Deux ans après le scandale de Bétharram, une autre congrégation catholique est dans la tourmente. Celle des Frères des Ecoles Chrétiennes, fondée par Jean-Baptiste de Lasalle, qui gère 150 institutions scolaires en France, et plusieurs en Occitanie. D'anciens élèves de la congrégation dénoncent des violences physiques et sexuelles.
Philippe Auzenet, cofondateur du collectif des victimes des lasalliens - et lui-même victime de violences physiques - et ancien élève de l'école catholique Jean-Baptiste-de-la-Salle à Rouen (Seine-Maritime), rapporte des témoignages glaçants voire terrifiants d'agressions sexuelles et de viols commis dans cet établissement, accuse et lève le voile sur ce potentiel "Bétharram bis" au micro de Sud Radio.
"J'ai été "tué" à l'âge de 7 ans"
“Ces écoles sont réparties dans toute la France, il y en a 150 mais à l'heure actuelle, il y a 30 à 33 établissements en France concernés par ces viols, ces abus sexuels, ces violences, détaille-t-il. J’ai 73 ans aujourd’hui. J’ai cofondé le collectif de victimes et j’appelle aux témoignages. Je suis arrivé à 7 ans dans cette école. J’y suis resté 3 ans. Les deux premières ont été pour moi véritablement un bagne. Il y avait un climat de violences générales, un climat très austère, très triste. Il y avait des violences entre élèves car nous n'étions pas surveillés.
"Il y avait cinq prédateurs qui commettaient viols, abus sexuels et attouchements en tous genres"
"J’ai subi des barbaries de la part d’élèves, poursuit Philippe Auzenet, cofondateur du collectif des victimes des Lasalliens. Deux grands, qui avaient cinq ans de plus, ont jeté leur dévolu sur moi. Ils m'ont isolé dans un coin du préau et m'ont ficelé comme un saucisson, je me souviens encore de la corde. J'ai été "tué" à l'âge de 7 ans. J’ai subi cela deux ans, devant les surveillants qui n’ont jamais rien dit, à raison de deux fois par mois environ. J'ai porté plainte contre l'institution et beaucoup de gens vont faire de même. Il y aura une plainte par le collectif quand le nombre de victimes atteindra 40 ou 50 personnes, et qu'elles auront elles aussi porté plainte individuellement. Mais huit jours après le lancement officiel de notre collectif, on apprend qu’il y avait cinq prédateurs qui commettaient viols, abus sexuels et attouchements en tous genres. Le pire est que c’était pendant des confessions."
📢Violences à l'école catholique Jean-Baptiste-de-la-Salle
🗣️Philippe Auzenet : "J'ai subi des barbaries de la part d'élèves ! Attaques aux couteaux, pendu par les pieds, ligoté… Les surveillants n’ont jamais réagi !" #GrandMatin
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"Potentiellement, on a un petit Bétharram dans chaque établissement "
La direction de Jean-Baptiste-de-La-Salle m’a dit qu’elle n'était pas au courant par courrier, mais pour moi ce n'est pas possible. Je n’avais pas pu témoigner avant, saisi par une amnésie traumatique. Bétharram et quantité d'autres, ça a réveillé mon amnésie. C'est là que j'ai vu que ma vie avait été un enfer, et surtout, j'ai compris les racines de ma vie brisée, détruite, comme des milliers d'autres victimes. Parce qu'on est des milliers de victimes de ce réseau lasallien, qui ne veut pas comprendre, qui ne veut pas écouter et qui ne veut pas réparer d'une manière intégrale. J’ai lancé cet appel au témoignage et j’en ai reçu des dizaines et dizaines. Il y avait aussi des actes sexuels sur des enfants de 8 à 15 ans. Potentiellement, on a un petit Bétharram dans chaque établissement puisqu'on avait dans tous ces établissements un prédateur ou un bourreau. La congrégation ne veut pas reconnaître ses responsabilités et c'est ce que nous souhaitons dénoncer".
"On souhaite que les Lassaliens reconnaissent leurs crimes"
Les membres du collectif, essentiellement âgés de 50 à 70 ans, dénoncent des faits commis entre 1955 et 1985, a priori prescrits. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps pour en parler ? "J’ai été touché comme beaucoup par l’amnésie traumatique. On a tendance à rentrer dans le déni pour ne pas souffrir, et on en vient à l’oublier. C’est Bétharram qui a fait que beaucoup d’entre nous se sont réveillés. Les souffrances sont remontées avec les souvenirs. On a reçu près de 200 témoignages de partout en France. C’est un Bétharram puissance dix, dans 40 établissements sur 150."
Que voudraient les membres du collectif, désormais ? "Ma première démarche a été d’écrire à l’éducation nationale à Rouen, qui a transmis au procureur qui a ordonné une enquête, raconte Philippe Auzenet, cofondateur du collectif des victimes des Lasalliens.J’ai été auditionné en novembre 2025 et ai porté plainte. Je pensais être la seule victime, nous sommes déjà 15. On souhaite que les Lassaliens reconnaissent leurs crimes."
Des violences systémiques
Aux yeux du collectif, il s’agit là non pas de victimes isolées, mais de violences systémiques. De son côté, la congrégation des Lassaliens dit avoir mis en place une cellule d’écoute en 2014, afin de recueillir des signalements et identifier des victimes. Elle explique avoir déjà indemnisé 70 personnes pour un montant total de près de 2,5 millions euros. Depuis 2022, la congrégation aurait également effectué trois signalements en justice.
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