En début de saison, l’ambition était claire pour Tadej Pogacar : remporter les deux seuls monuments qui manquent déjà son immense palmarès : Milan-San Remo et Paris-Roubaix. Le premier objectif a été brillamment remporté au terme d’une fin de course palpitante et d’une remontée légendaire. Après une seconde démonstration le week-end dernier lors du Tour des Flandres, le Slovène s'attaque désormais à Paris-Roubaix.
Un facteur chance déterminant
"L'Enfer du nord", c’est 258 km et 30 secteurs pavés (soit 54,8 km). Un parcours indigeste que Tadej Pogacar a déjà appréhendé, sans jamais vraiment l’apprivoiser. “Paris-Roubaix, c’est la plus difficile pour Pogacar, parce que c’est la course où tu es le plus dépendant de la chance, souligne Frédéric Brindelle, journaliste à Sud Radio et commentateur des épreuves de la FDJ United Series. C’est même là où le facteur chance est le plus déterminant. ”
“Que tu le veuilles ou non, à Paris-Roubaix, si tu crèves au mauvais moment ou s’il y a une chute, ta force peut ne pas suffire. C’est ça qui rend cette course unique”, poursuit-il. L’an dernier déjà, la course s’était refusée au Slovène après un virage mal négocié. Une chute fatale, qui avait ouvert la voie à son grand rival des Flandriennes : Mathieu Van der Poel.
Moins bien armé qu’ailleurs
Par nature, Paris-Roubaix est sans doute le Monument qui correspond le moins au profil de Pogacar (avec Milan-San Remo). “Ici, on reste sur le plat, donc il ne peut jamais aller chercher ses qualités naturelles de grimpeur, celles qui font normalement la différence. Contrairement à Liège ou au Tour de Lombardie, il ne peut pas maîtriser la course de la même manière”, analyse Frédéric Brindelle.
Face à lui, un spécialiste absolu : Mathieu Van der Poel. “Il a en face de lui un mec comme Van der Poel, le seul qui peut vraiment lui poser problème.” Triple vainqueur de l’épreuve, le Néerlandais possède un avantage technique évident : “Le point fort de Van der Poel, c’est son passé en cyclo-cross. Il a une agilité et une aisance sur le vélo bien plus adaptées à la complexité des pavés que Pogacar.” D'autant que de la pluie est annoncée pour samedi, de quoi lustrer les pavés et favoriser les équilibristes de la trempe de VDP.
Van der Poel moins tranchant que l'an passé ?
Malgré tout, Pogacar arrive lancé comme jamais. “Il y a une dynamique incroyable autour de lui : trois courses, trois victoires. Et ça, forcément, ça pèse.” insiste Frédéric Brindelle. En pleine confiance au départ de Compiègne, le Slovène bénéficie aussi d’un contexte favorable. Après le Tour des Flandres, une tendance semble se dessiner : “Cette saison, je trouve Van der Poel un petit cran en dessous.” Moins tranchant, moins dominateur, le Néerlandais laisse entrevoir une brèche. Et dans une course où tout peut basculer, cela suffit parfois.
Cinq Tour de Lombardie, trois Liège-Bastogne-Liège, trois Tours des Flandres et désormais Milan-San Remo : Tadej Pogacar a presque tout gagné. Il ne lui manque plus que Paris-Roubaix pour compléter le puzzle des cinq Monuments. Et accrocher un 13e scalp de légende à son palmarès, à unité du GOAT Eddy Merckx. Pogacar va-t-il le faire ? Réponse dimanche sur les coups de 17h sur le Vélodrome de Roubaix.