Dans trois jours les Français sont appelés aux urnes pour le premier tour des élections municipales. Parmi les 36 500 communes du territoire français, certains candidats ont fait le choix audacieux d’avoir l’intelligence artificielle comme premier adjoint.
Ce nouvel outil est souvent utilisé pour la communication, même si parfois, les possibles futurs élus s’en servent afin de faire naître des idées pour leur commune. Dans les programmes, sur les affiches ou même dans les discours, l’IA s’est installée à la table des débats de cette campagne municipale.
L’IA, nouvel outil pour construire les programmes municipaux
Avant même le début officiel de la campagne, certains candidats utilisaient l’intelligence artificielle pour structurer leurs idées et bâtir leur programme. «Aujourd’hui, l’IA est utilisée à plusieurs étapes des campagnes municipales, assure Martin Pavanello, co-fondateur de Mister IA. D’abord en amont, pour construire le programme, certains candidats s’en servent comme outil de brainstorming afin de trouver des axes pour leur commune et structurer leurs propositions. Cela peut être utile, mais ces outils, souvent américains, peuvent aussi comporter des biais, ce qui impose de rester prudent », explique le spécialiste.
🗣️Martin Pavanello (Mister IA) : "Certains candidats aux #municipales utilisent l'IA pour trouver des idées pour leur programme, ce qui peut être dangereux... La plupart de ces IA sont américaines" #GrandMatin
— Sud Radio (@SudRadio) March 10, 2026
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Depuis septembre, Florence Woerth, candidate aux élections municipales de Chantilly, se sert de l'IA pour reformuler les informations communiquées lors de ses réunions publiques. Pour cela, la femme de l’ancien député Renaissance et ex-ministre de Nicolas Sarkozy, Eric Woerth, les transforme en podcasts incarnés par deux voix artificielles.
Des affiches retouchées par IA, "quasiment impossible à détecter à l'oeil nu"
La communication politique est sans doute le domaine où l’intelligence artificielle est la plus visible. « Elle permet de diffuser plus facilement les messages, par exemple en adaptant un contenu à différentes plateformes, en générant des vidéos à partir d’un texte ou en rendant un programme plus accessible, explique Martin Pavanello. On voit par exemple des partis récents qui n’ont pas encore beaucoup de sympathisants ni de grandes équipes. Dans ce cas, utiliser l’IA peut les aider à produire des contenus, à structurer leur communication et à participer à la campagne à armes plus égales avec des concurrents installés depuis longtemps. Pour moi, l’IA peut donc aussi permettre à de nouveaux entrants de se faire entendre. »
Certaines affiches de campagne ont même été conçues directement avec ces outils. « Il est très probable que beaucoup l’aient fait sans le dire. Et c’est difficile à détecter : lorsqu’une image est bien réalisée, il est quasiment impossible de savoir à l’œil nu si elle a été générée par une IA ou non. »
Des candidats testent les robots conversationnels
Au-delà des affiches, certains candidats vont encore plus loin en intégrant l’IA directement dans leur campagne. À Grenoble, le candidat de centre-droit Hervé Gerbi a par exemple lancé un site internet intégrant un robot conversationnel capable de répondre aux questions des habitants sur son programme. Il assume également vouloir utiliser l’IA pour moderniser les services publics municipaux.
Ce type d’outil pourrait se développer rapidement. « Certains candidats vont même jusqu’à créer une IA conversationnelle permettant aux habitants de poser des questions sur leur programme », explique l’expert du numérique.
Cette évolution correspond aussi aux nouveaux usages des citoyens : selon une enquête citée par Le Monde, 27 % des personnes interrogées envisagent d’utiliser l’intelligence artificielle pour se renseigner sur les programmes des candidats.
Vers des campagnes municipales de plus en plus technologiques
Même si l’IA reste encore marginale dans certaines communes, sa présence dans les campagnes électorales devrait continuer de progresser.
Entre affiches générées par algorithme, programmes structurés par IA et robots conversationnels capables de dialoguer avec les électeurs, la politique locale entre progressivement dans une nouvelle ère numérique. « L’IA peut aussi devenir un argument de campagne », explique le spécialiste. « Certains candidats proposent de l’utiliser pour améliorer le fonctionnement de la commune ou attirer des entreprises du secteur. »
Reste une question centrale : ces technologies permettront-elles de rapprocher les citoyens de la politique… ou transformeront-elles la campagne municipale en bataille d’algorithmes ?