Dans un peu moins de deux mois (du 6 au 15 mars) auront lieu les Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de Milan–Cortina d’Ampezzo, en Italie. Pourtant, pour la septième fois consécutive, une catégorie entière de personnes en situation de handicap ne pourra pas y participer. Atteints de handicap mental et/ou psychiques, les athlètes du sport adapté (soit près de 500 000 licenciés à l’échelle internationale) restent exclus des Jeux Paralympiques d’hiver. Leur dernière participation remonte aux Jeux de Nagano, au Japon, en 1998.
Au programme des Jeux d'été depuis Londres 2012
Pour comprendre les raisons de cette exclusion durable, il faut remonter aux Jeux olympiques de Sydney en 2000. Cette année-là, l’équipe d’Espagne de basket-ball impressionne et s’impose en finale face à la Russie. Quelques mois plus tard, un scandale éclate : dix des douze joueurs ne présentaient aucun handicap mental. Une affaire retentissante qui conduira à l’exclusion du sport adapté des Jeux paralympiques.
Depuis, il a été réintégré dans certaines disciplines aux Jeux Paralympiques d’été depuis Londres en 2012. Mais pourquoi cette ouverture n’a-t-elle jamais concerné les Jeux d’hiver ? Alors que la France s’apprête à accueillir les Jeux d’hiver 2030 dans les Alpes, une mobilisation inédite tente aujourd’hui de faire bouger les lignes. Derrière cette revendication, une question demeure : comment justifier qu’une catégorie d’athlètes, structurée, performante et reconnue internationalement, reste exclue de la plus grande compétition mondiale ?
Une tribune pour briser le silence
Portée par Marc Truffaut, président de la Fédération française du sport adapté, et par Sandrine Chaix, vice-présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes déléguée au handicap, une tribune publiée dans L’Équipe le 27 septembre dernier a marqué un tournant. Signée par des personnalités de tous horizons — athlètes paralympiques, dirigeants sportifs et élus — elle dénonce une exclusion jugée incompréhensible.
Parmi les signataires figure Anthony Martins-Misse, notre présentateur de l’émission ''Faut que ça Change'' sur Sud Radio et double champion du monde de para-judo. « À partir du moment où des athlètes, par définition, performent et qu’ils n’ont pas la possibilité de le faire au plus haut niveau, ne pas leur donner cette chance est tout bonnement irresponsable, d’un point de vue politique, sportif et humain », dénonce-t-il, en référence à l’héritage tant espéré et attendu des Jeux de Paris 2024.
❓ Vous avez manqué #FautQueCaChange ? Retrouvez le replay de l'émission du jour avec Sandrine Chaix, vice présidente de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, Laureline Serieys, Directrice Générale @UberFR et Salim EJNAÏNI, Cavalier professionnel et auteur au micro d'@a_martinsmisse… pic.twitter.com/I0N4SFBwFi
— Sud Radio (@SudRadio) October 11, 2025
« Un sentiment d'exclusion »
Clément Richard, triple champion du monde de para-ski nordique en 2025, se dit directement concerné. « On a un handicap reconnu, des catégories éligibles, un statut de haut niveau, et on nous dit simplement : “Non, vous ne pouvez pas aller aux Jeux.” C’est un sentiment d’exclusion », confie-t-il.
La tribune agit comme un révélateur. « Avant, le sujet existait à bas bruit. Aujourd’hui, il est posé politiquement », observe Marc Truffaut. La dynamique est désormais portée jusque dans les instances nationales et internationales. La présidente du Comité paralympique et sportif français, Marie-Amélie Le Fur, a même pris la parole en ce sens en septembre dernier lors de l’Assemblée générale du Comité international paralympique (IPC) pour affirmer que la France était prête à accueillir le sport adapté aux Jeux d’hiver.
« Une expertise du sport adapté en France depuis plus de 60 ans »
Cette mobilisation s’appuie aussi sur des résultats sportifs solides. En 2025, la France a accueilli les Championnats du monde de para-ski alpin à Tignes et de para-ski nordique à Bessans, en Savoie. « Nous avons terminé premiers au tableau des médailles. Il y a un véritable leadership français, une expertise construite depuis plus de 60 ans au sein du sport adapté. C’est un modèle aujourd’hui envié et copié à l’international », souligne Marc Truffaut.
Parmi les réticences avancées par l’IPC, la question de l’adaptation et de la sécurité des pistes revient régulièrement. Un argument balayé par Sandrine Chaix : « Certains disent que les pistes sont trop raides ou trop glacées. À Tignes, les pistes utilisées pour les Championnats du monde Virtus sont les mêmes que celles de la Coupe du monde chez les valides. Une piste, ça se travaille. Si on veut trouver des solutions, ce n’est pas la fin du monde. »
« Marquer l'histoire » en 2030
À quatre ans de l’échéance, les signaux commencent à évoluer. Pour Marc Truffaut, intégrer le sport adapté aux Jeux d’hiver 2030 serait l’occasion pour la France « de marquer l’histoire ». Sandrine Chaix partage cet espoir : « Je crois aux valeurs de la France. Elle a une carte à jouer et doit montrer l’exemple. Quand Tony Estanguet parlait de Jeux ouverts à la différence lors de la clôture de Paris 2024, pour le monde du sport adapté, c’était un message d’espoir. » Pour les athlètes, l’enjeu dépasse largement la compétition. « Aller aux Jeux, ce n’est pas seulement une médaille », rappelle Clément Richard. « C’est la reconnaissance, l’accès aux sponsors, la possibilité de vivre de notre sport. »
Les Jeux d’hiver 2030 pourraient ainsi devenir un moment charnière. Reste à savoir si la France saura transformer cette mobilisation collective en décision politique, pour faire enfin des Alpes 2030 des Jeux réellement inclusifs.
Jeux paralympiques : zoom sur la Fédération française du sport adapté !@TruffautMarc, président des Fédérations française et internationale du sport adapté : "La fédération aujourd'hui, c'est 210 000 licences, 1 500 clubs et une pratique multisports"
— Sud Radio (@SudRadio) August 14, 2024
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