Alors que le cessez-le-feu dure depuis maintenant 1 mois, la désescalade du conflit entre l’Iran et les États-Unis semble pointer le bout de son nez. Ce matin, Donald Trump a suspendu son « Projet Liberté » d’escorte de bateaux dans le détroit d’Ormuz et espère plus que jamais la signature d’un accord avec Téhéran. L’opération « Fureur Épique » serait terminée selon le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio.
L’occasion pour le général Trinquand, expert reconnu en relations internationales et ancien chef de la mission militaire française auprès de l'ONU à New York, de tirer un bilan de la crise au Moyen-Orient.
« L'opération a été lancée par Trump sous la pression de Netanyahou »
Les États-Unis cherchent-ils à se désengager et sont-ils aujourd’hui désemparés ?
Général Trinquand : Oui. Je pense que l'opération a été lancée par le président Trump sous la pression de monsieur Netanyahou, le Premier ministre israélien, et que le but était de renverser le régime iranien. Ceci n'est pas arrivé et donc le président Trump cherche une porte de sortie alors que Netanyahou espère qu'il reviendra au projet initial.
🇮🇷 La guerre au Moyen-Orient
— Sud Radio (@SudRadio) May 6, 2026
🗣️ Le Général Dominique Trinquand :"L’opération a été lancée par Donald Trump sous la pression de Benjamin Netanyahou. Trump cherche une porte de sortie, car l’objectif était de renverser le régime iranien" #LaFranceDansTousSesEtats
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Comment expliquer que la plus grande armée du monde puisse être inquiétée par des petites vedettes et des drones et cet écart entre la technologie et la réalité du terrain ?
C'est le propre des guerres asymétriques. On a sous-estimé la capacité de résistance morale des Pasdaran. En fait, les gardiens de la révolution n'arrivent pas à défendre l'Iran. En revanche, ils ont une capacité de nuisance importante dans le Golfe, ce qui a provoqué toutes les escalades qu'on a vues.
Mais leur capacité de résister à la pression américaine est telle qu’ils se trouvent désemparés. D'autant que la puissance militaire américaine est complète. Elle est énorme, mais elle se limite elle-même. Ils ne veulent pas aller au sol. Donc, ne voulant pas aller au sol, ils ne peuvent pas remporter l'opération face aux Pasdaran.
« Quand il y a eu une rébellion interne en Iran, c'est à ce moment-là qu'il fallait intervenir »
Faut-il désormais une intervention au sol pour vaincre le régime ?
Quand il y a eu une rébellion interne en Iran et que le président Trump a annoncé « nous arrivons, nous allons vous aider », c'est à ce moment-là qu'il fallait intervenir. Lorsque vous attendez un mois et demi et que les gens ont été massacrés, vous n'aurez plus de rébellion à l'intérieur et, au contraire, les bombardements américains ont tendance à ressouder ou à effrayer une grande partie de la population iranienne.
Les capacités militaires iraniennes ont-elles été sous-estimées ?
Oui, tout à fait. Les renseignements israéliens disent qu’un tiers de la force balistique a été détruite, un tiers est difficile à utiliser. Mais un tiers reste utilisable. Donc, quand je parlais de la guerre asymétrique et de la capacité de nuisance, vous savez, il suffit que les Iraniens tirent 4-5 missiles et quelques centaines de drones par jour. (…) Ils ont une véritable capacité de nuisance.
« 20 % de la population iranienne soutient les gardiens de la révolution »
Les Pasdaran ont-ils un soutien dans la population ?
Alors, je pense qu'il y a deux facteurs. Le premier, c'est qu'on estime à 20 % le soutien de la population iranienne pour les Pasdaran. Et puis surtout, il y a un maillage extraordinaire de la population, très décentralisé, avec, bien sûr, les Pasdaran, mais aussi les Bassidj, qui sont des miliciens présents dans tous les quartiers. Donc, la pression sur la population est énorme.
Il faut rappeler qu’au mois de janvier, 30 000 à 40 000 Iraniens ont été massacrés. Et les arrestations continuent, et les pendaisons continuent. Donc, il y a une pression sur la population qui l’empêche de réagir.
Peut-on contourner les menaces iraniennes dans le détroit d’Ormuz ?
Oui, on peut, effectivement. Il y a des bateaux, en particulier des bateaux de croisière, qui sont sortis il y a quelques jours en passant par les eaux omanaises. Mais c'est à leurs risques et périls. De toute façon, les Pasdaran menacent. Les armateurs ne veulent pas risquer leurs bateaux dans une zone de guerre. Donc, les Pasdaran maintiennent cette pression sur le détroit d'Ormuz. Ils savent que c'est une clé importante pour la négociation. Les Américains, avec la décision du président Trump hier soir (ndlr : suspension de son « Projet Liberté »), ont baissé les bras sur ce sujet-là.
« C'est un échec alors que les États-Unis ont tous les moyens »
Un retrait américain serait-il un camouflet ?
C'est un camouflet énorme pour les États-Unis. Je n'élargirai pas ça à l'Occident. Il faut se rappeler que cette guerre a été menée exclusivement par les Américains et les Israéliens, sans aucune concertation avec les autres. Je rappelle toujours qu'en 2003, quand les Américains ont voulu attaquer en Irak, ils ont discuté pendant des mois pour constituer une coalition. Là, rien du tout. Donc, c'est une défaite extraordinaire pour les États-Unis. Ça veut dire que, stratégiquement, les États-Unis perdent une partie de leur crédibilité et, singulièrement, le président Trump, mais lui, vis-à-vis de son électorat, il arrivera bien à prouver qu'il a gagné la guerre.
On doit se rappeler que la guerre n'est jamais que la politique par d'autres moyens. Si vous n'avez pas un objectif politique bien défini, vous n'avez aucune chance d'y arriver. Quand votre objectif politique est mauvais, comme c'était le cas en Irak, vous perdez la partie. (…) On le voit bien avec les États-Unis en Iran : c'est un échec alors que les États-Unis ont tous les moyens.