Jusqu’à 21 centimes de moins sur le litre de gazole ! Depuis le 1er novembre 2026, des baisses sur le prix du carburant sont visibles dans certaines stations-service. Nuance tout de même, ce répit reste temporaire. Lié au déblocage d’une partie des réserves stratégiques françaises, le dispositif ne garantit pas une diminution durable des prix à la pompe. « La ristourne devait être entre 10-12 centime », constate Thierry Bross, expert en énergie et professeur à Sciences Po Paris, au micro d’Antoine Dizzy. Des enseignes comme Leclerc se sont vus plus généreux.
Mais cette baisse reste exposée aux fluctuations des cours. Le spécialiste alerte : « Le prix du diesel est volatile, fixé sur les marchés internationaux (...) Il monte ou descend selon les événements en Iran, en Russie, ou en Ukraine ». Concrètement ? Une nouvelle flambée pourrait absorber tout ou partie de l’avantage obtenu grâce au déstockage.
Des stocks cédés "au prix d'acquisition, bien moins cher que le prix actuel du marché"
Pour faire baisser le prix du gazole, le gouvernement a décidé de débloquer 10 millions de barils, issus des réserves stratégiques françaises. Le grand avantage repose sur l'achat de ce carburant, antérieur à la guerre au Moyen-Orient et la flambée des cours. Le mécanisme repose sur une cession de ces stocks « au prix d’acquisition, c’est-à-dire, bien moins cher que le prix actuel du marché. D’où la baisse des prix à la pompe attendue », explique Philippe Chalmin, économiste spécialiste des matières premières, au micro de Sud Radio.
Les distributeurs reçus mardi par le gouvernement
Les distributeurs bénéficient donc d’un approvisionnement moins coûteux, dont ils doivent répercuter l’avantage sur leurs tarifs. Prévu pour trois mois, le dispositif constitue toutefois un soutien ponctuel au pouvoir d’achat, et non une baisse permanente du coût des carburants.
Pour vérifier que ces approvisionnements moins chers bénéficient bien aux automobilistes, « le gouvernement reçoit ce mardi 3 novembre, à Bercy, les distributeurs de carburant », indique Thierry Bros. L’objectif est de s’assurer que le gazole acheté avant la guerre en Iran, puis cédé à son prix d’acquisition, se traduise effectivement par une baisse à la pompe.
Autour de -20 centimes dans les grandes enseignes
Sur le terrain, E.Leclerc a annoncé une baisse de 21 centimes par litre de gazole dans ses 742 stations-service dès le 1er novembre. Une réduction qui représente 10,50 euros sur un plein de 50 litres.
De son côté, TotalEnergies a ramené le prix du gazole à 2,15 euros le litre dans ses 705 stations Access dès le samedi 31 octobre. Coopérative U a elle, promis une baisse jusqu'à 21 centimes, avec un calendrier variable selon les stations. Intermarché prévoit également de répercuter la diminution de ses coûts d’achat, sans avoir annoncé de montant ni de date.
Les petites stations, privée de réserves stratégiques
Mais cette baisse moyenne moyenne masque toutefois des écarts importants entre les réseaux. Les premiers effets restent contrastés avec un prix moyen du gazole passé de 2,38 euros le litre le 31 octobre, à 2,35 euros depuis le 1er novembre, date du début de l’opération. Toutes les stations ne disposent cependant pas des mêmes possibilités pour réduire leurs tarifs.
Selon Francis Pousse, représentant des distributeurs de carburants et d’énergies nouvelles chez Mobilians, la majorité des stations indépendantes n’ont pas bénéficié des livraisons issues des réserves stratégiques. Le représentant dénonce au micro de Sud Radio, un choix qui favoriserait les grands distributeurs et s’inquiète du risque de fermeture pour certaines petites stations. Sans accès à ce gazole moins cher, celles-ci peuvent difficilement s’aligner sur les baisses affichées par les grandes enseignes.
Un problème de marges
Et puis « les grands groupes disposent d’activités diversifiées qui leur permettent d’absorber plus facilement une baisse temporaire de rentabilité [...] Leclerc, ou Total, qui perd de l’argent, il faut le rappeler, avec ses engagements non seulement sur le diesel mais sur l’essence à 1,99 ». Une affirmation qu’il rattache aux engagements tarifaires du groupe. À l’inverse, « pour les petits distributeurs, c’est plus lent à se mettre en place, plus difficile pour eux car leurs marges de distribution sont quand même très faibles », poursuit-il.
Les grandes surfaces, qui représentent 60% de la distribution de carburant en France, utilisent aussi les carburants comme produit d’appel, avec des marges limitées voire déjà inexistante. Les indépendants redoutent donc de subir une concurrence jugée « déloyale ». Mais Philippe Chalmin se montre confiant quant à la bonne répercussion des baisses : « Les distributeurs ne vont pas jouer à ce petit jeu de toute manière, ce n’est pas dans leur intérêt. »
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— Sud Radio (@SudRadio) November 2, 2026
Comment reconstruire les stocks après ces 3 mois ?
Une zone d'ombre réside tout de même et inquiète Philippe Chalmin : « De quelle manière les distributeurs devront, plus tard, reconstituer les stocks stratégiques français. Pour l’instant, la beauté du système pour le gouvernement, c’est que ça ne coûte rien. Et ce n’est quand même pas totalement négligeable ». Les réserves ne sont ni inépuisables ni auto-renouvelables. Il faudra donc racheter du carburant. Mais à quel prix ?