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L’opinion de Françoise Degois : "Ce n'est pas à Trump de décider qui va succéder à Khamenei"

OPINION SUD RADIO – Françoise Degois est revenue sur l’absentéisme de l’Europe, et de la France, au sein du conflit entre l’Iran et les États-Unis.

L’opinion de Françoise Degois : « Ce n'est pas à Trump de décider qui va succéder à Khamenei »
Donald Trump

Soyez Libres avec vous, Françoise Degois. Vous revenez sur l'Iran et vous nous dites que la  l'Europe, dont la France, est aux abonnés absents. 

« Oui, et je ne fais pas partie des déclinistes, de tous ceux qui voient dans l'Europe une petite chose fragile, pas plus que dans la France d’ailleurs. Mais il faut admettre ce matin que l'Europe regarde passer les balles, ou plutôt les missiles, en simple spectatrice. Il fallait voir d'ailleurs la mine déconfite d'Emmanuel Macron samedi soir, expliquant que personne n'a été prévenu de l'opération parmi les alliés, pour comprendre à quel point l'Europe, la France, ne joue plus depuis longtemps la partie au Proche-Orient.

À part convoquer une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité de l'ONU et faire un communiqué commun avec l'Allemagne et la Grande-Bretagne pour dénoncer ces bombardements sans mandat international. La fragilité est là. Et la loi implacable se déroule sous nos yeux. Si tu n'as pas d'armée, tu ne comptes pas.

"La France ne peut pas tout à elle toute seule"

En clair, on peut mesurer depuis 48 heures ce qu'implique l'absence d'une armée européenne, ou au moins d'une force coordonnée. Dans la manière de mener les attaques et dans la façon ensuite de sortir de la crise. Ce fameux serpent de mer d'une armée européenne poussée par Emmanuel Macron et François Hollande avant lui, qui s'est heurté au mur principal de l'Allemagne, qui ne voyait évidemment aucun intérêt protégé par le grand parapluie américain. 

Aujourd'hui, les choses ont changé et même si la France possède le bouton nucléaire autonome, contrairement aux britanniques, même si c'est la plus grande armée de projection avec ses avions, son porte-avions nucléaire, ses sous-marins d'attaque et ses lanceurs d'engin, et bien la France ne peut pas tout à elle toute seule. Et la guerre en Iran est en train de démontrer à quel point il faut que les européens convergent vers un dispositif coordonné et européen. »

"Épauler les américains et les israéliens dans l'interception des missiles"

Mais la France et la Grande-Bretagne devraient tout de même prendre part un peu au conflit. 

« Oui, avec des stratégies défensives pour protéger d'abord les intérêts français dans la région. Mais aussi pour épauler les américains et les israéliens dans l'interception des missiles, comme ils l'avaient déjà fait pendant la guerre des douze jours au mois de juin.

Et bien évidemment c'est la raison pour laquelle le Charles de Gaulle se déroute. Il était en mer du Nord. Et bien il part pour la Méditerranée, il devrait mettre à peu près une quinzaine de jours à arriver. Une façon de ne pas s'effacer tout à fait, complètement, en maintenant aussi l'équilibre avec le droit international. »

"Que deviendrait le monde sans le droit international ?"

Mais ce fameux droit international brandit par quasiment toute la gauche.

« Oui, mais pas simplement. Et c'est ça qui est très intéressant. La gauche, bien sûr, Emmanuel Macron lui-même, le quai d'Orsay lui-même, la plupart des pays européens, parce que c'est facile de ricaner contre le droit international.

Mais sans ce droit-là, qui protège des dizaines de petits pays qui n'ont pas d'autres moyens pour co-exister. Que deviendrait le monde sans le droit international ? Une sorte de Far West, où c'est celui qui tire le plus vite, qui a le plus de chevaux, le plus de Winchester, qui gagne. On ne peut pas sombrer dans une telle dérégulation.

"Regardez l'Irak ou la Libye aujourd'hui"

Toutes les aventures qui se sont assises, qui ont rejeté le droit international au nom de la libération des peuples, ont toutes commencé de la même manière, c'est-à-dire la liesse, et se sont toutes terminées dans le cauchemar. Souvenez-vous, en 2003, la liesse des statues de Saddam Hussein renversées en Irak. Regardez l'Irak aujourd'hui.

Souvenez-vous de la liesse d'avoir abattu le dictateur Kadhafi, des frappes sans mandat de l'ONU. Regardez le résultat dans la Libye aujourd'hui. À chaque fois, c'est la même chose.

"Il faut réformer le Conseil de sécurité"

Depuis 2005, vous ne le savez peut-être pas, je vous le dis, l'ONU admet des ingérences dans un pays qui tue sa population ou viole les droits humains, ce qui est le cas de l'Iran. Mais il faut que le Conseil de sécurité donne son accord. C'est là que tout coince, toujours avec la bataille rangée entre les Etats-Unis d'un côté, la Russie et la Chine de l'autre, et la France et la Grande-Bretagne qui jouent les équilibristes.

Voilà ce qu'il faut réformer. Et la crise en Iran, la guerre en Iran, nous le montre. Voilà ce qu'il faut réformer : le Conseil de sécurité. Pour permettre à la fois de libérer un pays de son bourreau, ce qui est le cas de l'Iran, mais en respectant un mandat précis.

"L'Europe a quand même un grand rôle à jouer"

Est-ce que c'est à Donald Trump, de dire qui succédera à Khamenei ? Ça n'est pas à lui. Depuis hier, il nous explique qu'il a trois noms. Ce n'est pas à Donald Trump de décider qui va succéder à Khamenei.

Et le scalpe du tyran théocratique ne suffira pas pour garantir un processus démocratique. Tout le monde le sait, et c'est peut-être dans ce jour d'après que l'Europe aura un rôle à jouer, diplomatique, humanitaire. Car elle reste, quoi qu'on en dise, la dernière puissance d'équilibre dans ce monde dérégulé. Voilà pourquoi l'Europe est à la fois absente, mais voilà pourquoi elle a quand même un grand rôle à jouer pour le jour d’après. »

Retrouvez Soyez Libre dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger

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