Benjamin Glaise : Est-ce que vous appelez les élèves à retourner tranquillement en classe ou vous appelez à de nouveaux blocages ?
Manon Aubry : « Je crois que les lycéens sont assez grands pour savoir ce qu'ils ont à faire et décider par eux-mêmes de la suite du mouvement. Le fait est, surtout quand on écoute les organisations lycéennes, que le compte n'y est pas. Je veux saluer d'abord la mobilisation des lycéens et des lycéennes parce que je crois que depuis les Gilets jaunes, ce sont les premiers à avoir fait vaciller un peu le pouvoir et à les avoir fait un peu bouger. Maintenant, ces bougés sont à la marge : ils demandaient l'abrogation de Parcoursup, ils ont une vague adaptation dont on ne connaît pas vraiment les modalités. »
« C'est facile de faire des promesses qui n'engagent pas grand monde quand vous n'êtes plus au pouvoir. Ce qu'ils demandent, c'est l'abrogation pour la rentrée suivante. Ils demandaient la création de 250 000 places à l'université, ils en ont 15 000 dont aucune à l'université, c'est essentiellement en BTS. Ils demandaient de l'argent sonnant et trébuchant pour rénover le bâti scolaire, ils n'ont guère que des prêts. »
🚨 Une rentrée sous tension #BlocusLycees 🗣️@ManonAubryFr : "Les lycéens sont assez grands pour savoir quelle suite à donner au mouvement. Mais le compte n'y est pas." #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/pZrlD6aMLi
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« C'est rarement une partie de plaisir d'aller bloquer son lycée »
4 milliards d'euros de prêts bonifiés pour rénover le bâti scolaire, est-ce que ce n'est pas déjà un signal ?
« Vous avez la moitié des établissements scolaires qui nécessitent d'être rénovés et ces établissements scolaires sont aujourd'hui dans un tel état qu'on ne peut pas attendre le déblocage de prêts dont les régions ne sont pas sûres qu'elles auront la capacité de remboursement. Ce dont ont besoin les régions et ce dont ont besoin les lycées, c'est de l'argent frais qui permette de faire en sorte qu'il ne vous pleuve pas sur la tête, que vous ne creviez pas de froid l'hiver et de chaud l'été. Moi, je suis allée voir des lycées où c'est une réalité quotidienne. »
Il y a une forme de jusqu'au-boutisme de la part des syndicats lycéens ?
« Non, et je veux le dire d'autant plus que c'est rarement une partie de plaisir de se lever aux aurores, d'aller bloquer son lycée. Les lycéens, bien sûr qu'ils aimeraient étudier dans de bonnes conditions et retourner préparer leurs examens de fin d'année. S'ils le font, c'est parce qu'aujourd'hui la situation sociale est telle, quand on a les classes les plus chargées d'Europe — les classes les plus chargées d'Europe, j'insiste là-dessus.
Et le gouvernement a beau proposer 28 élèves par classe maximum en seconde, s'il ne promet rien pour la première et la terminale, à effectif constant, en réalité ce sont juste les premières et terminales qui vont se retrouver encore plus nombreux en classe. »
🚨 Une rentrée scolaire sous tension #BlocusLycees 🗣️@ManonAubryFr : "LFI, notre rôle n'est pas de mener le mouvement mais d'écouter les lycéens. Oui bloquer un lycée permet de se faire entendre" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/TfKRnoByUO
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« Notre rôle n'est pas de mener le mouvement »
Est-ce qu'il y a des élus de LFI qui sont aux côtés des bloqueurs déjà ce matin devant les lycées ?
« Oui, il y a certains de mes collègues qui sont déjà présents sur les lycées. Notre rôle n'est absolument pas de mener le mouvement d'une manière ou d'une autre, mais d'être là pour écouter les lycéens et les lycéennes. Et d'ailleurs, je trouve ça dommage que nous soyons les seuls élus présents. Moi, j'invite tous les élus à aller à la rencontre des lycéens et des lycéennes, même s'ils ne sont pas d'accord avec eux. »
Même sur un blocage ? C'est illégal quand même de bloquer un établissement scolaire.
