Drôle d’époque avec vous Françoise Degois. On revient sur la transparence à propos de l'affaire Epstein. Et vous dites : « vive la transparence ».
« Oui je sais à quel point cette question fait débat. Depuis 10 jours, à quel point les millions de documents mis sur la place publique peuvent heurter ou choquer. À quel point aussi la presse dans son ensemble a mis beaucoup de temps à parler de ces documents. Notamment par peur de nourrir le complotisme. Ça c'était la règle dans les rédactions.
"Le sentiment permanent que les élites cachent tout"
Mais en réalité, qu'est-ce qui nourrit le complotisme ? Le fait de rendre public des millions de documents ? Ou bien le fait d'avoir caché, protégé un système parallèle où tant et tant de personnages très importants ont eu un tel sentiment d'impunité qu'ils ont fait à peu près n'importe quoi et qu'ils se sont mis en plus dans les mains d'un milliardaire.
Un milliardaire dont on va peut-être découvrir qu'il a également mis son influence au service notamment de la Russie. Que vaut-il mieux ? Le grand déballage ou le sentiment permanent que les élites cachent tout, ne disent rien et s'arrogent au nom de leur statut des privilèges de demi-dieux qui échapperaient à la loi des simples mortels ? »
"Démissionner ne signifie pas être coupable"
Selon vous, Jack Lang, qui est concerné par des échanges de mails, devait bien démissionner de l'Institut du Monde Arabe ?
« Bien sûr qu'il devait démissionner. Il a même mis trop de temps pour le faire. Démissionner ne signifie pas être coupable. Démissionner signifie respecter la suspicion légitime des citoyens et prouver ou pas son innocence. Ça n'est ni de la vertu ni de la morale, c'est quasiment une règle de bienséance de comportement civique.
🗣️@francoisedegois : "#JackLang a mis trop de temps à démissionner, (...) et #Morandini aurait aussi dû le faire plus tôt !" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) February 10, 2026
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"Se taire c'est nourrir les doutes et le complotisme"
Mais d'autres, par exemple, devraient s'expliquer aussi. Même s'il n'y a aucune poursuite judiciaire. Expliquer pourquoi on retrouve leur nom plus de 2500 fois dans les fichiers, comme Bill Gates. Il n'y a pas matière à poursuivre pour le moment. Mais la réalité, c'est que garder le silence, c'est encore nourrir la suspicion. Se taire, c'est nourrir les doutes et le complotisme.
Par ailleurs, je serai radical. Je suis pour la transparence absolue. Et non pas ce qu'est en train de faire le département de la justice américaine. Vous savez ce qu'il fait ? Il caviarde des photos sans raison. Il gomme des numéros de téléphone. Et là, c'est l'absurdité totale. Mais des numéros qu'on retrouve dans d'autres mails. Il faut aller au bout de la transparente et ne pas s'arrêter au milieu du gai. »
"On ne pardonne plus rien, ou presque"
Mais ça peut déclencher des campagnes de haine terribles aussi.
« Oui, bien sûr. Et nous sommes dans un monde où non seulement tout se voit, tout se sait et qu'on ne pardonne plus rien, ou presque. Surtout, lorsqu'il est question de pédocriminalité, de Epstein. Et je dis quand même, quand on est adulte, on résiste aux campagnes de haine sur les réseaux sociaux. Ça, ce n'est pas le sujet. Et même si ça vous oblige à lâcher, tant pis. Et Jack Lang a lâché, tant mieux.
"Ce n'est pas de la vindicte populaire"
C'est bien la campagne menée sur les réseaux sociaux et le malaise exprimé par Sonia Mabrouk, puis par François-Xavier Bellamy qui ont poussé Jean-Marc Morandini à quitter l'antenne. Ce qu'il aurait dû faire plus tôt. Comme Jack Lang, qui lui, n'est pas condamné.
Ce n'est pas de la vindicte populaire. Je sais qu'on m'oppose toujours cela. C'est simplement des citoyens qui s'emparent de l'actualité, expriment leurs opinions. Opinions qui, si elles restent dans les limites de l'argument et pas de la haine pure, représentent ce qu'on appelle la démocratie. 2.0 peut-être, mais c'est la démocratie. »
Retrouvez Drôle d'époque dans le Grand Matin Sud Radio au micro de Patrick Roger.