"Je me casse". Lundi midi Monique Barbut prévient Sébastien Lecornu: elle est prête à claquer la porte du gouvernement, ulcérée par un "recul environnemental de trop" sur les pesticides. 48 heures plus tard, la voilà rattrapée par la manche par Emmanuel Macron, avec de nouvelles garanties en poche.
Elle a beau clamer "la politique n'est pas mon monde" dans un message LinkedIn mis en ligne mercredi matin, on pourrait tout aussi bien soupçonner la ministre de la Transition écologique d'avoir su habilement manoeuvrer, en obtenant après 48 heures de crise et d'annonces fracassantes de démission des assurances du président de la République et du Premier ministre.
Economiste issue de la société civile - elle a notamment dirigé le WWF France - Mme Barbut s'est sentie totalement bernée lundi midi alors que le projet de loi agricole touchait à son épilogue, avec un vote attendu lundi soir à l'Assemblée nationale.
Contrairement aux engagements initiaux du Premier ministre, figure en effet dans ce texte la réintroduction de pesticides. En réunion à Matignon, la ministre de la Transition écologique découvre alors que le gouvernement n'a pas vraiment l'intention de faire sauter ces dispositions. A Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, et Sébastien Lecornu, elle martèle alors, selon un témoin: "je me casse".
Lundi soir, Mme Barbut part même se coucher avant la fin du vote à l'Assemblée, désabusée par la tournure des événements, alors que plusieurs parlementaires du camp macroniste tentent, en vain, de porter des amendements supprimant les mesures controversées.
C'est après une courte nuit, bombardée de messages, qu'elle se rend mardi matin à Matignon. Avec M. Lecornu, ils actent leur "désaccord complet", sur le fond et sur la forme. La ministre l'explique: pour elle doit prévaloir le "principe de précaution".
Sa décision est donc prise mardi après-midi: elle remettra formellement sa démission à Emmanuel Macron. Une question de protocole. Une question de principe aussi: c'est le chef de l'Etat qui l'a convaincue à l'automne 2025 de plonger dans le bain politique, "à reculons" dit-elle.
Devant quelques journalistes mardi en fin d'après-midi, alors que le Sénat vient de planter le dernier clou de la loi, Mme Barbut apparaît affectée mais aussi remontée contre les récits naissants, la décrivant comme fatiguée voire déphasée.
"Aujourd'hui, dans ma tête, je suis partie demain", souffle-t-elle, laissant entendre qu'on ne l'y reprendrait plus en politique. Vaccinée.
Mais elle entrouvre aussi la porte à un maintien en poste: "si ma démission est acceptée, je pars. Si ma démission est refusée, ça dépend de ce qui est dit et de comment c'est dit demain".
Emmanuel Macron pourrait-il recoller les morceaux ? En 2018, Nicolas Hulot, prédécesseur de Mme Barbut, avait démissionné avec fracas en direct sur une matinale radio, sans prévenir le chef de l'Etat ni le Premier ministre, par peur qu'ils parviennent à le dissuader. "C'est une décision entre moi et moi", avait argué l'écologiste.
- "Bonjour Monique" -
Mme Barbut, elle, laisse prospérer les échanges avec le chef de l'Etat et le Premier ministre. Ces derniers lui demandent d'attendre la fin de l'été. Une solution bancale: "soit vous êtes ministre, soit vous n'êtes pas ministre", observe-t-elle.
Ensemble, ils établissent peu à peu une liste de sujets que la ministre pourrait porter si elle acceptait de rester, comme l'exposition au cadmium ou encore la protection des captages d'eau potable.
Et puis, Emmanuel Macron sait user de sa "force de persuasion", souligne une ministre, qui embraye: "d’un point de vue politique, une ministre de l’Ecologie qui démissionne fin juillet après trois canicules c’est vraiment très mauvais".
Mercredi matin, Mme Barbut semble toutefois sur le point de faire ses cartons en publiant sur les réseaux sociaux un message testamentaire. Mais, à l'heure où ses équipes pressent le bouton "envoi", la ministre reprend le chemin de Matignon puis, accompagnée de Sébastien Lecornu, celui de l'Elysée.
Elle raconte dans un entretien aux Echos avoir alors obtenu des garanties sur le fait que certains sujets qui lui "paraissent essentiels vont être traités en priorité". Et espère aussi un changement de méthode pour que son ministère reprenne du poids dans les arbitrages. "Le président de la République m'a assurée de son soutien", dit-elle.
C'est ainsi que Mme Barbut s'installe mercredi autour de 10H30 autour de la table du Conseil des ministres, l'air de rien. Des "bonjour Monique", "plutôt chaleureux", fusent à son entrée, relate un participant. Et durant l'heure de ce rituel hebdomadaire, aucun mot n'est prononcé sur le mini-psychodrame gouvernemental qui vient de s'achever.
Par Jérémy MAROT / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP
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