« Mais vous savez qu'aujourd'hui, quand vous êtes un lycéen ou une lycéenne et que vous n'avez aucun moyen de vous faire entendre, alors oui, bloquer un lycée, ça s'est fait dans l'histoire des mouvements sociaux et ça permet de se faire entendre, de faire entendre ses revendications. Et je vous le redis : le meilleur moyen d'arrêter ces blocages, c'est que le gouvernement et le président de la République entendent enfin la parole des lycéens et des lycéennes, entendent leur colère, entendent leur détresse aussi parce que c'est une jeunesse qu'on est en train de sacrifier. »
« Quand on manifeste pacifiquement, on n'est jamais entendu »
Qu'est-ce que vous leur dites à ceux qui ne sont pas favorables aux blocages et veulent tout simplement continuer à apprendre ?
« Je pense qu'il y a une grande partie des lycéens et des lycéennes qui sont solidaires des revendications parce qu'ils le vivent au quotidien. Parce que quand vous avez des portes de toilettes qui ne ferment pas, ou un seul toilette pour des centaines d'élèves, que vous n'avez pas de papier toilette — c'est ça les conditions d'étude concrètes des élèves dont on parle aujourd'hui —, des professeurs qui sont absents depuis la rentrée... Alors évidemment que tout le monde aimerait étudier dans de bonnes conditions. Mais quelle est l'alternative ? Aujourd'hui, on vit quand même dans une démocratie où quand on manifeste pacifiquement, on n'est jamais entendu par ce pouvoir en place.
Je vais même plus loin : quand on vote aux élections, comme on l'a fait aux élections législatives de 2024 après la dissolution, le président de la République n'en a rien à faire et forme la majorité qu'il veut sans tenir compte des équilibres politiques. Quand vous faites des pétitions à l'Assemblée nationale, comme contre l'acétamipride, un pesticide dangereux, où il y a eu des centaines de milliers de signatures, on n'en tient pas compte. Il a fallu quand même un mois au président de la République pour recevoir les organisations lycéennes. Et au bout d'un mois, pardon, mais il annonce quelques mesurettes, et les syndicats ne sont pas dupes : quand ils sont sortis du rendez-vous à l'Élysée, ils ont dit très clairement que c'est de l'arnaque et qu'ils ne sont pas là pour faire de la figuration. Ils ont dix mesures, et ces mesures doivent être satisfaites. »
💥@ManonAubryFr : "Dans notre démocratie, quand on manifeste on n'est jamais entendu. Quand on vote, le Président n'en a rien à faire" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/g18JeINmHv
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« C'est précisément pour rétablir l'égalité qu'ils se mobilisent »
Mais il y a une rupture d'égalité face au bac avec certains lycéens, certains étudiants qui sont empêchés d'aller étudier. Qu'est-ce qu'on va faire du bac en fin d'année, il va falloir l'adapter ?
« C'est intéressant que vous parliez de rupture d'égalité. C'est précisément contre cette rupture d'égalité que se mobilisent les lycéens et les lycéennes. S'ils se mobilisent, c'est parce que dans le cadre de Parcoursup, il y a une inégalité entre les établissements et ils demandent notamment l'anonymisation des établissements.
Parce qu'ils savent très bien qu'en fonction des établissements, si vous venez d'un REP+ en Seine-Saint-Denis, vous n'avez pas les mêmes chances que dans un lycée du centre de Paris. S'ils se mobilisent, c'est parce que les professeurs sont moins bien remplacés dans le 93 et dans certains départements que dans d'autres. Donc c'est précisément pour rétablir cette égalité qu'ils se mobilisent. Je trouve que le terme que vous utilisez est le bon : c'est contre cette rupture d'égalité qu'ils luttent. »
« À l'époque, la droite était capable d'entendre les revendications lycéennes »
Mais comment on fait pour le bac avec toutes ces journées de cours qui n'auront pas eu lieu ?
