Les résultats des évaluations nationales seront hébergées à l'étranger... par Amazon

Une école primaire
Photo d'illustration ©Tim Douet

Le syndicat Sud Éducation s'indigne du fait que les enseignants devront rentrer les résultats des évaluations des élèves, décidées par le ministère de l'Éducation nationale, sur un site hébergé à l'étranger par Amazon...

Mises en place l'an dernier pour les élèves de CP et 6e et élargies cette année aux élèves de CE1 et de 2nde, les évaluations nationales doivent permettre d'obtenir une photographie précise du niveau des écoliers français.

Une mécanique lourde, qui implique des remontées de chaque établissement des résultats collectés. Et une polémique qui enfle depuis quelques jours.

Le syndicat Sud Éducation s'émeut en effet que "l'intégralité des données produites par les évaluations nationales seront stockées et traitées par l'infrastructure de l'entreprise multinationale Amazon, en dehors du territoire et donc hors de portée des juridictions françaises".

Le ministère assure que l'anonymat des élèves sera préservé

Si le ministère met en avant le fait que ces résultats seront anonymisés, il n'en reste pas moins que les données contiendront l'adresse des écoles depuis lesquelles elles sont renseignées... L'anonymat doit en effet être respecté car, comme l'assurait le ministre de l'Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, "l'objectif n'est pas de classer les enfants ou d'établir des moyennes de classes", mais plutôt d'obtenir une photographie globale du niveau des élèves.

Un comble, dénoncent plusieurs enseignants sur Twitter, quand ils se voient régulièrement refuser l'utilisation de plusieurs applications et autres outils numériques pour leur classe au motif qu'ils ne sont pas "Made In France".

Mais, pour Sud Éducation, c'est une autre crainte qui voit le jour. "Nul doute qu'à l'instar d'autres multinationales qui proposent déjà ce type de dispositif, Amazon sera en mesure de proposer de nouveaux contrats lucratifs à l'Éducation nationale à l'aide de toutes ces données livrées gracieusement par le ministère", alerte le syndicat.

Les liens entre le ministère de l'Éducation nationale et des géants du Net ne sont pas nouveaux

Et les affaires actuelles qui entourent le géant américain ne sont pas pour lever les doutes d'enseignants déjà très critiques sur le fonctionnement même de ces évaluations nationales. La Commission européenne a ouvert, ces derniers jours, une enquête sur les pratiques du site. Une enquête qui touche notamment à la collecte de données réalisée par ses services. Plus troublant encore, le Wall Street Journal révélait, la semaine dernière, qu'Amazon avait ouvert lui-même une enquête à l'encontre de certains de ses propres salariés, soupçonnés d'avoir utilisé des informations personnelles de clients du site.

Quelques mois après le passage en France de la RGPD, le ministère assure que "dès le début de l'opération, les élèves se voient attribuer un numéro d'ordre, sans lien avec leurs noms, prénoms, classes et écoles, assurant ainsi l'absence des données à caractère personnel sur des serveurs externes".

L'ancien directeur du numérique éducatif débauché, au printemps, par... Amazon

Pas totalement rassurés toutefois, les syndicats demandent des garanties au ministère, dont les liaisons avec les GAFAM, les géants de l'Internet, ne sont pas nouvelles.

En avril dernier, le Canard Enchaîné dévoilait que Mathieu Jeandron, alors directeur du numérique éducatif au ministère de l'Éducation nationale, était en passe d'être débauché par Amazon. Et l'hebdomadaire satirique de rappeler que c'est ce même Mathieu Jeandron qui avait signé, en juin 2017, un accord avec ce ministère et Microsoft "livrant gratuitement à une plateforme américaine les données personnelles de millions d'élèves, enseignants et parents", ou encore qu'en 2015, Marc Couraud, ancien conseiller de Claude Allègre, Ségolène Royal et Jack Lang dans ce même ministère, avait déjà été nommé directeur de l'innovation de Microsoft France...

Mathieu Jeandron a, sans trop de difficultés, vu son "pantouflage" entériné par la Commission de déontologie de la fonction publique. Il a donc pu rejoindre Amazon Web Services. Cette même branche qui va donc héberger, désormais, les résultats des évaluations nationales de millions d'élèves français...

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Jean-Pierre Guichard
- Mercredi 26 septembre 2018 à 13:03
Une collusion pathétique voire pathologique.
Ce gouvernement et son président M. Macron sont une honte pour la République.
toto, le héro
- Mercredi 26 septembre 2018 à 14:10
Bonjour,
Quel est l'intérêt de votre article qui tend à stigmatiser une entreprise et ses relations avec des individus qui ont fait des choix personnels ?
Je vous invite SVP avant de tenter de jetter le discrédit sur un choix technologique (parce que c'est l'objet de la nouvelle) d'aller vérifier si d'aventure des acteurs de l'éducation nationnales ne font pas déjà d'ENORMES BOULETTES techniques par manque de compétences crasses, sur justement des données à caractères personnelles (enfants, notes, adresses, bulletins...)
A bon entendeur...

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