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Réseaux sociaux interdits aux moins de 15 ans : "On s’attaque à un bouc émissaire"

DÉCRYPTAGE SUD RADIO – L’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans continue de faire débat. Pour Fabrice Epelboin, enseignant et entrepreneur, une telle mesure serait facilement contournable et ne permettrait pas de répondre aux principales difficultés rencontrées à l’école.

Le Conseil Constitutionnel censure la loi interdiction réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.
Le Conseil Constitutionnel censure la loi interdiction réseaux sociaux pour les moins de 15 ans.

Addiction, cyberharcèlement, concentration en classe… Les risques liés à l’utilisation des réseaux sociaux par les plus jeunes sont nombreux. Alors qu’un projet visant à en interdire l’accès aux moins de 15 ans a été retoqué, Fabrice Epelboin revient sur les limites d’une telle mesure au micro de Vanessa Perez dans "Le Numérique pour tous" sur Sud Radio.

Réseaux sociaux : des risques plus importants chez les jeunes ?

Pour Fabrice Epelboin, les dangers des réseaux sociaux concernent aussi bien les adultes que les enfants. Il évoque "une forme d’addiction" et "une décharge constante d’adrénaline qui n’est pas très saine dans son usage au quotidien". La différence tient, selon lui, au fait que "le cerveau des enfants est en développement jusqu’à 18-19 ans", ce qui les rendrait particulièrement sensibles à ces usages.

L’enseignant pointe également le cyberharcèlement. Un phénomène qui « touche les adultes comme les enfants », mais auquel ces derniers sont "forcément beaucoup plus sensibles". Avec les réseaux sociaux, le harcèlement peut désormais "se perpétuer au-delà de l’école", contrairement à ce que les générations précédentes ont pu connaître.

Une interdiction facilement contournable

Fabrice Epelboin doute de l’efficacité d’une interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans. Il prend l’exemple de l’Australie, qui a adopté une législation similaire. Selon les études qu’il cite à l’antenne, "entre 65 % et 85 % des gamins en Australie" contourneraient la loi. "Un VPN, un proxy, il y a mille façons de le contourner, mais ce n’est vraiment pas très compliqué", affirme-t-il.

Selon lui, l’objectif serait à terme "d’associer à chaque compte sur un réseau social une identité civile accessible par l’administration", ce qu’il qualifie de "voie royale vers du fichage politique des populations".

"N’importe quel parent peut installer des filtres parentaux"

Pour Fabrice Epelboin, le débat pose également la question de l’autorité parentale. "N’importe quel parent peut installer des filtres parentaux sur l’ordinateur familial, sur un smartphone", rappelle-t-il. Il évoque notamment la possibilité de rendre des filtres parentaux obligatoires et de les installer par défaut sur les appareils.

À ses yeux, la réponse ne doit donc pas nécessairement passer par une interdiction générale décidée par l’État. Fabrice Epelboin estime qu’en ne se reposant pas suffisamment sur les parents, "on substituait à l’autorité parentale l’État".

À l’école, "il y a un énorme problème de discipline"

Une limitation des réseaux sociaux permettrait-elle pour autant aux élèves de mieux travailler ? Fabrice Epelboin s’appuie sur le classement PISA pour relativiser le poids des écrans dans les difficultés de l’école française. Concernant leur nuisance dans le cadre scolaire, "on est dans la moyenne", affirme-t-il. "Il ne semble pas y avoir un problème spécifique à la France sur la présence des écrans dans un cadre scolaire", estime-t-il, tout en reconnaissant que des élèves utilisant leur smartphone plutôt que d’écouter leur professeur représentent « un réel souci ».

Selon lui, les difficultés se situent davantage du côté de la discipline. "Il y a un énorme problème de discipline, énorme, qui est vraiment spécifique à la France", affirme Fabrice Epelboin, évoquant notamment la difficulté à maintenir le calme dans certaines classes. À ses yeux, avec l’interdiction des réseaux sociaux, "on s’attaque à un bouc émissaire" plutôt qu’à la cause principale des difficultés rencontrées à l’école.

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