« On est au mois de novembre. J'espère que le mouvement n'aura pas à durer et que les revendications seront satisfaites le plus rapidement possible. Vous savez, moi je suis d'une génération où mes premiers engagements, c'était contre le contrat première embauche en 2006 — ça ne nous rajeunit pas. Et à l'époque, on avait bloqué nos lycées pendant plus de trois mois. On avait obtenu gain de cause, le CPE avait été retiré par Dominique de Villepin. Comme quoi à l'époque, la droite était capable d'entendre les revendications lycéennes, et pour autant le bac s'était déroulé dans de très bonnes conditions et les revendications lycéennes avaient été satisfaites. Donc c'est possible. »
La mobilisation sociale était en recul samedi dernier. C'est un essoufflement de la mobilisation selon vous ?
« Non, pas du tout, parce que si vous prenez les chiffres agrégés à l'échelon national, en réalité, il y a un certain nombre de villes où la mobilisation était tout bonnement interdite : à Marseille, à Lyon, à Saint-Étienne, il était interdit de manifester. »
🔴Des mobilisations en recul ? 🗣️@ManonAubryFr : "La liberté de manister est en train d'être attaquée par le pouvoir en place. On prend une pente autoritaire extrêmement dangereuse" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/tg8j3evFdd
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« La pente autoritaire qu'on prend est extrêmement dangereuse »
La CGT n'a pas déposé de déclaration de manifestation...
« Si, ils ont déposé et ça a été interdit. C'est là où on arrive dans une situation assez inédite dans notre pays où la liberté de manifester, le droit de manifester qui est protégé dans notre Constitution est en train d'être attaqué par le pouvoir en place. Et c'est pour ça que la mobilisation de samedi dernier, elle était évidemment pour des moyens dans l'éducation et contre la vie chère, mais elle avait une teneur singulière de défense de nos libertés fondamentales.
Parce qu'aujourd'hui, on vit dans un pays où, à travers la multiplication des couvre-feux, les interdictions de manifestation, l'instrumentalisation des services de renseignement contre une force d'opposition qui est La France insoumise comme l'ont révélé vos confrères de Mediapart, la pente autoritaire qu'on est en train de prendre est extrêmement dangereuse et je veux bien qu'on la mesure. »
Emmanuel Macron nous a amenés à être dans un régime autoritaire selon vous aujourd'hui ?
« En tout cas, on est en train de prendre une pente autoritaire. La Ligue des droits de l'Homme et Amnesty International alertent : ils saisissent la Commission nationale consultative des droits de l'homme, ils saisissent le Défenseur des droits, ils saisissent même l'Organisation des Nations unies et invitent à une mission d'observation de notre pays. Oui, je crois qu'un certain nombre de digues sont en train de tomber. »
« Les gens ne peuvent pas attendre six mois »
Emmanuel Macron dit que le débat électoral et les urnes doivent prendre le pas sur la démocratie sociale et la rue. Qu'est-ce que vous lui répondez ?
« Les leçons de démocratie d'un président de la République, Emmanuel Macron, qui n'a eu que faire de la démocratie sociale ces dernières années et qui a organisé des élections législatives pour ne pas tenir compte du résultat, franchement, c'est un peu fort de café. Pour le reste, l'élection présidentielle, ça ne m'a pas échappé, a lieu dans six mois.
Évidemment, nous faisons campagne avec Jean-Luc Mélenchon et si nous arrivons au pouvoir, nous débloquerons les 10 milliards d'euros qui sont demandés pour l'éducation dans notre pays, nous procéderons au blocage des prix des produits de première nécessité et notamment au prix de l'essence. Mais les gens aujourd'hui ne peuvent pas attendre six mois. »
🔴@ManonAubryFr appelle à la démission d'Emmanuel Macron ? 🗣️ "Le Président doit céder ou partir. Il est dans son bunker, isolé, et gouverne contre le peuple" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/hFKb37rg9V
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« Emmanuel Macron est dans son bunker, isolé à l’Élysée »
Vous demandez la démission d'Emmanuel Macron ?
« Soit il cède aux revendications sociales et il donne un peu d'air frais aux gens qui aujourd'hui doivent choisir entre faire le plein d'essence, offrir un petit plaisir le week-end à leurs enfants ou tout simplement remplir leur frigo. Soit, s'il n'en est pas capable... Si demain Emmanuel Macron annonce le blocage des prix de l'essence à 1,70 €, si demain Emmanuel Macron annonce débloquer 10 milliards d'euros pour l'éducation, on sera les premiers à s'en féliciter.
