier près de Roissy ou près de Fos-sur-mer, par exemple", raconte Delphine Sarfati-Sobreira à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Le développement du commerce électronique a également bouleversé la lutte contre les faux produits. "C'est vrai qu'avec Internet, maintenant tout est accessible partout. Cela complique aussi la donne. On ne peut pas mettre un gendarme, un policier ou un douanier dernière derrière chaque ordinateur, chaque téléphone portable pour surveiller ce que les gens font", poursuit la directrice générale de l'Unifab.
"En trois ans, on a fait fermer une trentaine de boutiques à Saint-Ouen"
Les capacités de contrôle demeurent en effet limitées face à l’explosion des flux de marchandises. "En France, comme d'ailleurs dans tous les pays d'Europe, uniquement 2 à 3% des marchandises sont contrôlés. Parce qu'il faut aussi que le dédouanement se passe rapidement. On est en compétition pour tout dans la vie aujourd'hui ! Et donc, la vitesse de dédouanement de chaque pays est aussi calculé. Et donc, les entreprises choisissent de dédouaner en Europe dans un pays plutôt que dans un autre en fonction de la vitesse de dédouanement", explique Delphine Sarfati-Sobreira au micro de Sud Radio.
Sur le terrain, certaines zones font l’objet d’une surveillance renforcée. "Saint-Ouen est une zone qui est compliquée. Nous travaillons beaucoup avec la police à Saint-Ouen. Il y a même une brigade des puces qui existe à Saint-Ouen. Cela, pour assécher le nombre de contrefaçons qui sont vendues. Il faut savoir qu'en trois ans, on a quand même fait fermer une trentaine de boutiques ! Donc, les choses évoluent. Peut-être pas au rythme que nous le souhaitons tous, pour protéger les consommateurs. Mais en tout cas, les actions sont menées de manière extrêmement régulière", assure la directrice générale de l'Unifab.
Contrefaçon : la Chine a entamé les contrôles… mais il faudrait en faire beaucoup plus
La coopération internationale reste enfin un levier essentiel. La Chine demeure l’une des principales sources de produits contrefaits interceptés par les autorités douanières européennes. "Ce qu'il faut plutôt, c'est convaincre les autorités chinoises de surveiller les produits à l'export. C'est-à-dire avant même que les produits quittent le pays. Donc, il y a quand même des progrès qui ont été faits par la Chine. Je tiens à les saluer, parce qu'il y a dix ans, il n'y avait aucun contrôle à l'export. Aujourd'hui, il y a quand même des contrôles à l'export qui se font de manière régulière. Évidemment, ce n'est pas autant qu'on le souhaiterait. Évidemment, c'est encore malheureusement à une échelle inférieure aux besoins. Parce que la Chine exporte beaucoup plus sur le marché européen depuis la politique fiscale américaine, et nous sommes devenus un marché cible pour la Chine, et donc aussi pour la contrefaçon", raconte Delphine Sarfati-Sobreira sur Sud Radio.
À l’heure où la contrefaçon touche désormais aussi bien les biens de luxe que les produits du quotidien, les acteurs de la lutte anti-fraude rappellent qu’acheter un faux ne constitue pas seulement une atteinte aux marques : c’est aussi alimenter une économie souterraine aux conséquences économiques, sociales et parfois sanitaires considérables.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.