Patrick Pouyanné, le directeur général de TotalEnergies, a prévenu hier qu'il ne pourra pas maintenir le plafonnement du prix de l'essence en dessous de 2 euros, alors que la semaine dernière il annonçait laisser cette mesure en place « tant que la crise au Moyen-Orient durera ». Pourquoi un tel revirement au vu des profits colossaux réalisés par le pétrolier ? La réponse se trouve peut-être du côté du Parlement.
La pompe ou le fisc... mais pas les deux
Lorsque les résultats sur les trois premiers mois de TotalEnergies sont parus avec à la clé 5,8 milliards de dollars de bénéfices (soit + 51 % sur un an), le Parti socialiste a été le premier à s'emparer de la situation. Olivier Faure et ses alliés ont déposé une proposition de loi sur la taxation des « superprofits », visant notamment TotalEnergies et ses bénéfices. Une initiative qui trouve un écho jusque dans les rangs du Rassemblement national, où Marine Le Pen s'est elle aussi prononcée en faveur d'une taxation exceptionnelle des grandes entreprises pétrolières.
Mais la réponse de Patrick Pouyanné est claire : s'il y a volonté de taxation, ce sont les consommateurs qui trinqueront avec la fin du plafonnement. Un moyen de pression pour ne pas subir cet impôt. Le message adressé à l'exécutif et aux parlementaires tient donc en une formule : la pompe ou le fisc... pas les deux.
Une source de pertes
Pour le moment, les 3 300 stations TotalEnergies limitent les prix de l'essence à 1,99 euro par litre maximum et le diesel à 2,25 euros. Le prix du carburant ayant atteint chez d'autres entreprises pétrolières 2,80 euros le litre, Total réalise donc mathématiquement moins de profits que d'autres compagnies sur ce segment.
Les bénéfices engendrés par Total ne proviennent donc pas de ces 3 300 stations en métropole. Le pétrolier français profite surtout à travers le monde de la flambée du Brent et d'une production de GNL (gaz naturel liquéfié) en hausse de 12 % depuis le début de la guerre.
Dans les faits, plafonner les prix du carburant en France ne représente qu'une part infime du chiffre d'affaires total de la compagnie, dont les profits sont réalisés dans des dizaines d'autres secteurs. Ce plafonnement des prix semble avant tout relever d'une stratégie politique qui, par ailleurs, bénéficie aux Français. Une stratégie que TotalEnergies n'hésite pas à utiliser comme monnaie d'échange face à une classe politique divisée.