La réalité, c'est qu'on est extrêmement loin de ça. Quand il y a eu trois millions de gens dans la rue contre la réforme des retraites, l'ensemble des syndicats et une grande majorité de la population française contre, Emmanuel Macron a fait passer sa réforme des retraites par 49.3. Il s'apprête à faire passer son budget par 49.3. On voit très bien qu'Emmanuel Macron est dans son bunker, isolé à l'Élysée, et il gouverne aujourd'hui contre le peuple. Dix ans de macronisme, c'était extrêmement long, on n'en voit plus le bout : donc soit il fait un geste pour le peuple, soit en effet il vaut mieux qu'il parte. »
« Nous avons toujours détesté la violence »
Jeudi 5 novembre, mobilisation et appel à la grève générale de la part de l'intersyndicale : vous serez mobilisée, vous serez dans la rue ?
« Bien sûr ! Bien sûr, nous serons dans la rue à leurs côtés et j'appelle tous les salariés du pays à suivre le mouvement appelé par les syndicats. »
On a vu un gendarme qui a reçu un engin incendiaire et qui a été blessé. Ce sont des images qui vous ont choquée vous aussi ?
« Bien sûr, ce sont des images qui sont choquantes. Vous savez, nous avons toujours détesté la violence, quelle que soit la forme qu'elle prenne, par principe politique mais aussi par nécessité, et nous croyons plutôt à la massification des mobilisations sociales. Tout comme je suis choquée par la violence qui s'est exercée de la part des forces de l'ordre contre les manifestants ces dernières semaines : on ne compte plus les personnes éborgnées, les mains arrachées et l'utilisation de ces armes de guerre, parce que les LBD et les grenades de désencerclement sont des armes de guerre, et il n'y a qu'en France qu'on voit ce terrible bilan humain.
Et c'est intéressant, parce que concernant ces enquêtes de l'IGPN, vos confrères de L'Œil du 20 heures ont révélé que plus de la moitié de ces enquêtes ont été confiées à des cellules locales dans les mêmes bâtiments. Au moment des Gilets jaunes, sur 456 enquêtes ouvertes par l'IGPN, seulement six d'entre elles ont abouti. Donc oui, il y a un enjeu aujourd'hui sur la démesure de la force employée par les forces de l'ordre et sur la nécessité de protéger le droit de manifester en France. »
👮♂️Gendarme brûlé par un cocktail molotov 🗣️@ManonAubryFr : "On a toujours détesté la violence. Mais je suis choquée aussi par la violence des forces de l'ordre contre les manifestants" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/WjoKLU50n9
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« C'est le gouvernement qui a joué avec le feu »
Mettre en place des parcours de manifestation en dehors des centres-villes pour jeudi prochain, vous y êtes favorable ? C'est ce que demandent les commerçants.
« Absolument pas. Ça fait partie des restrictions au droit de manifester. La manifestation de samedi dernier à Paris devait se tenir entre Bastille et Nation. Ça a été invalidé par le tribunal administratif qui a fait tomber l'arrêté d'interdiction. Donc jusqu'à vendredi soir, on devait manifester entre Bastille et Nation.
Et c'est le gouvernement qui a joué avec le feu : plutôt que de nous laisser préparer la manifestation entre Bastille et Nation, ils ont préféré faire appel devant le Conseil d'État le vendredi à minuit, créant le chaos et la désorganisation. Donc moi, ce que je demande au gouvernement, c'est de nous laisser manifester comme on l'a toujours fait, de valider les parcours qui ont été déposés, à Paris et ailleurs, parce que je rappelle qu'il y a des villes où cela a été tout bonnement interdit. »
« Oui, des gens vont nous rejoindre dans cette campagne »
Samedi prochain aura lieu le grand meeting de Jean-Luc Mélenchon au Bourget. On parle notamment d'un soutien potentiel de Génération.s, le parti de Benoît Hamon. Ce sera le cas ?
