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Cadences infernales, sous-effectif, pression : le quotidien d’une infirmière au CHU de Toulouse

Par Benjamin Glaise

TEMOIGNAGE SUD RADIO – Infirmière depuis une vingtaine d'années, Marie Moulinier travaille autant de jour comme de nuit. Entre charges de travail énormes, sous-effectif chronique à l’hôpital, horaires décalés, impact sur la santé : elle raconte son quotidien au CHU de Toulouse.

Comme Marie Moulinier au CHU de Toulouse, les infirmières et infirmiers sont à bout.
Comme Marie Moulinier au CHU de Toulouse, les infirmières et infirmiers sont à bout.

Marie Moulinier est infirmière depuis une vingtaine d’années et a essentiellement travaillé dans l'hôpital public. Son planning comprend plus de jours que de nuits, elle est donc à la fois infirmière de jour et de nuit selon les jours. Elle a un parcours essentiellement hospitalier, dans l’hôpital public. Après avoir débuté au CHU de Bordeaux, en réanimation chirurgicale cardiaque, elle est ensuite partie en Allemagne où elle a travaillé en soins à domicile. Depuis 2004, elle est au CHU de Toulouse : d’abord aux urgences et depuis quelques années, en salle de réveil.

Au micro de Sud Radio, elle raconte son quotidien rythmé par des charges de travail énormes, un sous-effectif chronique, des horaires décalés, des cadences infernales, un impact lourd sur la santé, le casse-tête pour garder ses enfants et les pressions exercées par sa direction.

« On travaille la nuit avec des patients malades qui souffrent, qui meurent parfois... mais on nous a rétiré la pénibilité »

À quoi ressemble une journée type dans votre vie d’infirmière ?

Quand on arrive au travail, on sait que la charge va être lourde. On est là pour s’occuper des malades et on sait que les temps de pause seront compliqués à prendre, parce que la charge de travail est très importante, en lien avec un sous-effectif chronique à l’hôpital depuis déjà plusieurs années. Dans la plupart des services, ce sont des horaires décalés, du travail posté. C’est très tôt le matin, tard le soir jusqu’à 21h ou 22h, et il y a aussi les nuits. C’est extrêmement pénible pour la santé, très fatigant, et c’est une contrainte très forte pour concilier vie personnelle et vie professionnelle. Je tiens à souligner qu’on nous a retiré la pénibilité, alors que notre travail reste pénible : on travaille la nuit avec des patients malades qui souffrent, qui meurent parfois. Il y a des contraintes physiques et morales très fortes.

Justement, comment gérez-vous votre vie familiale avec ces horaires, notamment quand vous travaillez de nuit, vous ou le corps infirmier en général ?

Quand on a des enfants, le travail de nuit implique forcément qu’il y ait un conjoint ou quelqu’un à la maison, parce qu’il n’existe pas de modes de garde la nuit. Même la crèche hospitalière ne propose pas de garde nocturne. C’est un vrai problème, notamment pour les collègues soignantes seules. Et les horaires très tôt le matin ou très tard le soir ne sont pas non plus couverts par les modes de garde classiques en ville. Ces contraintes, ajoutées à des conditions de travail difficiles, une charge de travail énorme, des plannings qui changent souvent, des congés très compliqués à poser notamment pendant les vacances scolaires poussent beaucoup de collègues à partir. C’est particulièrement compliqué pour les femmes qui élèvent seules leurs enfants.

"La pression de la direction est extrêmement forte"

Quelles qualités faut-il avoir, selon vous, pour être infirmière aujourd’hui ?

Il faut être capable de résister, notamment de savoir dire non. Dire que là, ce n’est pas possible, qu’il y a trop de patients pour trop peu de soignants. Il faut savoir s’imposer, parce que la pression de la direction est extrêmement forte : des cadences infernales, des plannings qui changent sans arrêt, des week-ends remis en cause. L’hôpital public fonctionne beaucoup grâce aux heures supplémentaires, que les collègues prennent aussi parce que les salaires sont ce qu’ils sont. Mais cette pression est très forte.

Estimez-vous quelque part subir une sorte de « maltraitance » managériale ?

Tout cela est directement lié au budget de la Sécurité sociale. À l’hôpital public, tous les personnels sont payés par la Sécurité sociale. Quand le budget voté est insuffisant, ce sont nos salaires et nos conditions de travail quotidiennes qui sont impactés. On le voit très concrètement, par exemple sur les congés d’été, qui s’annoncent chaque année de plus en plus compliqués. La loi de financement de la Sécurité sociale est insuffisante par rapport aux besoins, et cela se traduit directement par une dégradation des conditions de travail des hospitaliers.

"Ce qui me plaît le plus ? C’est quand je peux faire mon travail correctement..."

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre métier ?

Ce qui me plaît le plus, c’est quand je peux faire mon travail correctement. C’est-à-dire apporter aux patients les soins dont ils ont réellement besoin. Pas seulement ceux que je peux faire en fonction du temps ou des moyens dont je dispose. Prendre bien le temps, voir que le patient va mieux grâce à nos soins…"

Vous travaillez au CHU de Toulouse. Avez-vous entendu parler de l’homme admis en urgence à cause d’un obus ?

"Oui. Mais je n’étais pas présente au moment des faits. Mais à l’hôpital, on voit régulièrement arriver des patients dans des situations assez surprenantes. Celui-ci est particulièrement incroyable, mais ce genre de choses arrive."

L'homme admis avec un obus dans le rectum ? "Ce genre de choses arrive..."

Vous auriez justement une anecdote marquante à raconter ?

"Non, je préfère ne pas raconter d’anecdotes : les patients pourraient se reconnaître."

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