Le Comité d'organisation des Jeux olympiques et paralympiques 2030 dans les Alpes (Cojop) a officialisé mercredi le départ de son directeur général Cyril Linette, épilogue d'une crise ouverte avec le président de l'instance Edgar Grospiron qui s'est longuement expliqué devant une commission du Sénat.
"À l'occasion du bureau exécutif qui s'est tenu le dimanche 22 février 2026 à Milan, le Cojop et les parties prenantes ont pris acte du départ du directeur général du Cojop, Cyril Linette", a annoncé le comité dans un communiqué publié quelques minutes avant une audition par une commission sénatoriale d'Edgar Grospiron et du délégué interministériel aux Jeux olympiques et paralympiques, Pierre-Antoine Molina, consacrée à la crise de gouvernance que traverse l'instance depuis plusieurs mois.
"Les difficultés qu'on traverse doivent être regardées avec lucidité, elles ne sont pas niées. Pour les surmonter on va devoir agir avec méthode, rigueur, et le sens du collectif", a ensuite reconnu l'ancien champion, qui s'exprimait en visioconférence devant la commission de la Culture, de l'Education, de la Communication et du Sport du Sénat.
- "Feuilletonage médiatique" -
Le Cojop est fragilisé depuis le départ de trois cadres en deux mois: la directrice des opérations, Anne Murac, suivie par le directeur de la communication Arthur Richer, puis le président du comité des rémunérations Bertrand Méheut, ancien président du groupe Canal+.
Une nouvelle étape a été franchie ces dernières semaines avec une crise entre Edgar Grospiron et son propre directeur général Cyril Linette, en poste depuis 10 mois et qui avait été choisi par le champion olympique lui-même.
La présidente du CNOSF Amélie Oudea-Castera et le président du Cojop Edgar Grospiron assistent à une cérémonie en hommage aux athlètes, le 23 février 2026 à Albertville / Alex MARTIN - AFP
M. Grospiron s'est également dit "stupéfait" par une question d'un sénateur évoquant la possibilité de sa démission de la présidence du Cojop.
"Je suis surpris et stupéfait parce que je ne sais pas où vous avez entendu que j'aie pu émettre l'idée même de démissionner", a-t-il réagi, dénonçant au passage le "feuilletonnage médiatique" autour des soubresauts de la crise en cours. "J'ai toujours été et je suis toujours à 100% impliqué et investi dans ce projet", a-t-il martelé.
Le 11 février, les principales parties prenantes du Cojop 2030 (gouvernement, comités olympique et paralympique et les deux régions hôtes, PACA et Auvergne-Rhone-Alpes) avaient "pris acte" des "désaccords insurmontables" entre les deux hommes, ouvrant la voie au départ de M. Linette.
Interrogé à ce sujet, M. Grospiron n'a pas souhaité entrer dans le détail des désaccords et des conditions de la démission de son numéro deux, invoquant devant les sénateurs une "clause de confidentialité".
Lors d'une audition qui a duré un peu plus de deux heures, il a reconnu que le Cojop avait pris "un peu de retard" sur plusieurs dossiers (partenariats, cartes des épreuves ou sports additionnels par exemple) mais "les retards qu'on a pris sur ces sujets-là n'empêchent absolument pas la la livraison des Jeux. Tous les sujets avancent".
Il a concédé que le climat actuel au sommet du Cojop avait notamment pu retarder la signature de projets de partenariats privés, essentiels pour boucler le budget des JO.
"Les turbulences auxquelles on fait face ne permettent pas de créer les conditions pour signer maintenant les partenariats, c'est pour ça (...) que j'ai dû prendre des mes responsabilités et faire en sorte de remettre une gouvernance et de remettre une organisation sur pied suite aux différends que je pouvais avoir avec mon directeur général."
- "Rien d'inhabituel" -
Le délégué interministériel a lui aussi souhaité minimiser l'impact de la crise de la gouvernance sur le projet Alpes 2030.
"Les difficultés que nous rencontrons sont prises au sérieux. Elles n'ont rien d'inhabituel", a relativisé M. Molina. "Ceux qui ont suivi la préparation des Jeux de Milan Cortina, sans remonter à l'époque des Jeux d'Albertville, ont pu noter qu'il y avait eu à chaque fois des changements de gouvernance dans le cadre de la préparation de ces Jeux, ce qui ne les a pas empêchés d'être une réussite."
Dimanche à l'issue de la réunion du bureau exécutif à Milan, la ministre des sports Marina Ferrari avait annoncé qu'une mission d'inspection gouvernementale allait se pencher sur la gestion et le fonctionnement du Cojop.
Par Eric THOMAS / Paris (France) (AFP) / © 2026 AFP