« Les annonces seront faites en temps et en heure. Mais ce que je peux vous dire, c'est que oui, nous sommes dans une dynamique d'élargissement et qu'aujourd'hui la campagne de La France insoumise regroupe nos sympathisants, mais aussi beaucoup plus largement des hommes et des femmes de gauche qui se disent que la candidature de Jean-Luc Mélenchon est la seule qui peut nous permettre de l'emporter en avril prochain et de faire face à Marine Le Pen.
Donc oui, il y aura des gens qui vont nous rejoindre dans cette campagne. On aura l'occasion de l'annoncer en temps et en heure, soyez patients, mais on aura plein de bonnes nouvelles à vous annoncer. La question se pose pour différents élus de gauche, pas uniquement ceux qui sont aujourd'hui à Génération.s avec lesquels nous sommes en discussion. Moi, ce que je souhaite, c'est une dynamique la plus large possible. »
🔴Un rapprochement entre les Ecologistes et la @FranceInsoumise ? #Presidentielle2027 🗣️@ManonAubryFr : "Nous sommes dans une dynamique d'élargissement. Je souhaite que @EELV et @marinetondelier nous rejoignent" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJRBVG https://t.co/CZlxU37yEr
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« On ne va pas s'arrêter de faire campagne en attendant » Les Écologistes
Marine Tondelier, candidate écologiste à la présidentielle : est-ce que vous l'appelez à se ranger une nouvelle fois derrière Jean-Luc Mélenchon ?
« Ce n'est un secret pour personne que je souhaite que les écologistes puissent nous rejoindre, parce qu'aujourd'hui, il y a à la fois une dynamique autour de la campagne de Jean-Luc Mélenchon et, dans les faits, les votes sont essentiellement partagés à l'Assemblée nationale et au Parlement européen entre les écologistes et les insoumis. Maintenant, ils ont choisi leur propre calendrier, je suis respectueuse du calendrier des uns et des autres, et on ne va pas s'arrêter de faire campagne en attendant. Je dis juste à tous les écologistes du pays qu'il y a une candidature aujourd'hui capable de porter cette voix. »
« Les écologistes auraient leur place dans tous les cas dans un gouvernement »
Marine Tondelier demande un accord de gouvernement et un accord pour les législatives. Vous êtes prêts à accepter cela et à céder sur ces conditions ? Aurait-elle sa place dans un gouvernement en cas de victoire ?
« Dès le printemps dernier, nous avions appelé à une nouvelle alliance populaire. On s'est adressé à toutes les formations du Nouveau Front Populaire qui ont tenu leurs engagements et qui ont été fidèles à ce programme, on leur a dit très clairement : retrouvons-nous sur le fond et sur la stratégie de campagne, parce que nous, nous ne mettons jamais de côté le fond.
On présente notre programme, il sort vendredi prochain en librairie : L'Avenir en commun renouvelé, tout le monde pourra le trouver en librairie et en ligne. Il y aura ce grand meeting au Bourget samedi, gratuit, et j'invite tout le monde à venir parce qu'il y a plus de 1 000 propositions qui seront faites, du contenu politique pour faire face aux défis d'aujourd'hui, aux défis écologiques et sociaux.
Les écologistes auraient leur place dans tous les cas dans un gouvernement. Maintenant, la question qui leur est posée, c'est : est-ce que vous avez envie de faire une candidature de témoignage qui pourrait nous faire manquer quelques voix pour aller au second tour ou l'emporter, ou est-ce que vous avez envie de soutenir la seule candidature écologiste qui peut aller au second tour ? »
« Le dialogue, c'est l'essence même de la démocratie »
Le débat public national est de plus en plus polarisé en ce moment. Les désaccords deviennent des affrontements. Pensez-vous pour le bien de notre sublime pays qu'il soit à nouveau possible de dialoguer sereinement avec un adversaire politique ?
« Bien sûr que le dialogue, c'est l'essence même de la démocratie. Je crois pour ma part participer à de nombreux débats politiques avec des adversaires politiques, des gens que je combats de toutes mes forces. Je pense notamment à l'extrême droite, au Rassemblement national qui, pas plus tard que jeudi dernier, a tout fait pour empêcher un vote sur l'augmentation du SMIC à 1 700 € net parce qu'ils s'y opposent de toutes leurs forces.
