Le gouvernement avait préparé une coupure temporaire des principaux réseaux sociaux lors des manifestations du 24 octobre 2026, sans pour autant la déclencher. Une surveillance des contenus et le retrait rapide des appels à la violence avaient été privilégiés. Mais l’État garde son joker pour l’Acte III, ce 31 octobre, avec une nouveauté : le Sénat a voté ce mardi 28 octobre, l'adoption d'un dispositif ouvrant la voie au blocage sur les réseaux sociaux des contenus appelant aux violences,
Seuls 4 réseaux sociaux ciblés
Vendredi dernier le 22 octobre, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, avait demandé dans une lettre confidentielle aux opérateurs Orange, SFR, Free et Bouygues Telecom, de se tenir prêts à suspendre leurs accès à TikTok, Instagram et Snapchat, puis X. Une manœuvre pour contenir de nouvelles vagues de violences urbaines. Moins de canaux de communication, moins de regroupements sauvages et donc, de débordements. La méthode envisagée est un filtrage DNS : l’opérateur empêche l’application de retrouver l’adresse serveur du réseau social. Concrètement, le reste d’Internet continuera de fonctionner, mais les réseaux sociaux visés seraient inaccessibles, surtout en 4G et 5G.
Le gouvernement a obtenu au Sénat l'adoption d'un amendement gouvernemental prévoyant que les plateformes retirent, sous 24 heures, les contenus susceptibles de créer un trouble grave à l’ordre public. À défaut, elles pourraient faire l’objet d’un blocage ou d’un déréférencement. Pour les appels à l’insurrection, le délai demandé serait ramené à une heure.
Un contrôle des réseaux plus qu'un blocage total
Nuance tout de même, Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, a précisé que le projet ne consiste pas à « interdire les réseaux sociaux », mais à permettre le retrait de contenus précis appelant à la violence, aux dégradations ou à l’insurrection. Mais la question se pose : Et si la mesure n’a pas été appliquée pendant l’Acte II, relativement calme, cette nouveauté changera-t-elle la donne ? L'État pourra-t-il bloquer les réseaux sociaux à l’Acte III de ce samedi ?
Le gouvernement obtient au Sénat l'adoption d'un dispositif permettant le blocage de contenus sur les réseaux sociaux appelant aux pillages https://t.co/JHE1E5jekA
— franceinfo (@franceinfo) October 28, 2026
A ce stade, le gouvernement surveille « de très près » les réseaux sociaux. Emmanuel Macron redoute des appels aux cortèges sauvages, aux dégradations ou aux pillages. Le 31 octobre 2026 est décrit comme un « samedi à risque », dans le cadre d’un Acte III qui prévoit plusieurs centaines de rassemblements et de sit-in en France.
Le précédent de la Nouvelle-Calédonie
L’option d’un blocage temporaire reste donc, techniquement possible, puisque les opérateurs ont déjà été sollicités pour s’y préparer. Pour autant, aucune déclaration publique officielle n’a encore annoncé l’activation du dispositif.
Cette idée n’est pas inédite. En mai 2024, pendant les émeutes en Nouvelle-Calédonie, le gouvernement avait bloqué l’accès à TikTok sur l’archipel. Le Conseil d’État a ensuite jugé cette décision illégale, estimant qu’elle portait une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression, à la liberté de communication des idées et opinions, et à l’accès à l’information.
Une mesure légale sous 3 conditions exceptionnelles
Le Conseil d’État admet néanmoins, qu’un blocage peut être exceptionnellement et à trois conditions, légal : il doit être indispensable pour faire face à des événements d’une particulière gravité, ne doit avoir aucune mesure alternative moins attentatoire aux libertés, et doit être limité dans le temps. Le blocage calédonien ne remplissait pas ces conditions. Le blocage était complet et sans durée déterminée .
Cette nouvelle procédure envisagée soulève des questions sur la liberté d’expression puisqu’une autorité administrative aurait le pouvoir de demander un retrait, sans passer par un juge. Le texte vise toutefois des contenus jugés susceptibles de provoquer un trouble grave à l’ordre public, et non l’ensemble des publications politiques ou contestataires.
Quid des territoires d'Outre-mer ?
Mais le blocus des réseaux sociaux touchera inégalement les Français car le mouvement dépasse la Métropole : à La Réunion, la mobilisation du 17 octobre a réuni environ un millier de personnes à Saint-Pierre, avec une autre action à Saint-Denis. Des affrontements ont également eu lieu à La Rivière-des-Galets.
En Guadeloupe, les lycéens, étudiants et le collectif « Nou Las Palé » ont participé à des blocages routiers, tandis qu’à Mayotte des mobilisations avaient commencé dès la fin août. Ces territoires seraient directement impactés par une coupe des réseaux sociaux. C’est là que s’organisent les actions et que les actions locales, peu couvertes par les médias nationaux, sont rendues visibles. Un blocage renforcerait les inégalités et ce sentiment d’abandon déjà éprouvé par les territoires d’Outre-mer.
Des limites techniques
Enfin, sur le plan technique, un blocage ciblé serait difficile à appliquer parfaitement : il pourrait être contourné par un VPN, et une coupure trop large risque de perturber des usages légitimes. Les opérateurs ont exprimé des réserves sur la faisabilité d’un filtrage rapide et précis.