200 milliards de dollars, c'est le montant réclamé par quatre États américains dont la Californie, le Colorado, le New Jersey et le Kentucky au groupe Meta. Ces derniers poursuivent le groupe de Mark Zuckerberg en justice pour avoir « rendu accro les jeunes ». Le souhait des États est ainsi de voir les réglages les plus protecteurs imposés d'office aux moins de 18 ans : compteurs de « likes » masqués, notifications coupées hors messages de proches, une heure d'utilisation par jour, rien la nuit ni pendant les heures de classe, etc. Des réglages qu'un adolescent ne pourrait assouplir qu'en reliant son compte à celui d'un parent.
Les reproches des États à Meta
Parmi les principaux reproches des États à Facebook et Instagram, la firme aurait doté ses fonctions de mécanismes destinés à retenir les adolescents. Le but de ces fonctions est que les jeunes enfants restent scotchés sur leurs téléphones.
L'entreprise est accusée d'avoir trompé son public et d'avoir collecté les données de jeunes de moins de 13 ans. Cette collecte a été réalisée sans le consentement des parents et en violation d'une loi fédérale.
D'où vient le chiffre des 200 milliards ?
Le chiffre de 200 milliards d'amende naît d'une multiplication : les lois de protection des consommateurs punissant chaque infraction séparément, de quelques milliers à quelques dizaines de milliers de dollars selon les États, et les procureurs comptent une infraction par mineur touché. Les experts mandatés par la cour ont estimé, à partir des données internes de Meta, combien d'adolescents et d'enfants de moins de 13 ans ont utilisé Instagram et Facebook depuis 2012 dans leurs juridictions.
Un tel montant représenterait près d'une année de chiffre d'affaires de Meta, et plus de trois fois son bénéfice annuel. Personne n'attend pourtant un tel chiffre en cas de condamnation : les États eux-mêmes se réservent d'ajuster leur demande d'ici la fin des débats, et la juge Yvonne Gonzalez Rogers, seule à trancher, pondérera en fonction, notamment, de la capacité de payer de Meta.
Ce que répond Meta
Le groupe, en profond désaccord avec ces accusations, fait reposer sa défense sur trois blocs principaux, déjà exposés en partie cet hiver à Los Angeles, lors d'un procès local perdu contre une adolescente. Premier axe : Meta nie le caractère addictif de ses plateformes. Pour l'entreprise, ce refus de reconnaître une « addiction » ne peut donc pas être qualifié de tromperie, tout au plus une opinion, protégée par la liberté d'expression.
Sur les données des enfants, Meta admet avoir ignoré le consentement des parents, mais soutient que cette exigence ne s'applique pas à lui, puisque les moins de 13 ans sont interdits et que ces enfants repérés voient leurs comptes supprimés, donc qu'elle n'a pas de « connaissance effective » de leur présence, condition posée par la loi. Pas de causalité, enfin : la santé mentale des adolescents « ne peut être imputée à une seule application », défend le groupe.