Le procès de neuf hommes accusés d'être impliqués dans la tentative de meurtre d'un blogueur azerbaïdjanais dissident, réfugié en France, s’est ouvert mardi à Rennes devant une cour d’assises spéciale entourée de mesures de sécurité exceptionnelles.
Pour l'avocat de Mahammad Mirzali, Me Henri Carpentier, au-delà de l'attaque qui a failli coûter la vie à son client en mars 2021 à Nantes, ce procès est "celui de la liberté de critiquer un régime autoritaire et kleptocratique" en France.
Les trois membres présumés du commando et leurs soutiens logistiques, tous de nationalité ou d'origine azerbaïdjanaise, nient les faits qui leur sont reprochés.
Leurs mystérieux commanditaires seront au cœur des débats, qui pourraient durer jusqu'au 12 juin.
Des mesures exceptionnelles sont mises en place pour assurer la sécurité de M. Mirzali et de la cour d'assises spéciale, composée uniquement de magistrats professionnels.
Mardi matin, des gendarmes contrôlaient systématiquement l’identité et les sacs de tous ceux qui souhaitaient emprunter - uniquement à pied - les rues encadrant le Parlement de Bretagne, où se déroule le procès.
Fait rare, à l’entrée de la cour d’appel, même les avocats et employés du ministère de la Justice étaient contraints de passer par un portique de détection et de soumettre leurs sacs aux rayons X, a constaté un journaliste de l’AFP.
Dans la salle, des cabines ont été installées pour la traduction en quatre langues (français, azéri, turc et géorgien) et les sept accusés présents – deux sont en fuite – sont encadrés par des agents tous encagoulés.
Très critique à l'égard du régime du président Ilham Aliev, Mahammad Mirzali, 32 ans, est réfugié politique en France depuis 2015. Il alimente une chaîne YouTube et un blog comptant des centaines de milliers d'abonnés.
- Gardes du corps et cicatrices -
Le blogueur vit sous protection policière 24H/24, dans un lieu tenu secret, depuis qu'il a été grièvement blessé par une quinzaine de coups de lames le 14 mars 2021. Reconnaissable à la spectaculaire cicatrice qui lui barre la nuque depuis lors, il était encadré mardi par deux gardes du corps jusque sur le banc des parties civiles.
S'il se réjouit de ce procès, M. Mirzali "est très anxieux". "Il a la certitude que les menaces ne vont pas cesser avec le procès", déplore auprès de l'AFP Me Henri Carpentier.
"Lui, en tant que tel, ne représente rien. Les scandales qu'il a pu dévoiler, c'est ça qu'on a voulu assassiner", décrypte l'avocat.
Les commanditaires de la tentative d'assassinat contre Mahammad Mirzali en 2021 et d'une autre, déjouée l'année suivante par un contrôle des douanes, n'ont jamais été formellement désignés par la justice. Mais "on sait que ça vient du plus haut niveau en Azerbaïdjan", assure Me Carpentier.
Le blogueur d'opposition a été condamné dans son pays d'origine en 2025, par contumace, à six ans et demi de prison.
A défaut des commanditaires, le principal suspect jugé à Rennes est un trentenaire arrêté avec un passeport moldave au nom d'Andrei Topal, qui serait en réalité Emin Qasimov, un Azerbaïdjanais membre d'un clan de la mafia russophone des "voleurs dans la loi".
Interrogé mardi par le président de la cour sur cette identité "qui fait débat", il a dit s’appeler "Emil Topal" et être né en Azerbaïdjan d’un père moldave avant de partir s’installer en Turquie durant l’enfance. Il a assuré n’avoir "jamais eu de passeport azerbaïdjanais."
Avec un comparse, il doit répondre de "tentative de meurtre en bande organisée", crime passible d'une peine de réclusion à perpétuité.
Le troisième membre du commando est toujours en fuite et sera jugé en son absence.
Les six autres accusés sont jugés pour complicité et association de malfaiteurs.
Par Laurent BANGUET / Rennes (France) (AFP) / © 2026 AFP