Jocelyn Dubost, cultivateur en Isère de 31 ans, a été élu, jeudi, président du syndicat Jeunes Agriculteurs, après en avoir gravi les échelons en insistant sur l'importance de maîtriser la technicité des dossiers tout en gardant la "convivialité" du syndicalisme agricole.
Installé à Courtenay (Isère), à une quarantaine de kilomètres à l'est de Lyon, il a repris en 2015 les 225 hectares - 120 de céréales (maïs, blé, tournesol) et le reste en prairie - qu'il cultivait jusque-là avec son oncle.
C'est avec son père, aussi agriculteur, et ses oncles qu'il a attrapé la passion du grand air "sur les tracteurs". Il admire alors leur capacité à être "gardien de leur temps" et à surmonter les années difficiles.
Il choisit un lycée agricole puis un BTS analyse, conduite et stratégie de l'entreprise agricole, après avoir envisagé de travailler en cuisine ou d'être journaliste sportif.
Il s'occupe aujourd'hui du club de rugby du village mais a arrêté de jouer faute de temps et par peur de l'impact d'une blessure malgré sa carrure imposante.
Jocelyn Dubost gère seul sa ferme où il compte bientôt engager un salarié pour l'aider, un recours fréquent pour les responsables syndicaux.
Il découvre le syndicalisme en devenant bénévole pour un concours de labour, en 2014. Il apprécie "la convivialité" mais trouve surtout le plaisir de "porter des dossiers" en s'investissant sur l'installation des jeunes et la gestion de l'eau.
Parmi ceux qui ont travaillé avec lui au niveau cantonal, départemental puis régional (il a présidé pendant quatre ans les JA Auvergne-Rhône-Alpes), on le dit investi et fin connaisseur de tous les dossiers.
- Reconnecter avec le terrain -
A l'échelle nationale, il souhaite poursuivre le travail sur les "plans et contrats d'avenir", proposition des JA pour planifier la transition des exploitations face au changement climatique tout en garantissant des revenus aux agriculteurs et aux jeunes qui s'installent.
Le nouveau président des Jeunes Agriculteurs Jocelyn Dubost, au centre, à Bourg-en-Bresse le 4 juin 2026, dans l'Ain
OLIVIER CHASSIGNOLE - AFP
Ces plans ont été intégrés au projet de loi d'urgence agricole (actuellement au Parlement), sous la forme de projets et contrats entre les agriculteurs et des industriels ou même des distributeurs afin de sécuriser des revenus pour ceux qui décident de transformer leur exploitation.
Sur sa ferme, Jocelyn Dubost a ajouté des cultures de soja, pour lequel la France dépend encore largement des importations. Il s'est aussi essayé aux lentilles et au chanvre mais n'a pas trouvé les essais "concluants".
Il a, en revanche, développé la gestion de prairies et l'échange de foin contre du fumier avec les agriculteurs de la région.
- "Économe" en eau -
Il s'est aussi investi au sein de l'association d'irrigants qui rassemble 28 agriculteurs qui pompent directement dans le Rhône.
"On fait attention, on a un organisme unique de gestion collective, donc on a une gestion des volumes qui est maîtrisée avec des compteurs depuis 1988 ou 89. Il n'y a pas de conflit, mais on essaye au maximum de les anticiper en étant le plus économes en eau, sans mettre en péril derrière nos cultures", affirme-t-il lors d'un entretien avec l'AFP.
En écho aux discussions qui animent le Parlement sur le volet eau du projet de loi agricole, il dit vouloir "sortir des débats manichéens" sur la question.
De gros dossiers attendent le président des JA: l'arrivée d'un nouveau bachelor agro à la rentrée 2026, la mise en place de France Services Agriculture et leur guichet unique pour l'installation et la transmission d'exploitations et, surtout, la reconnexion avec le terrain.
L'alliance FNSEA-JA a perdu sa majorité aux dernières élections professionnelles et fait face à des divisions dans ses rangs. Certains JA ont même rejoint la Coordination rurale et la Confédération paysanne lors des manifestations de l'hiver.
"Je ne veux pas tomber dans le spectacle à outrance pour rameuter les jeunes, mais il faut aller leur parler", conclut Jocelyn Dubost.
Par Mathilde DUMAZET / Bourg-en-Bresse (AFP) / © 2026 AFP