Nous, on veut démontrer à quel point ils sont une arnaque sociale, mais on peut le faire dans un cadre apaisé, dans un dialogue politique, argument contre argument. Et si une démocratie n'est plus capable d'organiser ce débat politique, alors oui, c'est inquiétant. »
« Le journaliste a une responsabilité de rétablir les faits »
Est-ce que c'est dialoguer que d'insulter, d'invectiver un journaliste de BFM comme Jean-Luc Mélenchon l'a fait en disant : « Et vous BFM, ça suffit avec les remarques racistes » ? C'est ça un dialogue apaisé aujourd'hui ?
« En l'occurrence, ce dont il parlait, c'était le climat, l'ambiance du racisme systémique qui est véhiculé par un certain nombre de médias et qui a conduit au drame que l'on connaît, c'est-à-dire un attentat raciste et négrophobe à Trappes. »
Les médias sont responsables selon vous de cet attentat ?
« Par exemple, quand BFM TV, le soir du 17 octobre, invite à une heure de grande écoute Éric Zemmour qui est un multicondamné pour incitation à la haine raciale. Le même Éric Zemmour qui parle des violences du 17 octobre comme issues du grand remplacement et, je cite, d'une « horde arabo-musulmane ». Oui, c'est dangereux et oui, je pense que BFM TV a une responsabilité. Et ce ne sont pas les seuls à l'avoir invité. »
🔴Des médias responsables de l'attentat raciste de Trappes ? 🗣️@ManonAubryFr : "Oui, @BFMTV, a une responsabilité. Je pense aussi à @LCI. Et @CNEWS je continue à y aller car la bataille doit se mener partout" #GrandMatin 📻https://t.co/LIMgdJS9Le https://t.co/rLlL4znxFA
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« Il y a une responsabilité des journalistes lorsque des propos racistes sont tenus à l'antenne »
Quelqu'un qui a été condamné, qui a purgé sa peine, ne doit donc pas être invité ?
« Quelqu'un qui a été condamné pour incitation à la haine raciale. »
Donc Éric Zemmour, selon vous, ne doit plus être invité dans les médias ?
« Je pense que les médias doivent y penser à deux fois et, en tout cas, à chaque fois qu'ils tiennent un discours qui participe à cette haine raciale. Là, par exemple, de parler de « hordes arabo-musulmanes » sans preuve, le journaliste a une responsabilité de rétablir les faits. En pratique, ni sur BFM ni sur LCI quand il a été invité, il n'a été contredit. D'ailleurs, hier aussi, quand Édouard Philippe tient ce même type de propos sur TF1, il n'est pas repris. »
D'un mot sur cette pétition qui a été déposée sur le site de l'Assemblée nationale qui appelle à supprimer CNews de l'audiovisuel français. On a plus de 4 600 signatures à l'heure actuelle. Vous l'avez signée ou pas ?
« Moi, je n'ai pas encore eu l'occasion de la signer, mais je la partage dans les grandes lignes. Parce qu'aujourd'hui, on a une chaîne qui a été rappelée à l'ordre à de nombreuses reprises par l'Arcom, qui est une forme de gendarme et de contrôle des médias, qui contrôle aussi Sud Radio et tous les médias de France. Et à de très nombreuses reprises, CNews a été rappelée à l'ordre pour un mauvais contrôle de leurs plateaux télé et un certain nombre de fake news qui ont été diffusées. »
« La bataille doit se mener partout, y compris là où nous sommes en désaccord »
Vous continuez d'ailleurs à vous y rendre, je crois ?
« Nous continuons parce que la bataille doit se mener partout, y compris là où nous sommes en désaccord. »
C'est paradoxal : c'est-à-dire qu'il faut mener le combat partout mais en même temps supprimer CNews ?
« Pour être honnête, si on n'allait que dans les médias avec lesquels on était d'accord, on n'irait pas sur beaucoup de médias. Mais ça ne nous empêche pas de critiquer fondamentalement la manière dont l'antenne est tenue à CNews qui, à de très nombreuses reprises, a repris un certain nombre de fake news. Je pense notamment à la manière dont elle s'en est prise à l'avortement, par exemple, pour ne prendre que cet exemple. Donc oui, il y a un certain nombre de règles qui doivent être respectées dans notre pays. »