Cet épisode, qui intervient dans un contexte de lutte contre les trafics de stupéfiants, ravive les inquiétudes des élus face aux pressions du narcotrafic. L'Association des maires de France appelle à poursuivre le renforcement des moyens de l'État contre les réseaux criminels.
"L'Association des maires de France alerte depuis plusieurs années sur cette réalité du narcotrafic"
Le dispositif de sécurité déployé à Alès (Gard) dans la nuit du 20 au 21 juillet illustre le niveau de menace auquel peuvent désormais être confrontés certains élus locaux. Le maire de la commune, Christophe Rivenq, a été évacué de son domicile par les policiers du Raid après la découverte d'un véhicule suspect stationné à proximité de son habitation. Les forces de l'ordre craignaient qu'il puisse s'agir d'une voiture piégée, tandis que des inscriptions faisant référence à "DZ Mafia" avaient été relevées. Après les vérifications menées par les démineurs, aucun engin explosif n'a finalement été découvert, mais l'opération a conduit à un important périmètre de sécurité et à l'ouverture d'une enquête judiciaire.
S'exprimant après les faits, Christophe Rivenq a indiqué rester "vigilant" tout en affirmant poursuivre son action à la tête de la municipalité. L'élu estime que ces intimidations sont directement liées à la politique menée contre les trafics de stupéfiants dans la ville. Depuis plusieurs mois, Alès multiplie les opérations de lutte contre les points de deal en coordination avec les services de l'État, dans un contexte où les autorités dénoncent une progression des réseaux criminels bien au-delà des grandes métropoles.
Pour Jean-François Vigier, vice-président de l'Association des maires de France (AMF) et maire UDI de Bures-sur-Yvette, cette affaire dépasse largement le seul cadre local. "Ce n'est pas un exemple isolé. Malheureusement, nous avons affaire de plus en plus à ces faits de blanchiment de drogue et de trafic organisé. L'AMF et son président, David Lisnard, ont exprimé un soutien total dans son combat contre le narcotrafic. Notre collègue, Christophe Rivinc, dans sa ville, et face à ces menaces graves qui sont totalement inacceptables… Ces faits montrent l'ampleur croissante du danger du narcotrafic, de l'infiltration des réseaux mafieux de la drogue sur le territoire, de la menace pour la sécurité de tout le pays. Et c'est vrai que l'Association des maires de France alerte depuis plusieurs années, sur cette réalité du narcotrafic qui touche désormais toutes les communes. Elle alerte y compris publiquement, lors du Congrès des maires dès 2024, puis en 2025", témoigne Jean-François Vigier au micro de Sud Radio.
"On ne peut pas accepter qu'un représentant de la Nation soit pris à partie"
L'élu francilien estime que les organisations criminelles cherchent désormais à étendre leur emprise sur l'ensemble du territoire. "On peut imaginer que c'est une multinationale de la drogue et que elle veut maintenant s'implanter partout et ne pas laisser de la vente sauvage - j'en sais rien. Mais ce qu'on voit, par contre c'est qu'on le vit au quotidien et que ça crée de l'insécurité pour nos concitoyens. Cela met tout le monde en danger : toute une commune, toute une communauté. On ne peut pas accepter ça", estime Jean-François Vigier au micro de Sud Radio à l'antenne de Sud Radio.
"On ne peut pas accepter, d'une façon générale, que le représentant de la Nation, élu par les habitants, puisse être pris à partie physiquement, moralement, lorsqu'il agit en représentant de la Nation. Ça, c'est inacceptable", poursuit l'élu.
Au-delà du cas d'Alès, l'AMF considère que les intimidations visant les maires constituent une menace pour les institutions démocratiques. Jean-François Vigier rappelle les évolutions législatives déjà engagées, tout en jugeant qu'elles doivent être poursuivies : "On voit bien que c'est une réalité qui nous touche de plus en plus et qui n'épargne, finalement, aucune ville. Mais on ne doit pas accepter que ça devienne une habitude. On ne peut pas. Et le combat que mène notre collègue aujourd'hui dans sa ville, c'est celui que mènent déjà d'autres maires. Les maires sont pleinement aux côtés de l'État dans le combat contre le narcotrafic. Plusieurs mesures ont été prises : la loi sur le narcotrafic, soutenue par l'AMF, qui a prévu, notamment, la création d'un Parquet national anti-criminalité, le renforcement du régime carcéral. Il y avait aussi la refonte du statut des repentis, la protection des témoins, les opérations des forces de l'ordre. Mais il faut continuer. C'est un combat pour la démocratie qui est en train d'être mené".
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