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Epstein, présidents de la République : Jack Lang est-il intouchable en France ?

OPINION SUD RADIO - Contraint de quitter la présidence de l’Institut du monde arabe, Jack Lang se voit rattrapé par une enquête du Parquet national financier liée à ses relations avec Jeffrey Epstein. Habitué des controverses et accusations mais toujours présent dans la vie publique et politique depuis des décennies, l'ancien ministre de la Culture a-t-il bénéficié de protections ou de privilèges ?

Epstein, présidents de la République : Jack Lang est-il intouchable en France ?
Bertrand GUAY - AFP/Archives

Après avoir dirigé l’Institut du monde arabe durant seize ans, Jack Lang a été contraint de démissionner de sa présidence. Si son avocat y voit « une démonstration de son sens de l’État », ce départ intervient après l'ouverture d'une enquête du Parquet national financier visant à établir la nature de ses liens avec Jeffrey Epstein. Un flou de plus pour celui qui semble être intouchable aux plus hauts sommets de l’État, comme a tenté de l’expliquer au micro de Sud Radio Etienne Campion, journaliste pour Marianne.

« Une façon de garder le pouvoir et de jouir de certains privilèges »

Selon lui, Jack Lang incarne bien plus qu’un ancien ministre de la Culture. Il est « une sorte de synthèse entre la gauche culturelle des années 80 et des méthodes d’Ancien Régime », avec « cette façon de prendre le pouvoir, de chercher à le garder et de jouir de certains privilèges ». Une longévité qui interroge, notamment lorsqu’il s’accroche à la tête de l’Institut du monde arabe après 80 ans : « Normalement, à un moment donné, il y a cette idée de passer le flambeau », estime Étienne Campion.

Cette figure reste pourtant associée à des symboles toujours ancrés en France : « La Fête de la musique, les financements du cinéma, la Gay Pride » viennent de Jack Lang, explique Étienne Campion. Mais cet avant-gardisme se heurte aujourd’hui à un décalage : « C’est une vision censée être moderniste et jeuniste, portée par quelqu’un d’âgé. C’est ça, le paradoxe. »

En lien avec tous les présidents de la République depuis 1981

Mais alors comment expliquer que Jack Lang ait traversé sans encombre les mouvances politiques ? Car « quels que soient les présidents après Mitterrand, il a été en lien avec tous. Chirac le considérait, Sarkozy aussi, Hollande évidemment, et jusqu’à Emmanuel Macron, dont il était parfois un confident », rappelle le journaliste de Marianne 

Selon lui, cette longévité s’explique par ses « bonnes postures et bons clichés. Sur le fond, il n’y a pas de réseau politique structuré, pas de programme, pas de vision globale de la France ». Une gauche mondialisée, « qui vit entre les aéroports », résumée par « l’axe Paris–New York », et qui, selon le journaliste, « n’a pas su voir venir les métamorphoses des sociétés occidentales, le tournant populiste, ni les questions d’immigration et d’insécurité ».

L’affaire Epstein, entre faits et intime conviction

Sur le fond du dossier, Étienne Campion se veut factuel. « Il y a un mail très douteux dans les Epstein Files, évoquant des questions de “nouvelles sexualités”. Ça, c’est factuel », rappelle-t-il. Il évoque également « la tribune signée dans Libération dans les années 70, où il était question d’une forme d’apologie de la pédophilie, Jack Lang l’a signée. Ce sont des faits. »

Pour autant, « de là à affirmer que cela révélerait tout un amoncellement de rumeurs, c’est difficile à dire », tout en soulignant le poids de l’opinion publique : « C’est un sujet qui choque les gens. Nous, journalistes, on ne peut pas l’esquiver. Chacun a son intime conviction. Moi, j’ai la mienne sur Jack Lang, mais je ne peux pas la dire à la radio. »

Car pour le journaliste « on peut parler du sujet de Jack Lang et de la pédophilie tout en affirmant qu’il n’y a jamais eu de lien ni de preuve ». Il estime que « c’est une espèce de spectre qui plane au-dessus des débats quand on parle de Jack Lang ».

« Le dossier n’est pas clos »

Au-delà du cas personnel de Jack Lang, Étienne Campion y voit « le chant du cygne de la gauche culturelle mitterrandienne ». Une gauche qui, selon lui, « a coupé avec le réel » et dont l’héritage pèse encore sur l’affaiblissement actuel du Parti socialiste. « Ce que l’on sait déjà sur Jack Lang est suffisant pour nourrir des débats, des controverses et des divergences sur cette personnalité de l’histoire de la République », résume-t-il. Pour autant, « je pense que le dossier n’est pas clos », prévient-il, laissant entendre que les investigations pourraient se poursuivre, et avec elles, le débat sur l’une des figures les plus emblématiques et controversées de la gauche française.

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