À 72 ans, celui qui a fait tourner les serviettes de la France entière n'a rien perdu de sa verve, ni de son sens de la provocation. Invité exceptionnel au micro de Sud Radio, Patrick Sébastien est revenu sur son nouvel album, Olé Osé, dont la chanson phare consacrée à Delphine Ernotte, fait déjà couler beaucoup d'encre, son éviction de France Télévisions, son sens de l'humour, l'évolution des mentalités ou encore
"Je suis un clown grossier"
Pour Patrick Sébastien, ce titre "Delphine" n'est pas une agression, mais une réponse artistique : « Je le dis, c’est elle (Delphine Ermotte) qui m'a baisé en premier (pour l'avoir licencié de France Télévisions). C’est un pied de nez de clown. Voilà, je suis un clown grossier ». Loin de redouter les poursuites judiciaires (la présidente de France Télévisions a déposé plainte), il semble presque les appeler de ses vœux : « Si je suis condamné, ça sera pas une infamie, ça sera une médaille parce que c'est voulu, parce que c'est de la farce ».
"Si ça avait été Kevin, j'aurais fait la même rime"
Face aux accusations de sexisme, il se défend avec sa franchise habituelle, affirmant que le genre de sa cible n'a aucune importance dans son processus créatif : « Ils m'attaquent tous sur le côté féministe. Si ça avait été Kevin, j'aurais fait la même rime. J'aurais fait la même chanson avec un garçon ».
🚨 Comment Patrick Sébastien est devenu "un clown grossier" ?
— Sud Radio (@SudRadio) April 29, 2026
🗣️ "C'est à cause de mon pote @LaurentGerra et de son fameux "doigt dans le c**" que je suis devenu ma propre caricature" #CestQuoiLeProblème
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L’ombre de France Télévisions et le « mépris » du service public
L'amertume envers son ancien employeur reste vive. Licencié après 25 ans de service, Sébastien dénonce un manque total d'humanité : « Au bout de 25 ans, ils m'ont même pas parlé. Ils m'ont même pas envoyé un mot ». Il rappelle que son départ n'a pas été seulement un choc personnel, mais une catastrophe pour ses équipes : « Ça a eu des répercussions professionnelles et pour les gens qui travaillaient avec moi. [...] On a fermé notre truc ».
"Avec le pognon des gens, tu dois représenter tout le monde et pas ton idéologie"
Il revient également sur les propos de Delphine Ernotte concernant les « hommes blancs de plus de 50 ans », qu'il juge discriminatoires et illégaux : « C'est punissable par la loi. Il y a un article de loi. On ne peut pas virer quelqu'un pour son âge, pour sa couleur ou pour son sexe. Si on avait dit la même chose sur une femme, [...] on les a pas entendu tous les donneurs de leçon là ». Pour lui, le service public a trahi sa mission en devenant idéologique : « Avec le pognon des gens, tu dois représenter tout le monde et pas ton idéologie. Ce qu'elle a dit en arrivant, [...] elle a dit : "Je ne vais pas présenter la France telle qu'elle est mais telle que je voudrais qu'elle soit" ».
"L’argent que j’ai gagné, je l’ai beaucoup partagé"
Patrick Sébastien a récemment témoigné devant la commission parlementaire sur le service public pilotée par Charles Alloncle qui doit rendre son rapport mardi prochain : une expérience qu'il juge révélatrice du mépris des élites. Il fustige notamment les propos de Jérémy Patrier-Leitus (président de la commission d’enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public) : « Quand il a dit "Je ne veux pas que cette commission se transforme en plus grand cabaret du monde"... c’est à la hauteur de leur mépris. C’est un clown, on n’allait pas l’écouter ».
Malgré les critiques sur sa gestion financière, il revendique une transparence totale : « Mes marges elles sont transparentes. On a fait 8 à 10 % de marge. [...] L’argent que j’ai gagné, je l’ai beaucoup partagé, c’est-à-dire que j’ai donné à plein de gens autour de moi ce que l’État ne leur donne pas ».
🚨 Patrick Sébastien assume et en rajoute !
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🗣️"Ma seule crainte, c'est que Delphine Ernotte tape à ma porte et me dise « j'ai très envie de la connaitre » #CestQuoiLeProblème
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"J’ai beaucoup de respect pour la gauche, mais pas celle-là"
Patrick Sébastien se définit comme un défenseur de la culture populaire face à une gauche qu'il juge déconnectée : « Ça fait plus de 10 ans qu’on est dans les mains de cette gauche. [...] J’ai beaucoup de respect pour la gauche, mais pas celle-là. [...] On est arrivé à des gens qui méprisent tout ce qui est peuple ». Il oppose son éducation à la liberté de 68 au puritanisme actuel : « J'avais 14 ans en 68, c'était "il est interdit d'interdire" et aujourd'hui, c'est ces gens-là qui interdisent tout ».
Sa grivoiserie, qu'il partage avec son ami Laurent Gerra, est pour lui une tradition française qu'il faut préserver : « Gér a commencé à faire "on va se mettre un doigt dans...". Je l'ai appelé, j'ai dit "écoute, c'est mon ami, mais j'aurais jamais chanté ça". Et à un moment je me suis dit, et j'ai vu que ça faisait vraiment marrer les gens ». Il cite Brassens, les chansons paillardes et l'esprit bouffon pour justifier son style : « Les bouffons s’en prenaient au roi et à la reine. [...] Je ne me moque pas des gens d’en bas, je me moque des gens d’en haut. Madame Delphine, elle est en haut ».
"Quand je fais du grossier, c'est une thérapie"
Derrière les chansons à boire comme Les Sardines ou Le petit bonhomme en mousse, se cache un homme marqué par les épreuves, notamment un récent cancer du rein. Pour lui, la légèreté est une thérapie nécessaire pour ne pas sombrer dans l'amertume : « Quand je fais du grossier, c’est une thérapie parce que je peux très bien écrire des choses très belles mais je vais m’enfoncer dans la morosité ».
Il conclut avec une philosophie de vie empruntée à Claude Lelouch : « La vie c’est une course et à la fin faut accélérer. Et c’est ce que je suis en train de faire ». Patrick Sébastien continue donc d'accélérer, fidèle à lui-même, entre rires gras et vérités qui dérangent, bien décidé à ne pas se laisser « anesthésier » par l'époque.