Tous les matins, elle se noie dans la masse. Anonymisée dans l'inconfort d'une rame de RER, c'est une quidam parmi tant d'autres. Une « Madame Tout le monde » comme dirait l'autre. Pourtant, cette totale inconnue est l'incarnation parfaite de milliers voire de millions de femmes qui quotidiennement, s'efforcent de glisser au chausse-pied une dose de sport quasi « vitale » dans leur emploi du temps rythmé par un inlassable métro-boulot-dodo. Autrement dit, de s'administrer quelques minutes d'activité physique, de bien-être, de plaisir simple et autocentré dans ce « monde de brutes ».
La pratique du sport, seule variable d'ajustement dans son emploi du temps
A 52 ans, Zakeya Kerkour el-Miad vit chaque jour depuis une vingtaine d'années des journées-marathon en région parisienne. Levée à 6h (avec un rituel d'une demi-heure de yoga, shiatsu et stretching à la clé), couchée vers 21h (avec un ultime rituel d'auto-massages drainants au programme), tout est minuté, timé, organisé, réglé comme du papier à musique pour faire entrer au créneau près sa vie professionnelle de fonctionnaire au servive du Premier ministre, et son existence de maman solo avec deux enfants à charge, aujourd'hui âgés de 23 et 19 ans et qui vivent toujours sous son toît. Mais la seule variable d'ajustement qu'elle s'accorde, c'est la pratique d'un minimum de sport, chaque jour. Avec pour seul impératif intangible, sauf impondérable ou aléa majeur : trouver le temps, coûte que coûte, dès qu'un instant ou une fenêtre de tir se présente.
"Me libérer du temps pour pouvoir décompresser et me décrasser"
« Après être devenue maman, je me suis très vite rendue compte que ça devenait compliqué de ne pas trouver de décompression pour pouvoir articuler toutes ces activités, à la fois le job de maman, le job professionnel qui reste très chronophage, explique cette fille d'immigré marocain, biberonnée dès son plus jeune âge aux valeurs républicaines transmises par son papa et articulées autour de l'école et du sport. Il fallait donc que je me libère un temps pour pouvoir décompresser et me décrasser parce que c'est vraiment indispensable.

Si je n'ai pas cette dose dans la journée, mon cerveau, mon inconscient me rappellent à l'ordre et me disent : ''Il manque ta petite dopamine. Il va falloir que tu stoppes ton temps de travail, que tu te recharges et que tu repartes.'' Quand je peux courir à l'heure du déjeuner, je sens que ça libère en moi des endorphines, ces fameuses hormone du plaisir et ça va m'escorter toute la journée. Je ne vais pas ressentir ni de fatigue, ni de coups de barre. Au contraire, je vais être hyper alerte, je vais être hyper réactive et je sens la différence. »
A n'importe quelle heure de la journée
Alors, de la course à pied à la marche, du yoga au stretching, de la natation au VTT, du vélo de ville à celui d'appartement, Zakeya trouve toujours un moyen de se faire du bien, de lâcher prise et si possible, de transpirer. Le nec plus ultra. Quelle que soit l'heure de la journée. « Avant, j'arrivais à caler ces heures de sport sur la pause méridienne, entre midi et deux. J'ai même eu la chance d'avoir des sites professionnels situés très souvent, soit à côté d'un parc, soit à côté des berges de Seine. Aujourd'hui, j'occupe des fonctions dans une administration publique d'État, avec des missions qui me prennent énormément de temps. Même si j'ai encore cette chance de pouvoir parfois faire des activités sportives sur le temps du midi, que ce soit du cardio training, de la course à pied ou du yoga, ça devient de plus en plus compliqué. Ces séances de sport, c'est donc indispensable pour moi de les caler aujourd'hui à n'importe quel moment. »

"Des répercussions sur ma charge mentale et psychique"
Parce que l'activité est essentielle à son corps autant qu'à son esprit, Zakeya Kerkour El-Miad trouve donc toujours la parade. « Dans mon bureau, j'ai donc toujours une paire de baskets, détaille-t-elle. Si je ne peux pas courir, je vais mettre ma paire de baskets pour aller marcher, m'oxygéner. Tout au long de la journée, j'utilise les escaliers au lieu de l'ascenseur pour pouvoir toujours être dans cette continuité du mouvement parce que j'ai besoin d'être en mouvement tout le temps et que si je n'ai pas ce mouvement là, il y aurait des répecussions sur ma charge mentale et psychique. Le soir, quand j'ai été un peu trop statique au bureau, je vais retirer ma paire de talons et je vais rentrer à pied plutôt qu'en RER. J'ai une heure de marche à pied entre mon domicile et mon lieu de travail, sur les berges de Seine pour justement pouvoir me mettre en mouvement. Et puis, si je n'ai pas du tout eu le temps de pratiquer du sport durant la journée, dès que je rentre, la priorité des priorités, ça va être de faire une demi-heure de vélo d'appart, que je vais enchaîner avec une demi-heure de renforcement musculaire. »
"Je suis conditionnée au fait que j'ai besoin d'avoir cette soupape, cet appel d'air"
Mine de rien, adapter en permanence son emploi du temps et sa disponibilité restante, par tous temps, été comme hiver, quels que soient les « coups de bourre » professionnels ou les « coups de mou » personnels, requiert une agilité fonctionnelle et une souplesse organisationnelle dont on ne peut qu'être admiratifs. « J'ai besoin de me libérer ce temps-là, raconte cette assoiffée d'activité physique qui n'hésite pas non plus à se challenger et à mettre un dossard, quand l'occasion se présente. Ca s'est organisé au fil du temps parce que j'ai conscientisé et je suis conditionnée au fait que j'ai besoin d'avoir cette soupape, cet appel d'air. Ca me permet de faire une pause au milieu de toute cette activité intellectuelle qui est très riche et recharger les batteries pour pouvoir aborder ou continuer ma journée sainement. C'est un travail de longue haleine, ça ne s'improvise pas. Ce sont des mécanismes qu'on met en place et qui sont ancrés et suggérés psychiquement. »

"J'ai besoin de trouver un équilibre à la fois psychique et physique"
Passionnée de nature et de grands espaces, cette ancienne athlète et gymnaste, tirée vers le haut durant son enfance et son adolescence par trois grands frères qui pratiquaient la boxe et la gym - jusqu'en équipe de France - ainsi que le kung-fu, a élargi sa palette depuis qu'elle a franchi le cap de la cinquantaine. « En prenant de l'âge, j'ai développé d'autres activités, conclut-elle. Je me suis intéressée au développement personnel parce que le sport, c'est aussi un facteur de développement personnel. J'ai besoin de trouver un équilibre à la fois psychique et physique. C'est indissociable. C'est la raison pour laquelle dans le cadre du développement personnel, je me suis aussi intéressée à des pratiques un petit peu parallèles, comme la sophrologie. Je me suis même formée à cette méthode psycho-corporelle pour justement renforcer cet équilibre-là. » Zakeya Kerkour el-Miad : une femme "banale" au premier abord, mais tellement exemplaire et inspirante quand on y regarde de plus près, qui n'est décidément jamais à court d'énergie.
- Toutes les informations sur l'opération de l'ARCOM "Sport Féminin Toujours 2026" : https://www.arcom.fr/actualites/sport-feminin-toujours-2026-loperation-de-larcom-pour-donner-plus-delan-au-sport-feminin-dans-les-medias-audiovisuels