Mis sous protection policière après des menaces sur les réseaux sociaux liées à la découverte de ses liens avec Jeffrey Epstein, Jack Lang traverse, une fois de plus, une période de troubles dans sa carrière politique. Pour Régis Le Sommier, grand reporter et directeur de la rédaction d’Omerta, cette séquence marque avant tout la fin d’une intouchabilité. « Ce qui est surtout bluffant dans cette histoire, c’est le déballage qui est tout à coup autorisé », analyse-t-il au micro de Sud Radio, décrivant un retournement de situation pour une figure qu’« on ne pouvait pas critiquer pendant des décennies ».
« Une icône qu’on déboulonne »
Selon Régis Le Sommier, Jack Lang incarne la mythologie de la gauche culturelle mitterrandienne. « Après 1981, il est passé de la nuit à la lumière », rappelle-t-il, évoquant un ministre vénéré. Cette aura aurait continué bien au-delà de ses fonctions initiales, jusqu’à faire de lui une personnalité « intouchable », notamment à partir de sa prise de fonction à la tête de l’Institut du monde arabe en 2013.
Mais le journaliste constate aujourd’hui « un retour de bâton absolument sismique », parlant d’« une icône qu’on déboulonne » après des années de retenue collective. « C’est comme si certains s’étaient retenus, et que tout déboulait d’un coup », observe-t-il, pointant un phénomène de libération de la parole, parfois proche du lynchage, mais qui révèle un malaise plus ancien.
⚖️ Jack Lang et l'affaire Epstein
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Un « substrat monarchique »
La question centrale, pour Régis Le Sommier, reste celle de la longévité exceptionnelle de Jack Lang. Ministre sous François Mitterrand, toujours consulté sous Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande, puis maintenu à l’Institut du monde arabe sous Emmanuel Macron, il a traversé les régimes sans jamais disparaître du paysage institutionnel. « Il est capable de parler à tout le monde et de dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre », analyse-t-il.
Selon lui, Jack Lang a su se construire une posture de « sage » de la République, presque transmise comme un héritage d’un président à l’autre. Il incarnerait alors un « substrat monarchique qui reste dans notre République », un serviteur de l’État devenu indispensable, au point que « personne n’ose le critiquer », même lorsque des candidatures alternatives émergent pour lui succéder.
Pingre et mauvais payeur
Régis Le Sommier estime également que Jack Lang a toujours eu « la sensation que tout le monde est à son service et qu’il a droit à tout ». Il évoque également les révélations sur ses impayés ou ses demandes répétées de services, décrivant un homme « extrêmement pingre » et habitué à l’idée que les règles ordinaires ne s’appliquent pas à lui.
Des accusations de pédophilie jamais avérées
Sur le fond du dossier Epstein, Régis Le Sommier estime que les éléments liés à Jack Lang montrent qu’« il le connaissait mieux et davantage qu’il ne l’a affirmé publiquement ». Pour autant, « les accusations d’actes de pédophilie ou impliquant des mineurs n’ont jamais été avérées », insiste-t-il. « Dire cela aujourd’hui serait dégueulasse » estime le journaliste, soulignant que l’opinion publique, elle, s’est déjà emparée du dossier.