Jacques Cardoze : « Les écolos, la décroissance, veulent nous crever. Nous devons leur faire la peau ». Ce sont les mots, vos mots, Bertrand Venteau, qui vous valent aujourd'hui d'être jugé au tribunal correctionnel de Auch. Vous êtes Président National de la Coordination Rurale. Est-ce que vous les regrettez ou est-ce que vous les maintenez ?
Bertrand Venteau : « Non, non, je ne les regrette pas. On voit bien ce qui s'est passé cet été. On n'a pas eu assez d'anticipation de stockage d'eau, donc on n'a pas pu irriguer les cultures et c'est pour ça qu'on a du mal à produire. Et regardez ce qui s'est passé avec les feux dans la forêt de Gascogne, des Landes de Gironde.
Si le travail avait été fait d'entretien des coups de feu ou qu'on ait mis des cultures irriguées, on n'en serait pas là. Je persiste et signe à dire que c'est bien la faute de 20 à 30 ans d'idéologies décroissantes qui ont empêché de s'adapter et à l'agriculture de pouvoir produire. »
"C'est un combat idéologique"
Le fait de dire « c'est à cause d'une idéologie décroissante » ne pose évidemment aucun problème au tribunal. C'est le fait de dire « ils veulent nous crever, nous devons leur faire la peau ». Vous comprenez que ce soit ce terme qui pose problème aujourd'hui ?
« Oui, ça peut poser problème mais c'est un combat idéologique. Aujourd'hui, vous n'avez aucun militant écologiste ou d'association qui a eu des ITT à cause d’une confrontation avec un membre de la Coordination Rurale.
Donc c'est un débat idéologique qui devait avoir lieu. Il s'est créé et ça a permis aussi de décomplexifier certains messages envoyés. La classe politique en est plus ou moins inspirée. Sur les lois Duplomb, 1, 2 et la loi d'urgence, ça a permis d'avoir un débat d'idées et de dire ce qu'on veut en France. Est-ce qu'on ne veut plus de production agricole ou est-ce qu'on veut lever les freins pour qu'on puisse à nouveau produire, avoir de l'autosuffisance alimentaire et des paysans qui arrivent à gagner leur vie ?
C'est un vrai combat idéologique. Et là, vous avez deux choses qui s’affrontent. Des gens qui pensent qu'il faut réduire tous les usages par rapport au dérèglement ou au réchauffement climatique et ceux qui disent qu'il faut s'y adapter. Donc il y a deux blocs. Il y a un bloc qui est contre le progrès et s'adapter. Et vous avez des gens qui ont envie de s'en sortir et de s'adapter et qui sont des gens de progrès, dont les agriculteurs. »
‼️"Les écolos, ils veulent nous crever, nous devons leur faire la peau"
— Sud Radio (@SudRadio) September 3, 2026
🗣️"Non, je ne regrette pas mes propos" @BVenteau (président national de la @coordinationrur) s'exprime avant son procès ce jeudi à Auch #GrandMatin
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"La FNSEA n'est pas un syndicat qui défend les paysans"
Vous serez soutenu aujourd'hui par 500 bonnets jaunes du Gers et du Lot-et-Garonne, mais pas par la FNSEA. Pourquoi la FNSEA vous a lâché dans cette affaire ?
« Écoutez, il ne faut pas se mentir, la Confédération Paysanne ont infusé les idées qui ont enterré l'agriculture. Et c'était la FNSEA et les différents gouvernements qui ont validé cette politique-là depuis 20 ou 30 ans. Il ne faut pas s'étonner qu'ils ne soient pas à nos côtés. Je trouve ça dommageable, mais c'est leur choix et qu'ils assument.
Vous savez, la FNSEA est un syndicat de filières. Ce n'est pas un syndicat qui défend les paysans. C'est un syndicat qui défend des filières, qui défend des banques, qui défend des assurances. Donc ils ont une révolution à faire s'ils veulent réussir à défendre les paysans. Par contre, je pense qu'il faut qu’ils s'inspire de ce qu'on fait, pour pouvoir libérer l'agriculture française. J'espère qu'ils le feront dans l'intérêt de tous les paysans et de l'agriculture française. »
Quelle est la situation sur place ? Près de 500 manifestants et plusieurs tracteurs sont attendus dans la journée, des militants et des élus écologistes également, ainsi que la Confédération Paysanne, qui ont également prévu une contre-manifestation. Est-ce que vous pensez qu'il y a un risque d'affrontement ?
« Entre collègues paysans, même si avec la Confédération Paysanne sur la DNC, on était main dans la main, on n'a pas les mêmes idées de fond. Je me vois mal nous mettre sur la figure entre collègues agriculteurs, et puis même par rapport aux militants écologistes. S'ils ne viennent pas nous chercher des noises, on n'ira pas leur chercher des noises. »
"On pourrait avoir un automne qui pourrait être assez chaud"
Annie Genevard a repoussé ses annonces d'aide. La grogne est toujours aussi importante dans vos rangs. Est-ce qu'on va vers des manifestations prochaines si le compte n'y est pas ?
« Vous avez un tiers des agriculteurs qui sont à bout financièrement et psychologiquement. Ils n'avaient peut-être pas beaucoup d'espoir sur les annonces d'Annie Genevard. Il ne faut pas prendre non plus les agriculteurs pour des imbéciles. On sait pertinemment qu'il y a des problèmes budgétaires en France, surtout parce que l'argent a été gaspillé depuis très longtemps.
Donc aujourd'hui, il faut être très clair à Annie Genevard et à Sébastien Lecornu, c'est le temps des économies, ce n'est pas le temps des nouvelles taxes et d'un impôt sécheresse. Les Français sont assez taxés. Ce n'est pas parce que nous on souhaite avoir un nouvel impôt. Il faut que le gouvernement fasse des économies très vite, c'est-à-dire qu'il supprime les doublons de l'État. On a plus de 300 offices et agences d'État, à peu près pareil dans les collectivités en termes de doublons.
Donc il faut faire des économies. Et ces économies-là, il faut les affecter à un fonds d'urgence et d'investissement sur le plus long terme pour aider l'agriculture. Le sujet est là. Et effectivement, si les annonces ne viennent pas très rapidement, ou si elle déçoivent le monde agricole, on pourrait avoir un automne qui pourrait être assez chaud. »