Au cœur des populations les plus vulnérables face à l'épisode caniculaire que traverse le pays, on retrouve en première ligne les personnes sans-abri, pour qui les fortes chaleurs peuvent rapidement devenir une question de vie ou de mort.
À Paris, les équipes de la Protection civile multiplient les maraudes afin de prévenir les risques liés aux fortes chaleurs. Distribution d'eau, surveillance de l'état de santé et écoute sont devenues des missions essentielles pour accompagner les personnes sans domicile fixe, en première ligne face aux températures extrêmes.
Des équipes mobilisées jusque tard dans la nuit
Il est près de 21 heures lorsque le véhicule de la Protection civile démarre sa tournée dans les rues du centre de Paris. À son bord, plusieurs bénévoles sillonnent les quartiers de la capitale à la recherche des personnes les plus fragiles. Dans le coffre, des dizaines de bouteilles d'eau, des boissons chaudes, des biscuits et du matériel de première nécessité.
L'objectif est simple : aller à la rencontre des personnes sans-abri pour s'assurer qu'elles disposent d'eau en quantité suffisante et qu'elles ne présentent pas de signes inquiétants liés à la chaleur. À chaque arrêt, le même rituel se répète. Les bénévoles saluent les personnes rencontrées, prennent de leurs nouvelles et proposent de quoi se rafraîchir. "Est-ce que vous voulez un thé, un café, de l'eau ?", lance l'un des secouristes à un homme installé sur un trottoir. La réponse est immédiate : "De l'eau, oui."
Avec les températures élevées observées depuis plusieurs jours, les risques sont particulièrement surveillés. Déshydratation, malaises, coups de chaleur ou aggravation de pathologies existantes figurent parmi les principales préoccupations des équipes de terrain.
"Plus dur en été qu'en hiver"
Pour les personnes vivant dans la rue, la canicule représente une épreuve supplémentaire. À en croire les données du collectif Les Morts de la rue, la mortalité des personnes sans-abri est aussi élevée en été qu'en hiver, la période estivale concentrant à elle seule 30 % des décès.
Franck, une cinquantaine d'années, transporte avec lui plusieurs sacs contenant l'ensemble de ses affaires personnelles. Assis à l'ombre d'un immeuble, il raconte les difficultés rencontrées ces derniers jours. "C'est plus dur en été qu'en hiver, on est à la limite de ce qu'on peut supporter", confie-t-il.
Une vulnérabilité accrue
Quelques heures plus tôt, l'homme a ressenti les effets de la chaleur après s'être endormi sur un banc exposé au soleil. "Je crois que j'ai un petit peu pris le soleil. Je me suis endormi sur un banc à un moment donné et je n'étais pas très bien tout à l'heure", raconte-t-il.
Pour les associations, ces situations illustrent la vulnérabilité particulière des personnes sans domicile face aux épisodes de chaleur extrême. Sans logement pour s'abriter, sans accès régulier à l'eau fraîche ou à des lieux climatisés, elles sont davantage exposées aux risques sanitaires.
Des nuits difficiles malgré la baisse des températures
La tombée de la nuit ne signifie pas forcément la fin des difficultés. Si les températures diminuent légèrement, trouver le sommeil reste souvent compliqué.
Muriel, qui passe habituellement ses nuits sur les quais de Seine, explique que la chaleur s'ajoute aux nuisances habituelles de la vie dans l'espace public : "On ne se couche pas avant deux heures ou trois heures du matin parce qu'on attend que les gens évacuent un petit peu, parce qu'il y a beaucoup de monde", explique-t-elle.
"Ça nous fait de très longues journées, on est un peu oppressés"
Avec les soirées estivales, les quais et les espaces publics restent animés jusque tard dans la nuit. Les personnes sans-abri doivent patienter avant de pouvoir espérer trouver un peu de calme. "Ça nous fait de très longues journées, on est un peu oppressés", poursuit-elle. Le manque de sommeil, associé à la chaleur accumulée durant la journée, contribue à fragiliser davantage encore les organismes.