« Des dysfonctionnements et des manquements à France Télévision comme à Radio France »
Au lendemain de la publication du rapport d'enquête sur l'audiovisuel public, Jérémie Patrier-Leitus, le président de ladite commission, a d'abord tenu à clarifier sa position sur la sortie de ce document de plus de 500 pages il conteste une grande partie du fond. S’il a voté pour sa diffusion, c’est au nom d’une exigence de clarté envers les citoyens : « J'ai toujours souhaité la transparence et j'ai toujours dit qu'il y avait des dysfonctionnements et des manquements à France Télévision, à Radio France, dans le service public audiovisuel et qu'on devait répondre à ces manquements et à ces dysfonctionnements ».
« Je me demande si Charles Alloncle n'était pas le cheval de Troie du Rassemblement National »
Toutefois, le président de la commission n'a pas caché ses désaccords profonds avec le rapporteur Charles Alloncle (UDR, allié au RN), qu’il juge prisonnier de ses alliances : « Pour Charles Alloncle, pardon de le dire et c'est pas lui faire offense, il est dans une impasse politique puisqu'il a des propositions mais son propre camp souhaite la privatisation de l'audiovisuel public. Jordan Bardella, Marine Le Pen n'ont même pas attendu de lire le rapport pour dire : "écoutez nous le travail de Charles Alloncle c'est très bien mais nous on veut la privatisation" ». Patrier-Leitus va même plus loin : « Je me demande si Charles Alloncle n'était pas le cheval de Troie du Rassemblement National », un parti qu'il juge « dangereux pour le pays ».
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« Des déclarations de Delphine Ernotte discordantes »
L'enquête a mis en lumière des zones d'ombre dans la gestion des deniers publics, notamment au sommet de France Télévisions. Le député s’est dit « scandalisé » par certaines pratiques de gestion du personnel et des avantages en nature : « Les véhicules de fonction, c'est terminé. Ça doit être terminé rapidement (...) Quand un adjoint au maire de la ville de Paris est payé à plein temps par France Télévision, bien sûr que ça me scandalise ». Il pointe également du doigt les déclarations de la présidente, Delphine Ernotte, notamment sur la situation financière du groupe : « Il y a des déclarations qui sont discordantes ».
Sur le déficit cumulé de 80 millions d’euros évoqué par le rapporteur, Patrier-Leitus renvoie la responsabilité aux politiques : « C'est nous, les députés, qui fixons chaque année le budget. Comment vous voulez gérer une entreprise quand votre budget change tous les ans ? ».
« Pas d'ORTF » mais une fusion « à la BBC »
Pour Jérémie Patrier-Leitus, les mesures cosmétiques ne suffiront pas. Il prône une réforme de structure radicale : la création d'une « entreprise unique » regroupant la télévision et la radio. « Pourquoi il faut une entreprise à mon avis unique ? D'abord effectivement pour des questions de contrôle et de transparence, ça sera plus simple de contrôler un seul acteur. Moi, je pense qu'il faut rassembler les forces de l'audiovisuel public. Si l'audiovisuel public a une utilité, c'est pour faire concurrence aux plateformes étrangères, aux réseaux sociaux ».
Il refuse toutefois la comparaison avec l'ancien ORTF, synonyme de mainmise politique, mais cite plutôt en exemple le modèle anglo-saxon de la British Broadcasting Corporation : « La BBC c'est pas l'ORTF je crois ! C'est une entreprise unique. France Télévision c'est une entreprise unique, c'est la fusion de France 2, France 3, France 5. C'est pas l'ORTF ».
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Nommer les dirigeants comme « dans les entreprises privées »
L’un des points de friction majeurs avec Charles Alloncle concerne le mode de nomination des dirigeants. Le rapporteur suggère un retour à une nomination par le Président de la République, ce que Patrier-Leitus rejette catégoriquement : « Charles Alloncle explique dans tout le rapport qu'il y aurait des liens entre les dirigeantes de l'audiovisuel public et les présidents de la République et il propose de nommer les dirigeants par le président de la République. Moi, je propose ce qui se fait dans les entreprises privées : c'est les conseils d'administration qui nomment les dirigeants ». Selon lui, cela permettrait de « professionnaliser » la gouvernance et de « garantir que la procédure est transparente, démocratique et ainsi il n'y aura pas de soupçon de manque d'indépendance ».
« Les animateurs-producteurs, il ne faut pas les supprimer »
Sur le terrain économique, le député Horizons se montre plus libéral que son rapporteur. Il refuse d'interdire les animateurs-producteurs, mais souhaite un encadrement strict : « Je propose d'encadrer les animateurs producteurs, de vérifier si les marges sont acceptables. Les animateurs-producteurs, il ne faut pas les supprimer. Si demain vous avez un producteur qui arrive avec une très bonne idée d'émission culturelle, pourquoi l'interdire ? ». En revanche, il exige une séparation nette des fonctions : « Il faut interdire aux salariés de l'audiovisuel public de pouvoir diriger des sociétés de production ou travailler dans des sociétés de production ».
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En faveur d'Eugénie Bastie sur France Télé et « plus de voix de gauche sur CNews »
Enfin, Jérémie Patrier-Leitus a vivement réagi à la polémique entourant le recrutement de l'éditorialiste et journaliste du Figaro, Eugénie Bastie, sur France Télévisions, dénonçant l'attitude de la Société des Journalistes (SDJ) : « Pourquoi le courant d'idée que représente Eugénie Bastier n'aurait pas le droit de s'exprimer sur le service public audiovisuel ? J'ai écrit simplement pour lui exprimer mon soutien parce que quand je vois la vague de haine, la calomnie dont elle fait l'objet simplement parce qu'elle est recrutée pour faire entendre une voix qui est différente ».
Il fustige ce qu'il appelle les « bulles informationnelles » et prône une confrontation des idées : « Moi, je souhaite qu'à CNews il y ait demain plus de voix de gauche et même des LFI qui viennent porter la contradiction. Pareil sur le service public audiovisuel ».
« Edouard Philippe aura une vraie vision pour l'audiovisuel public »
Enfin, Jérémie Patrier-Leitus a inéluctablement lié l'avenir de l'audiovisuel public à la prochaine échéance présidentielle. Fidèle lieutenant de l'ancien Premier ministre, Edouard Philippe, il affirme : « J'appartiens au parti Horizons. Je souhaite qu'Edouard Philippe soit le prochain président de la République. Je n'ai pas de doute qu'Edouard Philippe, qui propose des réformes massives, aura une vraie vision pour l'audiovisuel public ». Le débat est désormais lancé, faisant du service public un enjeu central de la souveraineté culturelle française face à la menace de privatisation.