Au cœur des propositions : l’interdiction de la publicité pour certains produits ultra-transformés, notamment auprès des enfants, et la généralisation du Nutri-score, ce système d’étiquetage qui classe les aliments de "A" à "E" selon leur qualité nutritionnelle.
"Nous montrons des liens entre une plus forte exposition aux colorants et des risques accrus de diabète de type 2 et de certains cancers"
Les arguments avancés s’appuient notamment sur des travaux récents menés dans le cadre de la cohorte Nutrinet-Santé, une vaste étude épidémiologique française. Comme le rappelle au micro de Sud Radio Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm : "Dans le cadre de la cohorte Nutrinet-Santé nous avons travaillé sur un peu plus de 100.000 participants. Il y a déjà plusieurs années, l'étude Nutrinet a été la première étude à avoir mis en évidence des liens entre aliments ultra-transformés et risque de maladies cardio-vasculaires, cancer ou encore diabète de type 2".
"Et là, ça fait un petit peu plus de 5 ans qu'on travaille sur les additifs alimentaires. Dont, par exemple, les colorants, qui sont vraiment des additifs emblématiques des aliments ultra-transformés. Et dans ces trois nouvelles études que nous publions là, nous montrons des liens entre une plus forte exposition aux colorants et des risques accrus de diabète de type 2 et de certains cancers. Et, d'autre part, une exposition plus importante aux conservateurs, cet autre type d'additifs alimentaires. Et un risque accru de maladies cardiovasculaires et d'hypertension artérielle", poursuit Mathilde Touvier à l'antenne de Sud Radio, dans la rubrique "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.
Manger sainement : il n'est jamais trop tard pour commencer
Ces résultats renforcent les inquiétudes autour de la consommation d’aliments ultra-transformés, qui représentent une part croissante de l’alimentation dans de nombreux pays occidentaux. Riches en additifs, en sucres, en sel et en graisses, ces produits sont souvent pointés du doigt pour leurs effets délétères sur la santé. Dans ce contexte, la publicité apparaît comme un levier central. Les associations dénoncent une exposition massive, notamment des plus jeunes, à des campagnes vantant des produits à faible qualité nutritionnelle. Interdire ou limiter ces publicités, à l’image de ce qui a été fait pour le tabac, est ainsi présenté comme une mesure de santé publique prioritaire.
Parallèlement, la généralisation du Nutri-score est perçue comme un outil complémentaire pour orienter les consommateurs vers des choix plus éclairés. Déjà adopté dans plusieurs pays européens, il reste toutefois facultatif et fait l’objet de critiques de la part de certains industriels. Pourtant, pour de nombreux experts, il constitue un repère simple et efficace. Et il s’inscrit dans une logique plus large d’amélioration des habitudes alimentaires, à tous les âges de la vie. "Par exemple, pour le tabac, avec le fait d'arrêter de fumer, au bout de quelques années, vous récupérez un risque similaire à celui des personnes qui ne fument pas ou qui ne fumaient pas avant. Pour l'alimentation, c'est pareil : ce n'est pas parce qu'on a eu pendant des années une alimentation déséquilibrée et qu'il faut se dire 'c'est foutu, autant continuer comme ça'", rappelle Mathilde Touvier au micro de Sud Radio.
"C'est vrai aussi à plus court terme. Quand on dit qu'il faut consommer au moins 5% de fruits et légumes par jour, les gens disent 'oh là là, ce n'est pas possible, j'en suis tellement loin, j'en consomme zéro, je n'y arriverai jamais'. Et le fait déjà de rajouter une portion, et puis plus tard, dans un an ou deux ans, de rajouter une deuxième portion… on a déjà des gains pour la santé ! Parce qu'il y a des relations dose-réponse. Donc, il ne faut pas se dire que tout est perdu. Et, au contraire, chaque petit pas qui rapproche des recommandations du Programme national Nutrition Santé, le mangerbouger.fr, tout ça, ça va faire du bien à la santé", poursuit Mathilde Touvier.
"C'est de la responsabilité des industriels de l'agroalimentaire d'aller dans la direction favorable à la santé publique"
Reste la question du rôle de l’industrie agroalimentaire, souvent pointée du doigt dans ce débat. Si les industriels défendent leur contribution à l’accessibilité alimentaire, les scientifiques appellent à une transformation des pratiques. Mathilde Touvier insiste sur cette responsabilité partagée : "C'est évident. L'industrie agroalimentaire, on en a absolument besoin pour produire en grande quantité, avoir une accessibilité de tous ces aliments que nous consommons au quotidien. Et c'est pour ça que je fais le distinguo : tous les aliments industriels ne sont pas forcément mauvais pour la santé".
"La responsabilité ici, c'est d'aller dans la bonne direction. C'est-à-dire de favoriser la production d'aliments Nutro-score 'A' ou 'B', peu ou pas transformés, en éliminant le maximum d'additifs dont on peut se passer, qui ne sont pas là pour la santé des consommateurs mais qui sont là juste pour rendre le produit plus joli et en vendre plus. Et ça, effectivement, c'est de la responsabilité des industriels de l'agroalimentaire d'aller dans cette direction favorable à la santé publique", poursuit Mathilde Touvier au micro de Sud Radio.
Entre impératifs économiques, liberté de consommer et enjeux sanitaires, le débat reste ouvert. Mais une chose semble désormais acquise : la question de l’encadrement de la nourriture industrielle s’impose comme un enjeu majeur de santé publique.
Retrouvez "C'est quoi le problème ?" avec Félix Mathieu.