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Yaël Braun-Pivet : "Les politiques d’égalité femmes-hommes sont des points de croissance en plus"

INTERVIEW EXCLU SUD RADIO - Retard de la France sur la place des femmes, manque de mixité dans les cercles de décision, rôle des entreprises et engagement citoyen : Yaël Braun-Pivet défend, au micro de Sud Radio, une égalité encore loin d’être acquise et appelle à "construire du collectif".

Yaël Braun-Pivet
Yaël Braun-Pivet, interviewée par Jean-François Achilli sur Sud Radio, le 25 mars 2026, dans “L’invité politique”.

Invitée au micro de Muriel Réus dans La Force de l’engagement sur Sud Radio, Yaël Braun-Pivet, est revenue sur son parcours, la place des femmes dans les institutions et les entreprises, ainsi que les leviers encore nécessaires pour faire progresser l’égalité. La présidente de l’Assemblée nationale plaide pour une transformation culturelle profonde, qui implique autant les responsables politiques que les acteurs économiques et la société civile.

Place des femmes : "La France est toujours un peu à la traîne"

Première femme à présider l’Assemblée nationale sous la Ve République, Yaël Braun-Pivet estime que son parcours illustre autant une avancée historique qu’un retard structurel de la France en matière d’égalité. Elle souligne régulièrement les écarts avec d’autres démocraties occidentales, notamment européennes.

Pour illustrer ce décalage, il n'y a pas de meilleur exemple que l'Allemagne : "La première femme présidente du Bundestag a été élue en 1972, donc 50 ans avant nous", rappelle-t-elle. Une comparaison qui la conduit à un constat sans détour : "La France est toujours un peu à la traîne sur ses avancées, et c’est dommage". Elle refuse de voir sa propre nomination comme une finalité : "Ce que j’aimerais, c’est que je ne sois pas la dernière avant les vingt prochaines années".

Au-delà de la question de la représentation des femmes, la présidente de l’Assemblée nationale décrit un Parlement qui reflète les tensions profondes de la société française. Elle insiste sur le rôle institutionnel qui est le sien, celui d’organiser le dialogue entre des légitimités politiques parfois opposées. "On voit à l’Assemblée nationale les fractures de notre pays", explique-t-elle, tout en rappelant que sa mission consiste à empêcher la confrontation stérile des blocs politiques : "Mon travail, c’est de faire en sorte que ces légitimités ne s’affrontent pas mais réussissent à travailler ensemble".

Parité : "Le compte n'y est pas"

Si des progrès ont été réalisés, Yaël Braun-Pivet estime que la parité reste encore très éloignée de la réalité du pouvoir en France. Elle s’appuie sur plusieurs chiffres pour illustrer ce déséquilibre persistant.

"Nous n’avons que 22 à 23 % de femmes maires dans notre pays", rappelle-t-elle, en soulignant que cette sous-représentation se retrouve également dans les régions, au Sénat ou à l’Assemblée nationale. Mais pour elle, le problème ne se limite pas aux fonctions électives. Il touche aussi les structures de décision dans leur ensemble, notamment les cabinets ministériels et les directions administratives : "Les entourages ne sont pas féminisés. Quand vous regardez les directions de cabinet, ça reste extrêmement masculin".

"Tant qu’il n’y aura pas au moins 20 femmes à la tête d'entreprises du CAC 40..."

Par ailleurs, la présidente de l'Assemblée nationale défend l’idée que la mixité est un enjeu de qualité démocratique et de justice sociale : "Plus vous mettrez de mixité à la table des décisions, plus vous aurez des décisions qui correspondent à notre pays". La question de la place des femmes dans les entreprises constitue un autre axe central de son intervention. Elle estime que les progrès restent trop lents, notamment au sein des grandes entreprises françaises.

"Le compte n’y est pas", tranche-t-elle, avant de fixer un objectif clair : "Tant qu’il n’y aura pas au moins 20 entreprises du CAC 40 qui auront eu à leur tête une femme, le compte n’y sera pas". Pour elle, l’enjeu dépasse la seule égalité symbolique. Il s’agit aussi d’un levier économique majeur. Elle affirme ainsi que les politiques d’égalité ont un impact direct sur l'économie : "Les politiques d’égalité, ce sont des points de croissance en plus".

Une société de l’engagement et du collectif

Plus largement, Yaël Braun-Pivet défend une vision de la société fondée sur l’engagement individuel et la responsabilité collective. Elle critique une tendance à attendre uniquement des institutions des solutions aux problèmes sociaux. "Chacun doit se dire qu’il a quelque chose à apporter à la société dans laquelle il s’inscrit", estime-t-elle, appelant à une implication plus directe des citoyens dans la vie collective.

Elle insiste également sur le rôle des entreprises et des acteurs privés : "L'État ne peut pas tout faire". Pour elle, la transformation de la société ne peut réussir que si l’ensemble des acteurs acceptent de prendre leur part de responsabilité. Enfin, elle appelle à dépasser les logiques d’affrontement politique traditionnelles pour construire une approche plus collective du pouvoir : "Je ne crois pas en la figure du président de la République qui résoudrait tout à lui tout seul", explique-t-elle, plaidant pour la construction d’équipes et de projets communs.

Pour retrouver l'intervention complète de la présidente de l'Assemblée nationale, c'est ici.

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