Un commissaire, qui avait ordonné une charge contre une manifestation de "gilets jaunes" interdite à Nice en 2019, a assuré mercredi, lors de son procès en appel à Lyon, ne pas être "responsable" des blessures subies par une manifestante de 73 ans.
Rabah Souchi, condamné à six mois de prison avec sursis en première instance, a assuré devant la cour d'appel de Lyon qu'il avait "bien sûr de la compassion" pour Geneviève Legay qui, à 80 ans aujourd'hui, conserve des séquelles de l'événement.
Mais "je ne peux pas avoir la responsabilité de ce geste", qui l'a violemment jetée au sol, a ajouté l'ancien commissaire de 55 ans, devenu directeur adjoint de la police municipale de Nice.
Un peu plus tôt, Geneviève Legay était arrivée au tribunal accueillie par une trentaine de militants de l'association altermondialiste Attac derrière une banderole: "Justice pour Geneviève Legay et pour toutes les victimes de violences policières".
"J'aimerais qu'on gagne pour que cela fasse jurisprudence pour tous les autres qui n'ont pas de procès", a déclaré à la presse la Niçoise, en référence à d'autres manifestants blessés durant le mouvement des "gilets jaunes".
Le 23 mars 2019, Mme Legay, alors âgée de 73 ans et porte-parole départementale d'Attac, participait à une manifestation non autorisée de "gilets jaunes" dans le centre de Nice.
"J'étais venue là manifester pacifiquement", a-t-elle assuré à la barre, se remémorant "un coup sur la tête" puis la chute le jour des faits.
Les images de cette femme aux cheveux gris entourée de policiers, d'abord debout avec un drapeau arc-en-ciel puis inanimée au sol après la charge, avaient fait des remous, tout comme les efforts des autorités pour tenter de disculper la police ou les propos du président Emmanuel Macron souhaitant "une forme de sagesse" à la septuagénaire.
Mme Legay a soutenu que le commissaire avait alors interdit aux "street medics", les soignants des "Gilets Jaunes" de l'"approcher pendant dix minutes".
- "Mal exécuté" -
Victime de multiples fractures, en particulier au crâne, elle était restée deux mois à l'hôpital. Elle en garde des séquelles: plus d'odorat, une perte auditive de "35%" à l'oreille droite, un goût perturbés, 45 séances de kiné pour retrouver un peu d'équilibre etun long suivi psychologique.
L'ancienne porte-parole départementale d'Attac, Geneviève Legay, s'adresse à la presse lors d'un rassemblement devant le palais de justice de Nice, le 8 mars 2024
Valery HACHE - AFP/Archives
En mars 2024, le tribunal correctionnel de Lyon avait condamné Rabah Souchi à six mois de prison avec sursis pour "complicité de violence par une personne dépositaire de l'autorité publique".
Il avait suivi les réquisitions du procureur pour qui l'ordre de charger les manifestants "n'était pas justifié ni proportionné ni nécessaire" dans le contexte établi.
"En droit, mon client n'a rien fait. Il n'a pas commis d'acte délictuel. Il a donné un ordre et cet ordre a été mal exécuté", a indiqué devant la presse l'avocat de la défense, Me Laurent-Franck Liénard.
En première instance, Rabah Souchi avait estimé que la décision de charger était "la tactique la plus efficace ce jour-là" afin de répondre à l'objectif de dispersion fixé par le préfet. Il avait également accusé le policier qui a bousculé Mme Legay de s'être "détaché de l'action collective".
En mai 2024, dans une procédure distincte, le tribunal administratif de Nice avait reconnu l'Etat responsable à 80% des blessures subies par Geneviève Legay, jugeant qu'elles résultaient "directement d'une mesure prise par l'autorité publique".
Il avait toutefois noté que Mme Legay avait "fait preuve d'une imprudence délibérée", lui imputant une part de responsabilité à 20%.
Les réquisitions et la plaidoirie de la défense sont attendues dans l'après-midi. La décision sera ensuite mise en délibéré.
Par Daniel ABELOUS / Lyon (AFP) / © 2026 AFP