Comme un coup de tocsin après des feux estivaux d'une ampleur inédite et sur fond d'explosions des interventions du quotidien, les syndicats de pompiers professionnels appellent à partir de mardi à une mobilisation nationale de plus de six semaines.
Au cœur de leurs revendications, la lancinante problématique des moyens matériels et financiers, un recrutement massif de sapeurs-pompiers professionnels et la protection de leur santé.
Le système n'est pas atteint d'une simple "intoxication" mais d'un "cancer" qui impose un traitement lourd, résume Rémy Chabbouh, porte-parole de SUD, l'une des huit organisations de l'intersyndicale qui appelle à la grève de mardi au 20 octobre afin d'obtenir "des actes à la hauteur des enjeux".
Le début de cette mobilisation coïncide avec la présentation aux syndicats des grandes lignes du projet de loi issu d'un "Beauvau de la Sécurité civile". Cette concertation d'un an lancée mi-2024 devait déboucher sur une ambitieuse loi de modernisation d'un système jugé à bout de souffle, avec des financements supplémentaires à la clé, mais est restée lettre morte.
La fin du préavis, qui couvre "toute forme de mobilisation" y compris la cessation du travail, marque le début de l'examen de la loi de finances.
La grève, même si elle est suivie, n'aura pas d'impact sur les secours car les quelque 44.300 pompiers professionnels, des fonctionnaires des collectivités territoriales, peuvent être désignés par les directions des services d'incendie et de secours (SDIS) ou réquisitionnés par les préfets afin d'assurer la continuité du service public.
"Le gouvernement est tellement acculé", en cette saison de feux et d'épisodes caniculaires à répétition, "qu'il ne peut pas ne rien faire", veut croire M. Chabbouh. "Mais même s'ils arrivent avec une hotte du Père Noël, qu'est-ce qui sera voté ensuite" au Parlement ?
Les pompiers réclament avant tout "un financement pérenne, juste et ambitieux des SDIS", dont les dépenses de fonctionnement sont passées de 3,9 milliards d'euros en 2012 à 5,2 milliards en 2025, selon l'Observatoire des Finances et de la Gestion publique Locales.
"La grève porte sur le financement des SDIS, pas sur le budget de la sécurité civile" dévolu à "des situations bien spécifiques comme les feux de forêt, les inondations, les plans de pollution maritime", explique Xavier Boy, du syndicat FA SPP-PATS et porte-parole de l'intersyndicale.
"Le budget de la sécurité civile, c'est-à-dire 880 millions d'euros, va servir pour les moyens nationaux, donc à payer les colonnes de renfort, les avions, les dashs (bombardiers d'eau), les hélicoptères", etc, dit-il, alors que "nous, le financement des SDIS c'est environ 6 milliards d'euros et l'État contribue à 1 milliard d'euros environ", une contribution "pas assez importante".
Depuis la départementalisation des SDIS initiée en 1996, les départements sont devenus le principal contributeur financier, et plusieurs rapports parlementaires ont souligné ces dernières années leurs difficultés à maintenir la cadence face à l'augmentation des missions sanitaires et des risques naturels.
- "Orange clignotant" -
Les pompiers-professionnels, dont plus de la moitié figurent aussi parmi les quelque 200.900 pompiers volontaires, réclament en outre "un recentrage" des missions de secours et soins d'urgence aux personnes
Alex MARTIN - AFP/Archives
Les pompiers-professionnels, dont plus de la moitié figurent aussi parmi les quelque 200.900 pompiers volontaires, réclament en outre "un recentrage" des missions de secours et soins d'urgence aux personnes (SSUAP) - plus de 4,89 millions en 2025, soit 87% des interventions des pompiers - "sur le secours et les soins d’urgence".
"Aujourd'hui, on parle du feu de forêt. Demain, on va parler des inondations. Mais le reste de l'année, on parle des missions des secours pompiers" et "on est dans l'orange clignotant du 1er janvier au 31 décembre", souligne Alain Laratta, secrétaire général d'Avenir Secours.
"Pourquoi ? Parce qu'on continue à être satellisés par des missions qui ne nous sont pas propres et que d'autres ne veulent plus faire", ajoute le représentant de ce syndicat de cadres, qui s'est désolidarisé de l'intersyndicale mais appelle toutefois à la grève.
Selon une source proche, le projet de loi pourrait réintroduire l'idée d'un contrat territorial de secours d'urgence, laissant la main au préfet pour fluidifier la régulation des urgences et le transport des malades.
D'ores et déjà, pour maintenir la pression, les syndicats entendent organiser des actions à Paris les 27 et 28 septembre, avant de manifester le 29.
Par Anne-Sophie LABADIE / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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