Selon les experts, la meilleure stratégie consiste à combiner des mesures préventives pour empêcher le logement de se réchauffer avec des équipements de rafraîchissement utilisés de manière raisonnée. Une approche appelée à devenir incontournable dans les décennies à venir.
Un enjeu de santé publique
Les vagues de chaleur deviennent plus fréquentes et plus intenses. Face à des températures qui dépassent les 35 °C voire davantage comme en ce moment, la question du confort à domicile n’est plus seulement une affaire de bien-être. Elle devient aussi un enjeu de santé publique.
La première règle consiste à empêcher la chaleur d’entrer dans le logement. Les spécialistes recommandent de fermer les volets, rideaux et fenêtres pendant les heures les plus chaudes, puis d’aérer largement la nuit et tôt le matin lorsque les températures extérieures sont plus fraîches. Les protections solaires, les stores, les pergolas végétalisées ou encore la végétation autour des habitations contribuent également à limiter la surchauffe des bâtiments.
"Si vous le pouvez, isolez"
Comme l'explique Fanny Guibert, journaliste à 60 millions de consommateurs, auteure d'une enquête sur la question dans le dernier numéro du magazine, ces solutions passives doivent être privilégiées avant même de penser à un équipement de refroidissement. "Si vous voulez baisser la température de manière régulière, c'est-à-dire, vous voulez maintenir du 26 °C, il n'y a que la climatisation qui va vous permettre ça. Après, encore une fois, il y a quand même d'autres choses à faire : éviter que le logement ne se réchauffe dans la journée, fermer les fenêtres, fermer les volets. Si vous pouvez, dans le cadre de rénovation, isolez. Parce qu'aujourd'hui, il y a quand même des bâtiments neufs qui sont très bien isolés, qui ne sont ni des passoires thermiques ni des bouilloirs thermiques. Vous avez une très bonne résistance à ça.
Vous avez encore beaucoup trop de logements sans volets : vous pouvez mettre ne serait-ce que des des pergolas avec de la végétation plutôt que d'avoir des terrasses qui font juste des blocs de ciment. Essayez de végétaliser. Toutes ces choses-là font que, à l'intérieur du logement, ça va moins chauffer pendant la journée", a fait savoir Fanny Guibert à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Le ventilateur pour première réponse
Lorsque la chaleur s’installe malgré tout, les ventilateurs constituent souvent la première réponse. Contrairement à une idée reçue, ils ne refroidissent pas l’air mais créent une sensation de fraîcheur en accélérant l’évaporation de la transpiration. Fanny Guibert insiste sur leur efficacité relative : "Il ne faut pas sous-estimer les ventilateurs. Très clairement, ils ne font pas baisser la température de la pièce, ils ne la changent pas. Mais en revanche, ils vous rafraîchissent, vous. Et ça, c'est important aussi. [On recommande] les ventilateurs plafonniers, parce qu'ils brassent avec moins de bruit. Et ça, c'est important. Parce qu'au bout d'un moment, quand même les petits climatiseurs mobiles, ils font vraiment beaucoup de bruit. Donc, ils brassent l'air avec moins de bruit, et ils le brassent de manière homogène plutôt qu'un petit ventilateur que vous allez avoir sur vous. Puis, au bout d'un moment, ça va aussi vous irriter les yeux", a raconté Fanny Guibert au micro de Sud Radio.
"Il faut raisonner sur les 50 prochaines années"
"Et ensuite, il faut plutôt songer à faire venir du frais dans des appartements. Mais sur des logements collectifs, peut-être choisir des solutions collectives. Il y a beaucoup d'endroits où il y a des réseaux de froid qui sont à proximité. Il faut que les copropriétés et les bailleurs sociaux investissent là-dedans. Ça ne va pas se faire demain. Pour aujourd'hui, ce n'est pas la solution - c'est pour ça qu'il y a plus de petits climatiseurs mobiles, parce que tout le monde s'est rué pour passer cette semaine. Mais on ne peut pas raisonner sur la semaine. Il faut raisonner aussi sur les 50 prochaines années. Et là, il y a vraiment intérêt à faire quelque chose de collectif là-dessus", a poursuivi Fanny Guibert à l'antenne de Sud Radio.
"Un ventilateur, c'est une histoire de superficie de la pièce"
Fanny Guibert recommande les ventilateurs plafonniers. "C'est une histoire à la fois de superficie… C'est l'air qui est en mouvement. La ventilation, ça fonctionne. L'ingénieur que j'ai interviewé de l'ADEME dit qu'au-delà de 0,5 mètre par seconde, vous avez une sensation de frais sur vous de 2 à 3 degrés en moins. Donc, c'est quand même très intéressant. Et c'est vrai qu'il y a certains appareils qui brassent plus vite que d'autres, qui ont un débit d'air plus puissant. Il faut donc regarder le débit d'air. Si vous avez un fort débit d'air, ça va mettre pas mal l'air en mouvement, et vous allez avoir une sensation de fraîcheur un petit peu plus grande. Et, encore une fois, les plafonniers sont ceux qui font ça le mieux", a fait savoir Fanny Guibert.
"A un moment, il faudra envisager la climatisation"
Reste la question de la climatisation. Longtemps perçue comme un luxe, elle apparaît désormais comme une nécessité dans certains contextes, notamment pour les personnes âgées, fragiles ou vivant dans des logements très exposés à la chaleur. "La climatisation, avant, c'était vu comme du confort - aujourd'hui, c'est une nécessité sanitaire. Même l'ADEME dans son avis dit : 'Commencez par faire toutes les solutions passives pour éviter que ça ne se réchauffe. Mais à un moment, il faudra envisager la climatisation'. Comment on la joue collectif plutôt que de la jouer chacun avec son petit truc qui va pulser de l'air chaud et qui va réchauffer le voisinage… C'est ça, la question", a fait savoir Fanny Guibert.
"Il ne faut pas être anti-clim"
"Je pense que vraiment, il faut pas être anti-clim, c'est idiot. Ce qu'il faut, c'est tout faire pour limiter son usage. Mais les jours où on en a besoin, qu'elle soit là. Tous ces climatiseurs sont des pompes à chaleur réversibles, c'est juste le nom qui change. Mais il faut se poser la question : on ne va pas en mettre partout. Parfois, j'ai des gens qui ont un climatiseur et qui vont rajouter une pompe à chaleur à côté. Cela peut être le même appareil ! Simplement, parfois, il est mal dimensionné. Donc, il faut penser aujourd'hui les besoins de chaud et de froid ensemble", a conclu Fanny Guibert.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Valérie Expert.