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Incendies en France : pompiers en détresse face aux feux

Épuisement, manque d'effectifs, problèmes matériels : alors que les incendies se multiplient à travers le pays et que trois pompiers sont morts en deux semaines, dont deux en Gironde où le ministre de l'Intérieur est attendu mercredi, la profession sonne l'alarme.

Un camion de pompiers en intervention sur la route près de Bordeaux.
ROMAIN PERROCHEAU - AFP

Épuisement, manque d'effectifs, problèmes matériels : alors que les incendies se multiplient à travers le pays et que trois pompiers sont morts en deux semaines, dont deux en Gironde où le ministre de l'Intérieur est attendu mercredi, la profession sonne l'alarme.

Mardi, deux professionnels de 34 ans ont été piégés dans leur camion-citerne par un feu de pins "très virulent" aux abords de l'aéroport de Bordeaux-Mérignac, dans des circonstances qui restent à préciser.

Lundi sur France Inter, le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a assuré que le pays avait "suffisamment de moyens" pour lutter contre les incendies. Mais pour les syndicats de la profession, "dire que tout va bien n'est pas une réalité".

Selon un document de la Sécurité civile consulté par l'AFP, 8 des 12 Canadair de la flotte étaient disponibles mardi soir, tout comme 7 Dash sur 8, 2 Beechcraft sur 3 et 4 hélicoptères bombardiers d'eau sur 5.

Un avion Dash de la sécurité civile largue du produit retardant sur un incendie près de Bouleternerre, dans les Pyrénées-Orientales, le 6 juillet 2026

Un avion Dash de la sécurité civile largue du produit retardant sur un incendie près de Bouleternerre, dans les Pyrénées-Orientales, le 6 juillet 2026

Jean-Christophe MILHET - AFP/Archives

Au sol, au 1er juillet, 541 nouveaux engins de secours avaient été livrés dans les Sdis, dont 365 camions-citernes feux de forêt, dans le cadre du renouvellement de la flotte engagée depuis les brasiers de l'été 2022 dans le Sud-Ouest. Mais "la perte de 1.000 engins entre 2004 et 2020 n'est pas compensée par la commande de 2022", estime Sébastien Delavoux (CGT).

Pour Guillaume Millet (CFDT), ce sont surtout les moyens humains qui manquent. "Quand on envoie une colonne de renfort d'une cinquantaine d'hommes, il en faudrait 100 pour respecter les repos de sécurité. Mais aujourd'hui, on ne fait qu'avec 50, donc les gens sont épuisés."

*La fatigue est un ennemi lors des feux de forêt, par l'intensité des missions et la durée des engagements", abonde Sébastien Delavoux. Les agents, "rincés", peuvent connaître "des pertes de lucidité", avec des risques d'intoxication réels, insiste-t-il.

- Les corps soumis à "rude épreuve" -

David Saquet, président de l'Unsa Pompiers, explique aussi le "surengagement des personnels" par leur activité courante qui s'ajoute aux feux. Les récents épisodes caniculaires avaient déjà engendré une hausse des interventions de secours.

En France, le Secours et Soins d'Urgence aux Personnes (SSUAP) représente 74% à 80% de l'activité opérationnelle totale des sapeurs-pompiers, soit plus de quatre millions de sorties dédiées aux détresses médicales et aux accidents de la vie quotidienne.

Un pompier arrose de la végétation brûlée à Cotignac, dans le Var, le 22 juillet 2026

Un pompier arrose de la végétation brûlée à Cotignac, dans le Var, le 22 juillet 2026

Manon Cruz - POOL/AFP

"La ressource n'est pas intarissable et les corps sont mis à rude épreuve, il y a de la fatigue physique, mentale", souligne le syndicaliste.

"On a des gardes de plusieurs jours, 24h sur 24, parce que les collègues sont en congés" et dans certains départements, des pompiers partis "en feu de forêt pendant plus d'une dizaine d'heures reviennent pour être réinjectés dans ces gardes. C'est anormal", affirme-t-il.

Même constat pour Bruno Ménard, porte-parole national du syndicat des pompiers volontaires, qui représentent 80% des effectifs. Pour lui, "on arrive au bout d'un système qui va exploser".

"Certains sont lessivés, ils sont envoyés en renfort d'un département à l'autre, dorment sur des lits picots entre les camions dans un hangar. Voire, entre deux interventions, repartent travailler chez leur employeur", explique-t-il.

- Manque d'anticipation -

Delphine Renaud, secrétaire générale CGT du Sdis de la Vienne, déplore un "manque d'anticipation" face à l'impact du changement climatique, alors que le risque de feu est accru par l'état de sécheresse de la végétation, conséquence des canicules répétées et d'un déficit de précipitations.

Sur la première quinzaine de juillet, 300 hectares ont brûlé dans le département voisin de la Haute-Vienne, où les pompiers sont intervenus à 115 reprises pour des incendies, du jamais-vu. "Ce qu'on vit, c'est juste le début de ce qui nous a été annoncé", s'inquiète la syndicaliste.

Le 8 juillet, un sapeur-pompier volontaire de 22 ans avait déjà été tué alors qu'il luttait contre un feu en Savoie. Selon la Fédération nationale des sapeurs-pompiers, toutes interventions confondues, cinq pompiers sont morts en 2025 et six, à ce jour, en 2026.

Plus de 42.000 hectares ont brûlé en France entre janvier et mi-juillet, dépassant le précédent record de 2022, selon les données satellitaires du système européen Effis. Dans le Var, les sapeurs-pompiers luttaient mercredi contre un incendie qui a déjà parcouru plus de 2.500 hectares.

Par Carole SUHAS, avec Anne-Sophie LABADIE à Paris / Bordeaux (AFP) / © 2026 AFP

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