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BAPS inaugure le premier temple hindou majeur en France

Des milliers d'hindous célèbrent, dimanche, près de Paris la consécration du premier temple majeur bâti en France par l'organisation BAPS, qui le promeut comme "un emblème de la culture indienne et de l'hindouisme".

Un moine hindou tenant un chapelet lors de l'inauguration du temple BAPS en France
Kenzo TRIBOUILLARD - AFP

Des milliers d'hindous célèbrent, dimanche, près de Paris la consécration du premier temple majeur bâti en France par l'organisation BAPS, qui le promeut comme "un emblème de la culture indienne et de l'hindouisme".

Présenté comme le plus grand temple hindou construit en Europe continentale dans un style traditionnel, l'édifice s'élève dans la ville nouvelle de Bussy-Saint-Georges (Seine-et-Marne), à 30 km à l'est de la capitale.

Venus en nombre des Etats-Unis et du Royaume-Uni, les fidèles y scrutent déjà ses dômes de pierre ciselées, les moines en tenue safran descendant ses escaliers et le véhicule vitré, orné de fleurs, qu'emprunte le maître spirituel de 93 ans, Mahan Swami Maharaj.

Fondé en 1907 dans l'Etat indien du Gujarat, le mouvement spirituel Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha (BAPS) revendique un réseau mondial de plus de 1.300 "mandirs" (temples en hindi), parfois inaugurés par le Premier ministre indien Narendra Modi lui-même, tel celui d'Abou Dhabi en 2024.

Ses visées sont cependant contestées par une partie de la diaspora indienne, qui y voit une nouvelle offensive du "suprémacisme hindou".

Dans une vidéo promotionnelle diffusée par BAPS, Modi évoque ces mandirs comme "un reflet de la culture indienne" et "les centres de la plus ancienne civilisation vivante du monde".

Un participant à la célébration du premier temple BAPS en France porte un gilet jaune au logo de la communauté, le 3 septembre 2026, à Paris

Un participant à la célébration du premier temple BAPS en France porte un gilet jaune au logo de la communauté, le 3 septembre 2026, à Paris

Kenzo TRIBOUILLARD - AFP

"C'est un moment historique pour les hindous en Europe et on a ici des personnes d'une quarantaine de pays, et 3.500 bénévoles", assure l'un d'eux, Jenish Parekh, assurant les relations avec la presse, joint en marge d'une procession fluviale des représentations divines jeudi sur la Seine.

"Quelque 10.000 blocs de pierre ont été amenés d'Inde, sculptés par des tailleurs de pierre indiens et assemblés par des ingénieurs français", vante ce directeur conseil de 40 ans: un chantier à "plusieurs dizaines de millions d'euros", dont BAPS a assuré la maîtrise d'ouvrage en impliquant des sociétés françaises.

"En bâtissant tous ces temples, ils essaient de construire un sentiment de communauté, de paix, d'amour", estime, face à l'édifice, une fidèle de 61 ans venue de Grande-Bretagne, Anupa Nagla.

Son architecture plaît aussi à Rita Matar, retraitée de région parisienne native de l'Inde. "En France, on n'avait pas de vrai temple hindou, nulle part, on allait quelquefois dans un endroit pas très présentable près de la gare du Nord" à Paris, confie à l'AFP cette femme de 70 ans qui, bien que peu pratiquante, "apprécie que l'Etat français ait permis que l'hindouisme ait un lieu ici".

Son mari, Dev Matar repousse les critiques visant BAPS et sa proximité avec Modi: "Tout le monde dit qu'il est extrémiste mais si Modi ne défend pas l'Inde et l'hindouisme, qui va le faire?".

Depuis son arrivé au pouvoir en 2014, le parti nationaliste de Modi est accusé par ses adversaires de vouloir "hindouiser" le pays. L'Inde a été récemment critiquée par l'organe de l'ONU chargé de lutter contre les discriminations, qui lui demande de s'attaquer aux crimes de haine envers les musulmans de langue bengalie.

- "Opacité" -

Des statues de divinités hindoues durant une cérémonie religieuse de la communauté BAPS à Paris, le 3 septembre 2026

Des statues de divinités hindoues durant une cérémonie religieuse de la communauté BAPS à Paris, le 3 septembre 2026

Kenzo TRIBOUILLARD - AFP

Cependant, dans la ville française, le temple trône dans une rue baptisée l'Esplanade des religions et des cultures (ERC) qui, depuis 2012, vise à faire cohabiter et dialoguer tous les cultes. Il n'est séparé que par une allée de la mosquée, elle-même suivie d'une synagogue, d'un édifice de moines lao puis d'une pagode chinoise bouddhiste.

Au sein de la mosquée, Karim, 56 ans (préférant ne pas donner son nom), dit avoir oeuvré avec l'association de l'ERC "pour aider (BAPS) à s'implanter": "Cette esplanade, c'est une aventure humaine extraordinaire: on est unis! L'ensemble des acteurs des religions ont vocation à se réunir pratiquement tous les mois".

Certains membres de la diaspora indienne viennent, eux, pointer "l'opacité" du chantier et du mouvement, tel Joy Banerjee, secrétaire de l’association Indian Alliance Paris.

"Bien que le BAPS se présente comme une organisation religieuse, culturelle et caritative, il entretient des liens étroits avec des organisations hindou-nationalistes et d’extrême droite en Inde et à l’étranger", pointe l'association.

Auteur de "L'Inde de Modi", le chercheur Christophe Jaffrelot juge que l'inauguration de ce temple "n'est pas anodine parce que le BAPS contrevient aux valeurs de la République française: leur marque de fabrique, c'est leur conservatisme social et culturel, porté à la perpétuation du système des castes et exclusif vis-à-vis des femmes que les prêtres n'ont pas le droit de côtoyer".

"Parmi nos bénévoles et fidèles, on compte plus de femmes que d'hommes et les castes sont un non-sujet pour nous", balaie Jenish Parekh. Et d'insister sur l'idée que l'organisation, "apolitique", "met en avant les femmes": "la procession de cette semaine, en présence de la présidente de région (Ile-de-France) Valérie Pécresse, comptait 2.500 danseuses".

Par Laurence BOUTREUX / Bussy-Saint-Georges (France) (AFP) / © 2026 AFP

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