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Iran : la contestation s’étend, Trump s'en mêle, Téhéran promet une riposte

Depuis cinq jours, l’Iran secoué par une contestation nationale contre l’inflation. Six morts, des arrestations et des tensions avec Washington après les menaces d’intervention de Donald Trump.

L’Iran est confronté à un mouvement de contestation d’une ampleur inédite depuis plusieurs années;
L’Iran est confronté à un mouvement de contestation d’une ampleur inédite depuis plusieurs années;

L’Iran est confronté depuis cinq jours à un mouvement de contestation d’une ampleur inédite depuis plusieurs années, déclenché par l’hyperinflation, l’effondrement du rial et un marasme économique persistant. Parti de Téhéran, le mouvement s’est rapidement propagé aux universités puis à de nombreuses villes de province, donnant lieu à des affrontements meurtriers.

Trump prêt à venir "au secours" des manifestants

Alors que les violences ont fait leurs premières victimes jeudi, le président américain Donald Trump a réagi avec fermeté. Sur son réseau Truth Social, il a averti que les États-Unis interviendraient si l’Iran « tirait sur des manifestants pacifiques ». Il a assuré que son pays était « prêt, armé et paré à intervenir » pour venir « au secours » des protestataires.

Des déclarations qui ont immédiatement suscité une réaction virulente de responsables iraniens. Ali Larijani, conseiller du guide suprême, a mis en garde Washington contre toute ingérence, estimant qu’elle « déstabiliserait la région » et nuirait aux intérêts américains. Ali Shamkhani, autre conseiller du guide, a affirmé que « la sécurité de l’Iran est une ligne rouge » et qu’une riposte serait inévitable en cas d’intervention étrangère.

Six morts et une contestation qui gagne du terrain

La mobilisation a débuté dimanche dans la capitale, où des commerçants ont fermé boutique pour protester contre une inflation annuelle de 52 %, la dépréciation continue du rial, la perte de pouvoir d’achat et les sanctions internationales liées au programme nucléaire iranien. Ces difficultés, déjà lourdes depuis des années, ont atteint un seuil critique. Le rial a perdu plus d’un tiers de sa valeur en un an, accentuant la colère d’une population épuisée par la hausse des prix et l’absence de perspectives économiques.

En quelques jours, la contestation s’est étendue à des villes moyennes de dizaines de milliers d’habitants. Jeudi, les premiers morts ont été recensés. À Lordegan (sud-ouest), où deux civils auraient été tués lors de heurts autour de bâtiments administratifs pris pour cible par des manifestants. Mais aussi À Azna (ouest), où trois morts et 17 blessés après l’attaque d’un commissariat selon les autorités. Ou encore à Kouhdasht (ouest), où un membre du Bassidj, milice affiliée aux Gardiens de la Révolution, a été tué. Treize policiers ont été blessés. Au total, six morts ont été confirmés jeudi, marquant un tournant dans la crise.

Vague d’arrestations et accusations d’ingérence étrangère

À Téhéran, 30 personnes ont été arrêtées pour « troubles à l’ordre public » dans le district de Malard. L’agence Tasnim a également annoncé l’interpellation de sept individus présentés comme liés à des « groupes hostiles » basés aux États-Unis et en Europe, accusés de vouloir transformer les manifestations en actions violentes.

Les autorités iraniennes, tout en reconnaissant des « revendications légitimes », dénoncent des tentatives de manipulation extérieure. La justice a averti qu’elle réprimerait toute tentative de déstabilisation ou de destruction de biens publics.

Un "moment Tiananmen"

Le président Massoud Pezeshkian a appelé son gouvernement à agir rapidement pour répondre aux difficultés économiques, déclarant que l’inaction serait un « châtiment religieux ». Parallèlement, les forces de sécurité ont été mobilisées dans tout le pays, et plusieurs villes ont été placées en congé officiel, officiellement pour raisons climatiques et énergétiques.

Une vidéo virale montrant un manifestant assis face à des policiers à moto a été interprétée comme un symbole de résistance, comparé par certains à un « moment Tiananmen ». La télévision d’État a dénoncé une mise en scène et diffusé une autre version filmée par un policier.

Un pays au bord d’une nouvelle crise majeure

Entre une population exaspérée par la crise économique, un pouvoir qui tente de contenir la contestation sans l’étouffer brutalement, et une pression internationale croissante, l’Iran se retrouve dans une situation explosive.

La mobilisation, qui entre dans un week-end prolongé, pourrait encore s’étendre. Les autorités, qui avaient qualifié les précédents mouvements de « sédition », adoptent cette fois un ton plus mesuré, mais la menace d’une répression accrue demeure.

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